TW⚠️: Violence
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Je sens qu'on m'entraine vers un endroit chaud. Je peine à ouvrir mes yeux et ce sont des fragments visuels que je perçois. Des voix me parviennent de loin et pourtant je suis certaine qu'elles sont près de moi.
"J'en... à faire!"
Mon sang se glace pendant mon réveil. Il faudrait que je ne me réveille jamais. Parce que la voix étouffée de mon père est bien trop réelle pour que ça ne soit qu'un rêve. Je ne respire plus mais la douleur me porte préjudice quand je sens ma tête glisser sur un sol frais et que je grogne.
Mes sens refont surface. Tout devient plus vrai que jamais. Les voix deviennent plus fortes. Elles se confrontent pendant que l'on me traine comme une vulgaire serpillère.
"... Une putain... trainée!"
Mon cœur se brise. Il se contracte et me fait mal. Je sais qu'une fois que j'ouvrirais les yeux, ce sera fini pour moi. Moi qui pensais être seule quelques jours. Je me contiens si fort pour ne pas pleurer mais la peur est plus forte que tout.
Pourquoi sont-ils déjà rentrés?
Pourquoi fallait-il que cela arrive aujourd'hui?
Je sais dorénavant que les mains qui me tirent ne sont autres que les siennes. Ses mains, salies par mon sang de ces dernières années. Il les a peut-être nettoyées entre temps mais mon sang est encré en lui comme la sensation de ses coups l'est en moi.
Sa force disparait aussitôt. Je ne bouge plus. Lui non plus. Il n'y a plus les cris précédents. Il n'y a plus rien. J'ose ouvrir les yeux parce que ne rien voir est oppressant. Ne pas avoir connaissance de ce qui se passe est angoissant.
Alors oui, j'ose ouvrir ces paupières.
Sur le coup, je vois trouble puis plus les secondes passent plus ma vu redevient nette. J'aurais préféré ne jamais les ouvrir. Sa musculature me possède. Il est si imposant que je ne peux que me sentir petite à cote de lui. Mon père. Mon géniteur. Mon cauchemar.
Il ne dit rien mais me contemple dangereusement. Je n'ai toujours pas bougé d'un poil comme si j'attendais un quelconque signal de sa part. Ses poings sont serrés, il me brule de ses yeux bruns. Son torse se bombe continuellement. Il me détruit en un regard. Il me prévient inconsciemment de ce qu'il compte faire. Pourtant je suis incapable de le comprendre.
Sa colère n'est que message.
-"Monte dans ta chambre." M'ordonne-t-il de son ton autoritaire. Rien de paternel n'en ressort. En réalité je n'ai aucune idée de ce qu'est la paternité. Probablement pas ça.
La peur qui me noie m'oblige à lui obéir comme une petite fille. Je me lève en hâte et difficilement. Ma main glisse quand je tente de m'appuyer dessus. Mais la panique fait que je réussis à me lever, à marcher. J'ai mal partout.
J'ai très mal.
Il me suit comme un prédateur. Je suis sa proie. Ma gorge est tellement nouée et mes muscles sont si faibles. L'arrière de ma tête est douloureux lui aussi. En montant les escaliers, je me sens encore capable de surmonter cette nouvelle épreuve.
Il fait trémuler mon âme quand il repasse sur mes pas. Je traverse le couloir en respirant profondément. Je remarque une main tremblante quand elle se pose sur la poignée. Il ne dit toujours rien mais il pense beaucoup.
Le monstre de mes cauchemars pense à la façon dont il pourrait m'emprisonner.
J'entre dans ma chambre aussi prudente que possible. Je m'arrête près du lit et attend. Mon ventre se tord quand il verrouille la porte. Mon organe se tord d'une façon alarmante. Mon corps détecte le mal.
-"Retourne toi." Me dicte-t-il de son ton mauvais. Un ton venimeux et mortel.
Je me retourne. Je déglutis mais ma salive ne passe pas. Je me contiens pour ne pas paniquer mais c'est compliqué. C'est compliqué de ne pas avoir peur devant un monstre qui nous veut du mal. Etre face à sa peur est compliqué.
Puis sans que je ne puisse réagir, il me gifle avec puissance. Le son du claquement résonne entre ces murs. Je ferme les yeux, la tête encore sur le coté. Des larmes perlent au coin de mes yeux mais ma douleur c'est ce qu'il recherche, alors je la lui cache. Ma joue commence déjà à chauffer.
-"Ça, c'est pour avoir bu de l'alcool."
Il me gifle avec son autre main et ma tête dérive dans l'autre sens. Mes jambes sont prêtes à me lâcher une nouvelle fois.
-"Et ça, pour que tu te rappelles qui je suis."
Je ne l'ai pourtant jamais oublié...
Je retiens un sanglot et contracte mes abdos pour me retenir mais quelques uns réussissent à s'échapper.
Il recule puis se met à faire les cent pas. Je garde la tête baissée par honte. Il me rend honteuse d'être qui je suis. J'ai bu et je n'aurais pas du.
-" Tu n'es qu'une putain de trainée, tu le sais ça?"
Une larme coule en silence sur ma joue brulante. Peut-être qu'il dit vrai.
-" Répond moi !" Cri-t-il par surprise.
Je sursaute et mon corps cri de détresse dans les blessures. J'ai envie de vomir. Mais ce dont j'ai envie plus encore c'est de disparaitre. Je ne veux plus être sa déception. Je ne veux être l'objet de sa colère. Je ne veux plus animer les flammes qui résident en lui et me brulent par la suite.
Tout est de ma faute.
-"O-oui."
Mais ma réponse ne lui convient pas. Il grognerait presque.
-"Non, dis le, il faut que tu comprennes."
Puis les mots que je me mets à prononcer me salissent. Ils me réduisent à celle que je devrais être.
-"Je suis une trainée." Ma voix se casse. Le volume diminue. Je suis une trainée d'après lui et il a peut-être raison.
-"Et tu ne mérites pas d'exister." Il continu de marcher avec concentration. Les chaussures qui claquent sur mon parquet sont plus bruyantes qu'elles ne le devraient.
Un sanglot s'échappe malgré moi. Je renifle en tentant de garder ces bruit de panique dans ma gorge.
-"Et j-je... Je ne mérite pas... d'exister."
Mais comment pourrais-je faire pour le mériter papa?
Ai-je le droit de t'appeler ainsi d'ailleurs?
Je me sens si sale. Si indigne. J'ai mal au cœur, mon père me fait mal. Il fait mal à chaque cellules de mon corps. Il m'abime toujours plus que les fois précédente. Je crois regretter de ne pas avoir réussie à quitter ce monde. Il n'y a rien pour moi ici. Je ferais mieux de me noyer seule dans mon coin pour retirer mon poids des épaules de chaque personne qui me connaissent.
-" A genoux."
Puis je prends peur. Plus que la fois d'avant. Il me montre l'endroit à rejoindre de son index.
Devant lui.
Les pensées se bousculent, certains souvenir me prennent de court mais je persévère pour les faire disparaitre rapidement et ne pas m'enfoncer plus encore dans ma peine.
Alors je m'approche avec méfiance. Mes jambes s'actionnent et je n'entends plus que ma respiration saccadée. Je ne sens plus que mes muscles trembler. J'ai envie de le supplier de me laisser partir. De lui dire que si je n'étais pas sous son aile il n'aurait pas besoin de regretter ma naissance.
Puis encore plus misérable qu'avant, je tombe doucement au sol. Mes pleurs s'accentuent en silence. Je pose mes mains sur mes cuisses en attendant mon châtiment. Je manque de vomir, je tressaute même à l'entente de la boucle de sa ceinture qu'il est en train de défaire.
Non...
Non...
Je ne pourrais pas le vivre une nouvelle fois...
Le bruit du métal claque contre le bouton de son pantalon. Je ne regarde pas ce qu'il se passe mais j'écoute. Je fixe mes mains et perçois son ombre enrouler la ceinture autour de son poignet. Le cuir entre ses mains frotte contre sa peau parfaitement hydratée.
En cet instant, j'ai envie de mourir. Je ne m'en rend pas bien compte. Ses mouvements s'enchainent pendant que j'angoisse de plus en plus. Chaque parcelle de mon corps appréhende son jugement.
Je sens la panique monter en flèche dans mes tripes et un frisson parcoure mon échine. Il va me tuer. Il va m'anéantir. Il va causer ma perte.
-"Je vais te punir. Je crois que j'ai toujours été trop gentil. Tu n'as jamais été assez parfaite et tu ne le seras jamais si je continu de laisser couler."
Il attrape mon menton de ses doigts et m'oblige à relever les yeux vers lui. Il m'oblige à retrouver cette noirceur qui le domine.
Il n'a jamais été gentil. Ce n'est qu'un menteur. Alors pourquoi est-ce que je le crois quand il me dit que je suis une trainée et que je ne mérite pas ma place? Parce qu'il reste mon père. Je le sens au fond de moi, mon sang est le siens. Je suis sa création. Mais il préfère la détruire alors que je n'ai jamais rien demandé. J'aimerais avoir un père. Ce n'est pas parce qu'il est présent qu'il l'est vraiment.
-"Plus tu vas crier, plus je continuerai." Me prévient-il en référence à la torture qui m'est prédestinée.
Il disparait de mon champs de vision et de mon visage pour se poser derrière moi. Dans mon dos. Je n'ai plus la possibilité de voir quoi que ce soit. Il rode autour de moi mais assez loin pour que je ne puisse comprendre. Je ferme si fort les yeux pour me réveiller de ce cauchemar. Le dégout marque un tournant sur mes émotions et sentiments actuels.
Ses doigts glissent sur mon dos. Je me sens sale, si vous saviez... Il relève mon pull et mon t-shirt en même temps. Le froid atteint ma colonne vertébrale et fait dresser mes poils. Je vais vomir. Oui j'en suis certaine, je vais vomir.
Ses actions me dégoutent, sa présence me dégoute. Ce monstre me répugne. Mais c'est mon père, je suis sa création... Alors je me répugne personnellement.
Et soudain je sens la ceinture me fouetter. Une seul fois. Et cela aura suffit pour me faire crier. Alors il recommence. Je ne me retiens plus pour pleurer. C'est impossible. La douleur qu'il me procure est indescriptible. Il va me tuer. Je griffe presque mes genoux en soutenant pour faire passer cette épreuve plus rapidement.
Je n'arrive pas à m'arrêter de crier. Je tente en vain mais rien y fait. Je souffre d'emblée. Je souffre sous les coups, non plus de ses mains, mais de son arme. Je suis en train de mourir sous ses coups. Mon dos est si malmené que je ne sens plus la brulure de mes joues.
Mais il s'acharne. Tout devient plus rapide. Je cris, je ne peux pas m'enfuir. C'est trop, je ne vais pas le supporter.
-" S-S'il te plait!" Je pleure à chaude larmes. Mon mascara de la veille me brule les yeux et je sais que je suis dans un état catastrophique.
-"LA FERME!" Un coup plus fort que le précédent. Je cris derrière ce calvaire qui ne se termine jamais. Sa frénésie l'emporte. Il s'amuse à me briser. Et moi je me brise les cordes vocales pour évacuer.
Les minutes semblent être des heures. Un coup maladroit s'abat sur mon crane tandis que j'avais déjà mal à cet endroit.
Et ce coup m'achève. Oui je ne réussis pas à me retenir. Mon corps bascule en avant et je me soutiens avec mes mains dépourvues de force pour ne pas finir sur le ventre. C'est chaotique, c'est irréel. Je ne peux pas être en train de vivre ça.
Les coups cessent aussi brusquement que sa violence. Ils cessent quand son attention se dirige vers la porte. Quelqu'un frappe.
-"Nicolas ?!"
Ma mère.
-"Dégage d'ici!" Lui répond son mari avec violence.
Je profite de cette pause pour me reprendre. Je ferme les yeux et essais de réguler ma respiration. Je ne sens pas de crise de panique arriver car je n'ai plus peur. J'ai juste mal. Je souffre juste. Mais avec tous ces cris j'ai l'impression d'avoir utilisé toute ma voix. Elle me fait mal et je tousse.
-"Non, tu dois arrêter maintenant, il y a le fils de la journaliste dehors!" S'exclame-t-elle de sa voix aigue.
Je retiens ma respiration. Liam. Je devrais être soulagée mais je ne le suis pas. Il ne peux pas voir ça. Je refuse qu'il puisse le voir.
Pourquoi se trouve-t-il devant chez moi ?
-"FAIT CHIER! Laisse le dehors alors!" Si nous avions eu des voisins, ils auraient tout entendu. Je me sens presque sourde après son cri sorti tout droit des enfers.
-"C'était prévu qu'il vienne! Il sait qu'elle est là!" Insiste la femme derrière la porte.
Ce n'était pas prévu. C'est faux. Liam lui a menti.
Il grogne. Je ne sais plus où me mettre. J'ai honte de la position dans laquelle je suis. De la façon où je suis soumise à sa haine. Ai-je vraiment envie de l'être avec Liam également?
Certainement pas.
-" Va t'arranger toi!"
Un coup de pied dans mon dos me fait dériver vers l'avant. Je me retrouve devant la porte de la salle de bain. Je me sens si mal que j'aurais préféré qu'il continu de me punir. Je vois pourtant cela comme une issue de secours. Je me déplace au sol tandis qu'il déverrouille la porte à ma mère.
Mon attention dérape sur elle. Je ne discerne rien. Pas même du regret. Ca fait si mal de se sentir seule alors qu'on pourrait être aidé. Elle pourrait l'en empêcher mais ce n'est pas le cas. J'aimerais comprendre ce que je leur ai fait pour mériter ça.
Il disparait dans la pénombre du couloir. Je ne sais pas quelle heure il est mais il fait encore jour. Dans la précipitation je m'assois dans un coin de la pièce et me cache la tête entre les genoux.
M'arranger pour quoi faire? Je ne ferais rien. Plus rien. Il sait que je n'oserais rien dire de ce qu'il me fait de toute manière. C'est ce que j'ai toujours fait, cacher ce qu'il faisait.
Je pourrais tout dire à la police, je pourrais le dire çà n'importe qui. Mais non, j'ai honte et j'ai peur de lui. Il pourrait me faire pire.
Tout me retombera dessus. Absolument tout. Mon père me reprochera de sortir avec un fils de journaliste alors que c'est faux en réalité. C'est tellement injuste. Juste parce qu'il décide de se pointer sans prévenir ici. Au mauvais moment.
La colère et les pleurs se mélangent. Je n'arrive pas à m'en remettre. Des spasmes me prennent quand j'essais de respirer. Je tremble entièrement. Tout de moi est touché.
Instinctivement j'ai un soubresaut quand quelqu'un frappe à la porte de nouveau. Mais je sais qui se trouve devant. Elle n'a pas été refermée d'ailleurs. Je déglutis difficilement en me concentrant sur mon cœur qui bat trop rapidement.
Il avance non loin de moi mais je l'ignore.
Mes yeux... Mon mascara...
Il le verra. Il verra tout et je ne serais plus qu'un livre ouvert.
-"Livie?" Sa voix est plus douce que celle que je connais. Mais je ne veux pas de lui ici. J'ai besoin d'air et d'être seule. C'est tout ce qu'il me reste.
Je renifle. Encore et toujours. Mon sang bout à travers mon enveloppe charnelle. Je suis remontée et brisée. Je ne peux plus réfléchir correctement. J'imagine l'état de mon dos et cela me fait encore plus mal. Me torturer l'esprit est une chose mais abimer mon corps en est une autre.
-"Livie." Son ton est différent. Il est de marbre.
-" Va t'en." Je lui demande sèchement d'une voix complètement étouffée. Il doit comprendre qu'il n'est pas le bienvenu aujourd'hui. Je ne veux pas le voir.
Je ne veux juste pas qu'il me voit comme ça...
La honte me submerge et agit pour moi. Dans mes paroles je cris à l'aide.
Il s'approche encore. D'autres larmes s'écoulent sur mon jean. Puis j'en viens à me demander ce à quoi il pense. C'est vrai, il ne pensait certainement pas me trouver cachée dans ma propre chambre entre deux sanglots.
-"Li-"
-"Dégage!" Je relève instinctivement la tête mais je regrette par la suite. Je ne veux pas être méchante mais je me sens dépassée. Et il la voit, cette fissure en moi.
Je suis imprégnée de ses iris bleus car il est à ma hauteur. Il ne dis plus rien. Son silence est pesant car tout roule à mille à l'heure dans mes pensées.
J'imagine toutes sortes de choses. Des mauvaises. Seulement des mauvaises.
Des perles salées dévalent en silence sur mes joues suivis d'une trainée noire. Mon humiliation m'oblige à baisser la tête. Il en a vu assez.
-"Tu devrais partir." Je lui murmure presque ces mots à bout de force.
-"J'ai réfléchis et je vais te le dire."
L'espoir qu'il m'offre est injuste. Je le trouve injuste. Il contrôle ce que je ressens comme avec mon père. Pourtant je n'hésite pas à lui donner mon attention.
Je suis faible.
-"Tu es venu... pour ça?"
J'ai l'impression d'être encore la petite fille que je n'ai pas pu être. Avec Liam. Il a mon âge et pourtant j'agis comme une enfant .
-"Oui. Pour quoi d'autre?"
C'est vrai. Il n'y aurait aucune autre raison possible.
Ma main dérive sur mon visage pour essuyer mon nez. Le regard du noiraud est puissant. Il l'a toujours été mais d'une façon différente. J'ai envie de pleurer encore un peu en comprenant qu'il n'y pas de haine dans ses yeux. Je ne la vois pas. Mais ça ne serait plus des larmes débordantes de négativité.
Tout est étrange.
-"Raconte moi ce qui s'est passé s'il te plait." Je l'implore du regard. Je ne sais pas faire autrement.
C'est à son tour de détourner le regard. Il pince même le bout de ses lèvres.
-"T'as oublié quelle partie?"
Putain.
Oui putain.
J'ai comme un poids qui se retire. Il m'a parlé comme son égal. Il m'a parlé calmement et sans rancune. Je sais au fond que c'est éphémère ce qui se passe à cet instant. Ca l'est toujours. Un jour ça va puis celui d'après on se dispute. C'est fatiguant mais je suis habituée à ça. De toute façon, je sais que peux dire qu'on se tolère. Je n'ai pas oublié cette partie de la veille.
-"Celle après être tombée dans les pommes en pleine rue."
Il hoche la tête mais je dois encore être patiente quelques secondes pour qu'il ne réagisse. