Je restai figé devant la scène. Sophie, à genoux, tremblante, sanglotait, les mains couvertes de sang. Un corps inerte gisait devant elle, baignant dans une mare rougeâtre. Mon cœur battait si fort que j'avais l'impression qu'il allait exploser.
— Sophie... soufflai-je, incapable de bouger.
À mon appel, elle leva lentement la tête. Ses yeux, gonflés de larmes, croisèrent les miens. Un mélange de terreur, de douleur et de soulagement traversa son visage. Puis, comme si mes mots avaient brisé une digue, elle se leva précipitamment et se réfugia dans mes bras.
Ses sanglots secouaient tout son corps.
— Il... c'était lui... Il l'a tué... sanglota-t-elle, sa voix étouffée contre mon torse.
Je la serrai contre moi, mes mains tremblantes caressant maladroitement son dos. Mon esprit était un chaos total. Qui avait tué qui ? Et pourquoi ?
— Calme-toi, Sophie... souffle, dis-moi ce qui s'est passé.
Elle hocha la tête, essayant de reprendre son souffle entre deux sanglots.
— Papa... Il... il était là quand je suis rentrée. Il m'a tout avoué... Il savait pour le disque dur. Il voulait le récupérer avant que M. Harris ne mette la main dessus. Mais... mais M. Harris est venu ici. Papa me l'a prit des mains et m'a demandé d'aller me cacher, lorsqu'il est arrivé il lui a remis le disque sans discuter mais lui n'a pas hésité à le tuer Aiden... mon papa est mort
Mon cœur se serra en entendant ses mots. Elle continua, la voix brisée :
— Et le disque dur... il l'a pris. Il est reparti avec... J'ai tout perdu, Aiden. Je ne voulais pas que ça arrive, tu sais... Je voulais juste savoir pourquoi papa avait fait ça. C'est quelqu'un de bien ... Il a fait de mauvais choix, mais il n'était pas mauvais.
Ses larmes se remirent à couler de plus belle, trempant ma chemise. Je voulais la rassurer, lui dire que tout allait s'arranger, mais même moi, je n'y croyais plus vraiment.
C'est à ce moment-là qu'Ilan fit un pas en avant. Je l'avais presque oublié, debout dans l'ombre, observant la scène en silence. Son visage était fermé, mais ses yeux lançaient des éclairs.
— Touchant, vraiment, grogna-t-il, sa voix chargée de mépris. Personne n'est mauvais dans cette histoire ? Toi, tu as pris une preuve assez compromettante qui pouvait sauver ma sœur, mais tu n'es pas mauvaise. Ton père lui administrait des traitements d'électrochocs et lui non plus n'était pas mauvais ? Alors dis-moi, Sophie... qui est le monstre ici ?
— Ça suffit ! Tu ne vois pas qu'elle souffre déjà assez ? m'écriai-je, la colère montant.
Sophie se raidit dans mes bras. Elle tourna lentement la tête vers Ilan, les larmes toujours aux yeux.
— Je... je ne voulais pas... bredouilla-t-elle.
Ilan s'approcha encore, chaque pas résonnant lourdement dans le silence pesant.
— Tu veux que je te dise ? Ton ordure de père n'a eu que ce qu'il méritait. Et toi... tu peux t'estimer heureuse, parce que tout ça, c'est uniquement ta faute.
Ses mots claquèrent comme une gifle. Sophie tressaillit et s'éloigna légèrement de moi, la honte et la douleur se lisant sur son visage.
Ce n'est pas ma faute ! cria-t-elle, sa voix brisée. Je n'ai jamais voulu que ça arrive !
Ilan éclata d'un rire amer. Je le savais cruel, mais là, il avait dépassé les limites.
Je fis un pas vers lui.
— Ilan, ça suffit !
Mais il m'ignora, ses yeux fixés sur Sophie avec un dégoût profond.
— Tu sais ce qu'il manque à cette scène ? Que tu sois allongée à côté de lui, murmura-t-il d'un ton glacial.
