Le ciel était noir d'encre, zébré par les lumières de la ville.
Mais dans cette zone reculée, à la lisière du vieux quartier industriel, l'obscurité régnait en maîtresse. Peu de lampadaires. Des bâtiments à moitié éventrés. Des structures métalliques rouillées par le temps.
Un ancien chantier abandonné.
Parfait pour casser quelque chose.
— C'est ici ? demanda Blain, les mains dans les poches, un sourire aux lèvres.
— Ouais, répondit Adrian d'un ton sec. Personne viendra nous faire chier.
Hoshio était déjà en train de grimper sur un tas de palettes brisées, prêt à tester leur résistance. Eiger, lui, resta un peu en retrait, les bras croisés, comme à son habitude — présent, mais silencieux.
Adrian regarda autour de lui. Tout respirait la ruine. Les vitres déjà cassées. Les murs noircis par le temps. Mais il y avait encore de quoi cogner, de quoi casser, de quoi hurler sans faire de bruit.
— On fait quoi ? demanda Hoshio, déjà excité.
— Ce que vous voulez, répondit Adrian. Tant que ça se casse.
C'était un ordre sans l'être. Une autorisation à lâcher prise.
Et très vite, le chaos commença.
Blain lança une pierre dans une fenêtre. Le verre éclata avec un cri aigu.
Hoshio renversa un panneau métallique, qui s'écrasa dans un vacarme sourd.
Eiger donna un coup de pied dans un conteneur, sans dire un mot.
Et Adrian...
Adrian s'approcha d'un mur, observa les graffitis effacés par le temps, et frappa.
D'abord une fois. Puis deux.
Ses poings cognaient le béton, pas assez fort pour se blesser, mais assez pour sentir que c'était réel.
Le vacarme grandissait.
Des cris. Des insultes. Des rires.
Une catharsis dans le silence du monde.
Et Adrian, à l'écart.
Le cœur en feu. Le vide toujours là.
Mais au moins, ici, ça faisait mal physiquement.
Il recula d'un pas, essoufflé, le regard brillant. Il allait reprendre...
... quand un mouvement discret attira son attention.
Une silhouette, immobile, debout dans l'ouverture béante d'un mur effondré, à peine éclairée par les lumières de la rue plus loin. Seule. Silencieuse.
Riley.
Le souffle d'Adrian se coupa net.
Le regard de Riley était figé sur lui. Pas sur la scène de chaos. Pas sur les autres. Sur lui.
Et surtout — personne d'autre ne l'avait vu.
Pas encore.
Hoshio était occupé à faire basculer une armoire métallique. Blain, le dos tourné, riait à moitié d'un panneau de chantier arraché. Eiger, plus loin, tapait du pied contre un grillage effondré. Ils ne savaient pas. Et Adrian le comprit immédiatement.
Si l'un d'eux se retournait...
Si Riley faisait un bruit...
Il serait fini.
Les Lidows ne laissaient aucun témoin. C'était une règle tacite. Une ligne rouge.
Et là, dans l'ombre, Adrian sentit son cœur battre contre ses côtes comme un avertissement. Il croisa le regard de Riley. Et sans un mot, sans un geste, il lui transmit un ordre muet :
Ne bouge pas.
Riley ne broncha pas.
Alors, d'un geste calculé, Adrian se glissa entre lui et les autres, masquant discrètement la ligne de vue. Il fit quelques pas dans une direction opposée, feignant d'aller chercher une nouvelle cible à frapper.
— J'vais fumer deux minutes, grogna-t-il sans se retourner.
— Sérieux ? C'est quand ça devient fun que tu te barres ? râla Hoshio.
— Garde ton énergie pour cogner, pas pour parler, répliqua Adrian.
Il s'éloigna lentement. Juste assez pour créer un écran. Juste assez pour protéger Riley.
Et dans l'ombre... leurs regards ne se quittaient pas.
Pas encore.