Ce n'était jamais moi.
Le problème ne résidait certainement pas dans mes yeux et je n'étais assurément pas atteinte d'une quelconque maladie psychologique, bien que plusieurs étaient ceux qui prétendaient le contraire. Mon psychologue en était un. Il ne cessait de me répéter que je ne pouvais qu'être une victime de ma propre imagination, et il se justifiait en disant que c'était probablement à cause de mes amères et tragiques expériences. Un avis qui était des plus insensés puisque je n'avais jamais souffert d'un quelconque trauma, et que durant mes dix neuf ans d'existence je ne m'étais jamais considérée telle une malchanceuse sur laquelle le destin s'acharnait. Cependant mes parents refusaient de m'entendre et prenaient les propos de ce médecin comme étant des vérités absolues.
Mais jamais la réalité n'a été aussi simple et jamais elle ne le sera. Et je pouvais sentir que la cause était plus grande et bien plus sombre. Et cela me faisait énormément peur. J'étais très effrayée du jour où elle se manifesterait, et encore plus de ce je verrais de l'autre bout du glace. Je ne me rappelle plus depuis quand ceci avait commencé mais je n'osais plus me regarder dans un miroir de peur de ce que serait reflété. Et les rares instants durant lesquels mon regard s'était jeté sur un, seule une créature qui ne pouvait être que moi mais qui ne me ressemblait point me dévisageait avec des yeux inondés par la haine dans son état pure. Des paysages incolores représentant la terreur et la laideur incarnées étaient ce que je voyais les fois où je n'avais pas de reflet.
Ainsi, je m'étais décidé à ne plus jamais essayer de savoir à quoi je ressemblais. Chose qui s'était avéré un peu difficile à cause des avis des jaloux et les déclarations des admirateurs.
Outre les rares trous de mémoires dont j'étais la victime, et l'air morose qui m'étouffait. J'étais une adolescente des plus normales. Une étudiante en première année de l'université la plus proche de notre maison. Malheur que mes parents m'avait fait subir sous prétexte que mon état psychologique l'appelait.
Cependant la gravité de ma situation fût diminuée énormément grâce au fait qu'elle m'a permis de rester au coté de mon petit copain. Je l'aimais tant et je me demandais toujours comment est-ce possible qu'une personne puisse sentir de si forts émotions envers quelqu'un au point de devenir une âme torturée par une douleur délicieuse. Un sentiment que mes amies étaient incapables de comprendre et qui, pour une quelconque raison, vouaient une haine inexplicable pour l'homme que je considérais comme étant la source de mon bonheur.
Nous étions trois dans ma famille, mais l'impression que ce n'était pas vrai hantait mon esprit de temps en temps. Et ce n'était pas fondé sur des insinuations de la part de l'être paranoïde que j'étais. Au contraire, il y avait plusieurs indices qui témoignaient de la possibilité que ces pensées soient bel et bien une réalité. Par exemple, notre table à manger était équipée de 4 chaises dont une était à jamais vide et que personne n'était autorisé à s'y asseoir. Un lit supplémentaire se trouvait dans ma chambre. Et c'était celui où j'avais dormi cette nuit là.
Quelque chose de lourd pesait sur mes épaules et mon corps était inondé par une sueur dont la froideur caressait ma chair de poule. Je pouvais sentir des regards accusateurs posés sur mon frêle corps mais je ne pouvais déterminer leurs provenances. Les ténèbres qui m'entouraient étaient à blâmer et seules deux mirette illuminaient ce sombre endroit. Elles étaient d'un gris perçant que j'aurais pu les confondre comme les miens si ce n'était pour l'antipathie et le dégout qui y résidaient.
Des coups sauvages me retirèrent soudainement de mon sommeil imbibé de cauchemars. Cependant, personne n'était à coté de la fenêtre. Je libérai un souffle que je ne savais pas avoir emprisonné de soulagement quand je fus à nouveau choquée par un autre attentat d'abattre la chambre sur ma tête. Mais ce qui fût encore plus surprenant était le fait que ces sons ne venaient de nulle part que de ma chambre. De l'intérieur. Ils étaient si proches de moi. Ils torturaient mes oreilles et incitaient mon cœur à courir encore plus rapidement. Et je compris enfin d'où ils venaient ne pouvant plus contrôler la peur qui s'était propagée dans l'entièreté de mon corps me volant la capacité de le faire bouger à volonté.
Parce que les frappements provenaient non de la fenêtre mais du miroir. Et j'y étais, à l'autre bout du glace, collée avec l'intention de sortir et essayant de me tuer avec seul le pouvoir d'un regard des plus meurtriers. Une moi qui n'était pas moi. Un reflet qui n'imitait point mes actions.
Mon cerveau avait choisi ce moment-là pour faire preuve d'une stupidité dont j'étais déjà consciente mais que j'ignorais être si grande. Je ne savais même pas à quoi je pensais quand je me suis vraiment approchée, bien que très lentement, de cette réflexion après qu'elle me l'avait demandé par un signe de sa main. Peut être étais ce parce que je ressentais une sorte de familiarité envers elle ou bien à cause de mon corps sur lequel j'avais perdu le contrôle.
Je m'étais arrêté à deux pas d'elle, Une femme qui avait tout ce que j'avais que ce soit les cheveux blonds, le visage rond et même les yeux. Or les miens étaient creusés par des cernes d'une noirceur dégoutante alors que les siens étaient si vivants malgré la mort qui l'entourait. Car au lieu d'être dans le premier plan du même décor que celui de ma chambre, elle était debout dans un lieu où rien n'était présent à l'exception d'un sol couvert par un sable gris contenu par un ciel teinté par la nuance la plus obscure .
Soudainement une main me tira en sa direction. Sa main. Je m'attendais à ce que les débris du vers s'enfoncèrent dans mon crâne mais c'était dans un gouffre des plus noirs que je me trouvais pour se faire valser dans un endroit qui avait hanté mes rêves les plus effrayants.
Le sable était vraiment dur pour mon postérieur. Et je ne voyais que peu de choses à cause des ténèbres qui régnait ce lieu. Je voyais ma chambre dans un lieu très loin d'où j'étais car devant moi se trouvait en chair et en os mon sosie.
« Ça fait un bail, sœur »