Les deux gardes à l'entrée du manoir les dévisagèrent d'un air peu avenant, les laissant ouvrir la lourde porte d'entrée eux-mêmes. Eva les insulta à voix basse en entrant dans le hall à la décoration si particulière, propre au Baron.
« Un dernier conseil, lança-t-elle en se penchant vers Landon. Ne lui parle pas de sa déco, c'est un sujet sensible. »
Elle sentit le regard de Landon se poser sur elle, l'observant avec insistance.
« Je trouve ça surréaliste, souffla-t-il, la légèreté avec laquelle tu parles du Baron. On nous apprend à quel point il règne avec terreur sur les Bas-Fonds et toi tu parles de lui comme s'il s'agissait du premier venu. »
Elle haussa les épaules, le guidant dans les couloirs jusqu'au bureau qu'elle connaissait un peu trop bien.
« On parle d'un homme qui a changé mes couches. »
Les yeux de Landon s'agrandirent davantage, amusant Evangéline.
« Vraiment ?
–Mama m'a dit qu'il l'avait fait une fois, pour tester. Il soutient que non. Personnellement je crois Mama. »
Il s'apprêtait à lui répondre lorsqu'elle lui fit signe de se taire, s'arrêtant devant une porte bien particulière. Dans le bois étaient gravés une myriade de serpent s'enroulant les uns autour des autres.
Eva prit une grande inspiration. Une chance sur deux, c'était ce qu'ils avaient. C'est en décidant de voir le verre à moitié plein qu'elle posa la main sur la poignée et ouvrit la porte.
Le vestibule était toujours aussi étrange, avec ces objets aussi uniques qu'affreux. Le genre d'objets qu'un collectionneur pourrait avoir chez lui. Que Charles de Bossak aurait pu posséder.
Prise d'une hésitation, elle balaya rapidement la pièce du regard, à la recherche d'un objet rond qui aurait pu se trouver dans la bibliothèque du bureau de Charles. En vain. Elle secoua la tête. C'était stupide de penser que le Baron allait laisser un indice aussi évident à sa vue.
De l'autre côté de la pièce, la porte menant au bureau s'ouvrit sur un garde tatoué sur le front. Il ne leur accorda pas un mot, seulement un signe de tête avant de disparaître. Evangéline resta immobile un instant, les yeux rivés sur la porte entre-ouverte. Landon se rapprocha, elle le sentit hésiter dans son dos. Son cœur battait la chamade. Elle n'appréciait jamais rentrer dans ce bureau, aujourd'hui ce sentiment était bien pire.
Mais elle se fit violence et entra.
Au début, elle crut que la pièce était vide. Personne ne siégeait devant le bureau, si sur le canapé en cuir. Mais le Baron était bien là, dos à eux, regardant à travers une large fenêtre. D'ordinaire, les rideaux étaient fermés, pour ne rien laisser de visible depuis l'extérieur. Mais il les avait tirés, volontairement. Et il jouait avec un étrange objet, qu'elle ne réussit pas à bien voir.
Derrière elle, Landon cessa de respirer. Il l'avait vu, lui aussi. Aucun Écarlate n'avait jamais rencontré le Baron, personne là-haut ne savait à quoi il ressemblait. Peu de monde dans les Bas-Fonds également, à vrai dire. Il était rare qu'il se montre en public, terré dans sa demeure au Marché Noir.
Il en aurait des choses à raconter, lorsque leur Promesse du Sang sera brisée.
« Je me demandais combien de temps tu comptais encore courir, petite souris.
–Suffisamment pour me préparer à fuir tes hommes. »
Il rit doucement, d'un rire froid, sans joie.
« Tu arrives encore à être insolente après tout ce que tu as fait. »
Il posa son objet sur le meuble devant lui et se retourna. Eva ne pu identifier ce qu'il tenait. Le regard dur du Baron s'accrocha au sien. Elle releva le menton et serra les mâchoires. Elle ne se laisserait pas impressionner.
« Comme toujours, reprit-il d'un ton glacial, tu fous le bordel dans mon Marché. Juste après avoir osé m'insulter dans mes arènes. Et en plus, tu te permets de ramener un Écarlate chez moi, à plusieurs reprises. Mais pas n'importe lequel, un haut gradé. Un petit soldat qui s'est fait récompenser pour le nombre d'exécutions qu'il a proclamées et pour la descente qu'il a effectuée dans mes arènes. Moi qui te croyais intelligente, petite, voilà que j'ai devant moi la plus stupide des idiotes. »
Ses mots la heurtèrent de plein fouet. C'était bien la première fois qu'elle voyait autant de dégoût et de déception dans le regard de celui qui prétendait être son père. De toute sa vie, il n'avait eu que des éloges pour elles. Jamais il n'avait été aussi dur. Et ça lui faisait bien plus mal qu'elle n'aurait voulu l'admettre.