Cette fois, c'était trop. Je le frappai violemment, m'étonnant presque de mon propre geste, le coupant net. Il chancela, mais se redressa presque aussitôt et me rendit le coup avec rage. Il m'attrapa par le col, et nous basculâmes au sol dans une lutte acharnée.
— Arrêtez ! hurla Sophie, mais sa voix semblait lointaine.
Nos coups pleuvaient sans retenue jusqu'à ce qu'une main ferme nous sépare brutalement. Je levai les yeux, haletant, pour découvrir un homme se tenant entre nous. Son visage m'était familier.
__ Ma puce
Une femme élégante venait de faire son entrée, elle nageait dans quarantaine, le visage orné de bijoux se marions tous avec ces yeux vert et son teint mate. Sophie se décolla lentement de moi et se réfugia dans les mains de cette femme qui fit un signe de tête à l'homme qui nous séparait quelques secondes plus tôt et celui ci retira sa veste et recouvrit le défunt.
__ maman...
Sophie s'effondra dans les bras de sa mère, les sanglots secouant son corps frêle. Ses doigts agrippaient désespérément le tissu soyeux de la robe de sa mère, comme si elle craignait qu'elle disparaisse elle aussi.
— Maman... sanglota-t-elle, la voix étouffée. Papa... il... il est mort... Il s'est fait tuer devant moi.
Sa mère la serra plus fort, caressant doucement ses cheveux trempés de larmes. Son visage jusque-là impassible se fendit d'une douleur profonde. Ses lèvres tremblèrent, mais elle resta silencieuse un instant, comme si elle cherchait les mots justes.
— Sophie... murmura-t-elle enfin, la gorge serrée. Calme toi ma puce ça me fond le cœur de te voir dans cet état
__ M. Harris c'est lui il n'a eu aucune pitié maman
Elle ne sembla pas étonner c'est comme si elle savait que ça allait arriver, je me disais que je l'avais vu quelque part et je venais de m'en rappeler. C'était à l'opéra la femme à la voix douce et puissante à la fois, et l'homme aussi faisait partie du groupe. Ça devrait être son mari.
Elle rompit le silence et dit presque pour elle même
__ je savais que ça allait arriver un jour
Sophie releva la tête, le regard embué d'incompréhension.
— Quoi... ?
Sa mère prit une profonde inspiration avant de continuer :
— Ton père... il n'était pas celui que tu croyais Sophie
Sophie secoua la tête, refusant d'entendre ces mots.
— Non ! Ne me dis pas ça maman c'était quelqu'un de bien... il a fait ce qu'il a fait pour moi...
— il a fait ce qu'il a fait pour lui, coupa sa mère, la voix brisée. Il menait une double vie, Sophie. Il a travaillé pendant des années pour Harris... Au début je ne me suis douté de rien mais peu à peu tout devenait clair, cet homme avait proposé à ton père de travailler sur un projet dont il ne voulait pas en parler, il s enfermer dans le sous sol fermé à clé pendant des heures... et ne permettait à personne d'y entrer
Elle prit une profonde inspiration
__ un jour pendant qu'il n'était pas là j'ai fait sauter la serrure et je me suis faufiler à l'intérieur, c'est là que j'ai vu des photos d'une petite fille, des dessins de cerveau humain et des tas de documents sur la mémoire humaine et surtout des vidéos qui m'ont glassé le sang, je l'ai confronté et il m'a avoué tout sur ce projet, je ne l'ai pas supporter sachant que j'avais une fille du même âge
Le monde de Sophie vacilla. Elle sentit ses jambes céder sous elle, mais sa mère la soutint.
— Pourquoi... pourquoi tu ne m'as rien dit ? souffla-t-elle.
— Je voulais te protéger. Je pensais qu'en t'éloignant de tout ça, tu serais en sécurité. Mais ton père... il t'aimait, malgré tout. Il voulait te garder à l'écart de ses affaires, mais il a fini par être pris à son propre jeu.
Sophie ferma les yeux, essayant d'étouffer le flot de souvenirs qui affluaient. Toutes ces années à idéaliser un père qui n'était qu'un mirage...