« Sais-tu combien des nôtres il a tué ? »
Eva serra les poings et ne détourna pas le regard.
« Je l'ignore. Mais je suppose qu'il s'agit d'un nombre impressionnant, s'il en est devenu major. »
Le regard du Baron se posa à présent sur Landon.
« Combien, garçon ? Combien de mon peuple as-tu tué ? »
Il y eu un moment de flottement. Landon semblait réfléchir à sa réponse. Evangéline n'osait pas bouger, et priait pour que sa réponse déclenche le moins de catastrophes possibles.
« Cent trente-six. »
Elle ferma les yeux, ce nombre résonnant dans son esprit. Elle ignorait si le fait que Landon connaisse le nombre exact soit une prouesse ou une horreur.
« Cent trente-six, répéta le Baron. À lui seul. Et nous ne sommes pas en temps de guerre. »
Le cœur d'Evangéline se mit à battre de plus en plus vite. La discussion avait dérivé beaucoup trop vite.
« Alors voilà comment nous allons procéder, continua le Baron en rejoignant son bureau. Mes hommes vont arrêter le Major Avilliers, je l'exécuterai moi-même et tu me rendras un petit service en réparation des dommages que tu as causés.
–Non. »
Ce mot était sorti tout seul. Le Baron s'arrêta dans son mouvement. S'il avait été surpris, il ne montra rien de plus que ce temps d'arrêt.
« Non ? »
Il tourna la tête vers elle, encore plus froid.
« C'est ce que j'ai dit, non. Landon ne sera pas arrêté et je ne te rendrais aucun service. »
Le Baron s'appuya sur son bureau et croisa les bras sur son torse, les yeux plissés, la regardant comme s'il pouvait voir son âme.
« En quel honneur, petite souris ?
–Combien de ses camarades as-tu tué ? Combien de Manteaux Écarlate as-tu condamnés d'un seul ordre donné à tes hommes ? Combien des tiens, comme tu dis, as-tu fait exécuter parce qu'ils n'obéissaient pas exactement comme tu le souhaitais ? Connais-tu seulement ce nombre ? Peu importe, Landon peut te reprocher la même chose que toi, tu lui reproches. Et pourtant, tu es le seul à proférer des menaces. »
La Baron laissa échapper un rire bruyant, qui n'atteint pas ses yeux.
« Ma douce Eva, que crois-tu qu'il fera, à la seconde où il rejoindra ses camarades ? Il parlera. Combien de temps s'écoulera avant que l'armée du Gouverneur débarque ici ? Ton petit soldat perdra le compte de ses victimes.
–Il ne parlera pas, déclara-t-elle en se redressant, droite comme un piquet. Il est lié par une Promesse du Sang. »
Evangéline saisit la main marquée de Landon et la leva en même temps que la sienne, pour montrer la fine ligne dorée sur leurs deux paumes. Le Baron contempla un instant leurs mains, méfiant.
« Que lui as-tu promis pour qu'il accepte un tel marché ? L'interrogea-t-il finalement.
–Cet accord ne regarde que lui et moi, rétorqua-t-elle en lâchant la main de Landon. Tout ce que tu as à savoir c'est qu'il ne dira rien. »
Pour le moment.
Le regard du Baron oscillait entre surprise et méfiance. Évangéline soutenait son regard sans fléchir, déterminée à protéger Landon quel qu'en soit le prix.
« Tu prends de grands risques pour lui, dit-il finalement, brisant le silence tendu qui planait dans la pièce. Tu es prête à défier mes ordres, à enfreindre les règles pour un Écarlate ?
–C'est ce que je fais de mieux. »
Le Baron étudiait les deux jeunes gens, évaluant la situation. Puis, il éclata d'un rire qui résonna dans la pièce.
« Tu es vraiment hors normes, petite souris. Tu as toujours eu un don pour m'exaspérer et me surprendre. »
La tension semblait s'apaiser légèrement, mais Evangéline savait que ce n'était que temporaire.
« Je pourrais te faire arrêter sur-le-champ pour trahison, tu le sais ? dit-il d'un ton plus sérieux. Vous arrêter tous les deux si je le souhaite. »
Eva croisa les bras et le regarda droit dans les yeux, sans ciller. Elle sentait la pression de la situation, mais elle était déterminée à protéger Landon, même si cela signifiait défier le Baron lui-même.
« Tu pourrais, en effet, répondit-elle d'un ton calme mais résolu. Mais tu ne le feras pas. Parce que tu es curieux de savoir ce que je ferai ensuite. Curieux de savoir comment j'ai pu m'arranger pour me libérer lorsque j'ai été arrêtée par les Écarlates. Curieux de connaître la véritable raison de ma présence ici. »
Le Baron la scruta un instant, puis éclata à nouveau de rire. Un rire mêlé de fascination et d'agacement.
« Tu as toujours eu un talent pour les discours, ma chère Eva. Mais ne crois pas que je vais me laisser attendrir par tes mots. »
Il s'approcha du bureau, ramassa l'objet mystérieux et le fit tourner entre ses doigts.
« Ce que tu fais ici, c'est un acte de défi envers moi, envers tout le système que j'ai érigé. Tu t'associes à un Écarlate, tu bafoues mes règles, et tu penses pouvoir t'en sortir indemne. »
Eva ne détourna pas le regard, soutenant l'intensité du sien. Elle sentait l'ampleur de la situation, la fragilité de l'équilibre sur lequel elle marchait, mais elle ne montra aucune faiblesse.
« Je ne cherchais pas à t'attendrir », répliqua-t-elle. « Je veux simplement que tu comprennes que je ne vais pas plier devant toi, devant ce système corrompu que tu as créé. »
Le Baron arqua un sourcil, un sourire ironique aux lèvres.
« Corrompu ? C'est ainsi que tu qualifies le monde que j'ai façonné pour nous ? Les Écarlates, les Promesses du Sang, tout ça a un but, Eva. Un ordre que tu mets en péril avec tes actes impulsifs. »
Eva sentit une pointe d'exaspération monter en elle. Les justifications du Baron ne faisaient que renforcer sa détermination.
Le Baron marqua une pause, puis leva un doigt accusateur en direction d'Eva.
« Tu te crois au-dessus de tout ça, mais tu es simplement aveuglée par tes propres idéaux. Ton arrogance te mènera à ta perte, Eva. »
Eva ne broncha pas. Elle était habituée aux avertissements du Baron, mais cette fois-ci, quelque chose dans son regard laissait transparaître une lueur de préoccupation.
« J'ai toujours été clair sur les règles de notre société. Les Écarlates ont une place, mais elle n'est pas la bonne aujourd'hui, et tu le sais. L'ordre doit être rétabli. Et ta petite alliance avec ce soldat te mènera à ta perte. Car en temps voulu, si tu te tiens à ses côtés, peu importe qui tu es, je te ferai exécuter. »
Eva croisa les bras, déterminée à ne pas fléchir devant les reproches du Baron.
« Si ton "ordre" repose sur l'injustice et le sacrifice de ceux qui n'ont pas le pouvoir, alors je n'ai aucun respect pour ce que tu appelles société. »
Le Baron s'approcha du bureau.
« Tu es une tête brûlée, Eva, mais je vais te donner une dernière chance de rectifier le tir. Abandonne cette idée absurde de protéger cet Écarlate, coopère avec moi, et peut-être pourras-tu encore te racheter. »
Eva resta silencieuse un moment, pesant les options qui s'offraient à elle. Mais son regard déterminé ne fléchit pas.
« Et je sais pourquoi tu es venue aujourd'hui, reprit-il. Je n'ai pas besoin que tu me le dises pour le savoir. Tu es là parce que tu t'es mis en tête de trouver le meurtrier de Charles de Bossak parce que, je suppose, la Major Avilliers et ses petits copains ont dû t'accuser et tu as réussi à négocier un semblant de liberté contre la vérité. Est-ce que je me trompe ? »
Eva garda le silence un moment, évaluant la prudence de ses paroles. Finalement, elle répondit d'un ton calme mais résolu.
« Tu ne te trompes pas. Je veux la vérité sur la mort de Charles de Bossak, je sais que tu y es lié d'une façon ou d'un autre. Et je trouverai cette vérité, que tu coopères ou non. »
Le Baron observa Eva un moment, ses yeux scrutant chaque détail de son visage déterminé. Puis, un sourire énigmatique se dessina sur ses lèvres, accentuant son air de supériorité.
« La vérité, petite souris, est parfois bien plus dangereuse que tu ne peux l'imaginer. Chercher la vérité peut te conduire à ta perte, surtout lorsque tu te mêles de choses qui te dépassent. » Le Baron fit quelques pas autour de son bureau, comme s'il savourait l'instant. « Charles de Bossak était un homme aux multiples facettes, et sa mort a déclenché des réactions en chaîne que même toi, avec toute ton insolence, ne peux pas comprendre entièrement. »
Eva le fixa, ne dévoilant aucune émotion. Elle était consciente que chaque mot du Baron pouvait cacher des pièges, mais elle ne pouvait pas reculer maintenant. L'enjeu était trop grand.
« Alors, que proposes-tu ? » demanda-t-elle d'une voix calme.
Le Baron s'arrêta, se tenant droit devant elle, un regard calculateur dans les yeux.
« Tu veux la vérité sur la mort de Charles de Bossak. Tu as le droit à trois questions. Pas plus. Après ça, tu t'en vas avec ton petit soldat. Sauf que tu ne partiras pas comme mon alliée, tu partiras comme mon adversaire. Mais avant ça, je veux que tu sois honnête avec moi sur une chose. »
Il se pencha un peu plus vers elle. Evangéline eut un mouvement de recul et attrapa la main de Landon, afin de s'assurer qu'il restait bien derrière elle.
« Dis-moi pourquoi tu tiens tant à repartir avec cet Écarlate alors que tu es à la maison, qu'il te suffirait de me laisser l'arrêter et tu serais libre, ici avec moi. »
Elle sentit Landon se tendre dans son dos, et couper une nouvelle fois sa respiration. Eva soutint le regard du Baron, pesant chaque mot avant de répondre. Son ton demeura calme, mais empreint d'une détermination inébranlable.
« Parce que l'accord que j'ai négocié avec les Écarlates joue davantage en ma faveur que ce que tu me proposes. Si je reste ici, et que Landon est tué, je serai à nouveau considérée comme une meurtrière là-haut. Je ne pourrais plus sortir du Marché Noir sans une cible dans mon dos. Je ne serais même plus capable de partir de cette Cité, et alors tous mes efforts, tous mes sacrifices depuis tant d'années auront été vains. Ce que tu m'offres n'est rien de plus qu'une prison déguisée en foyer. »
Le Baron la fixa longuement, évaluant ses paroles avec un mélange d'amusement et de méfiance. Puis, il éclata de rire, un rire qui résonna dans la pièce, empli d'une ironie glaciale.
« Toujours aussi déterminée, Eva. Tu te complais dans tes illusions de liberté, mais tu ne réalises pas à quel point tu es liée à ce monde que tu prétends mépriser. » Il fit quelques pas autour d'elle, comme un prédateur observant sa proie. « Les Écarlates, les Promesses du Sang, tout cela n'est qu'un jeu. Un jeu que tu as choisi de jouer, et dont tu ne peux échapper. »
Eva ne broncha pas, soutenant le regard du Baron. Elle savait que chaque mot était une arme, une tentative de l'attirer dans son jeu de pouvoir.
« Très bien, petite souris, » reprit-il finalement, ses yeux perçants fixés sur elle. « Pose tes trois questions, mais choisis-les avec sagesse. Et sache que même les réponses peuvent être des pièges. »
Eva réfléchit un instant, pesant chaque question comme un joueur d'échecs anticipant le prochain coup. Elle savait que les enjeux étaient élevés, que les révélations pourraient changer le cours de sa quête. Finalement, elle se décida.
« As-tu donné l'ordre de tuer Charles de Bossak ? »
Le Baron la regarda, ses yeux calculateurs analysant sa réaction. Puis, un sourire s'étira sur ses lèvres.
« J'ai donné cet ordre, en effet. Mais je crains que sa mort ne résulte pas de cela. »
Evangéline fronça les sourcils. Cela faisait un moment qu'elle était convaincu qu'un autre acteur était impliqué dans la mort de Charles. Le même ordre aurait été donné deux fois, par le Baron et par cette autre personne. Charles était donc impliqué dans une autre organisation que celle du Baron. Mais laquelle ? Il n'y en avait pas d'autre au sein de la Cité de Sang. Pas à sa connaissance.
Elle se mordit la lèvre, remettant ses réflexions à plus tard, pour poser sa seconde question.
« Un objet a été volé l'autre soir, après la vente aux enchères. Un livre. Tes hommes étaient sur place parce qu'ils ont laissé ton message, ce qui veut dire que tu étais à la recherche de ce livre en particulier. Pourquoi ? »
Un fin sourire étira les lèvres du Baron, et une étincelle de malice passa dans son regard.
« Je ne peux te dire pourquoi. En revanche, je peux te donner son nom. Le Livre des Mirages. Tu iras chercher ce que c'est, je suis certain que tu trouveras la réponse à ta question. »
Le cœur d'Evangéline loupa un battement. Le Livre des Mirages. Comme la Cité des Mirages. Pourquoi le Baron aurait besoin d'un livre provenant d'une autre Cité ? Et pourquoi n'était-il pas le seul dans la course ?
Elle secoua faiblement la tête. Elle chercherait toutes les informations possibles sur ce livre. Elle reporta alors son attention sur le Baron, qui attendait. Elle raffermit sa prise autour des doigts de Landon.
« Je garde ma dernière question pour plus tard, déclara-t-elle. »
Le Baron haussa un sourcil, sa curiosité piquée. Landon bougea derrière elle.
« Evangéline... »
Elle le coupa en levant la main, sans quitter le Baron des yeux.
« Tu me dois une question, Egonn. Je sais que tu ne l'oublieras pas. »
Son regard s'assombrit à l'entente de son prénom. Elle savait que cette information n'avait en aucun cas échappé à Landon, le Baron en était conscient. Et elle voyait dans son regard une lueur d'inquiétude. Il ne connaissait rien des termes de leur Promesse du Sang, et ça le rendait fou. Surtout que son prénom était l'une des informations les mieux gardées sur lui.
« Comment le pourrais-je ? Lança-t-il d'un ton amer. »
Le Baron observa un moment Evangéline et Landon, puis, un soupir presque imperceptible franchit ses lèvres.
« Très bien, petite souris. Tu as posé deux questions, et je respecte notre accord. Vous pouvez partir. »
Eva sentit un poids se lever de ses épaules, bien que la tension persistât dans l'air. Elle prit la main de Landon et fit un pas en arrière, prête à quitter la pièce.
« Mais, » ajouta le Baron, faisant stopper net le mouvement d'Eva, « sache que ta liberté et ta vie ne tiennent qu'à un fil. Ne crois pas que tu puisses défier impunément les règles que j'ai établies. »
Il s'approcha d'elle, ses yeux fixant les siens avec intensité.
« Ce que tu tentes de découvrir peut s'avérer être bien plus douloureux que tu ne le penses. Les secrets que tu cherches à dévoiler peuvent être comme des lames tranchantes, et tu risques de te blesser gravement en les manipulant. »
Eva maintint son regard, résolue, mais attentive aux avertissements du Baron.
« Ton alliance avec ce soldat en manteau rouge ne te protégera pas éternellement. Les Promesses du Sang peuvent être fragiles, et les alliances, même les plus inattendues, peuvent se briser. »
Il fit une pause, laissant ses paroles s'insinuer dans l'esprit d'Eva.
« Retourne dans la Haute Cité, petite souris. Continue à jouer les équilibristes, mais sache que si tu tombes, personne ne sera là pour te rattraper. »
Eva ne détourna pas le regard, mais elle ressentit un frisson glacial le long de son échine. Le Baron lui avait donné une certaine liberté, mais elle savait que cela venait avec un prix élevé. Elle serrait toujours la main de Landon, sentant la chaleur de son étreinte comme une ancre dans cette tempête.
« Partez maintenant. La partie continue, dit le Baron d'un ton impérieux. »
Sans attendre, Eva fit demi-tour, guidant Landon hors de la pièce. La porte se referma derrière eux, mais elle sentait toujours le poids des paroles du Baron sur ses épaules. Une fois dans le couloir, elle relâcha un soupir qu'elle retenait depuis trop longtemps.
Landon la regarda, ses yeux exprimant une gratitude mêlée d'inquiétude.
« Evangéline, c'était risqué. »
Elle hocha la tête, admettant la vérité dans ses paroles.
« Je sais. Mais nous avons obtenu des réponses. Et maintenant, nous devons avancer. »
Ils s'éloignèrent du bureau du Baron, se fondant dans l'ombre du Marché Noir. Eva savait que la partie ne faisait que commencer, que les mystères s'épaississaient plutôt que de se dissiper. Elle pressa la main de Landon dans la sienne, se préparant à affronter l'inconnu qui les attendait.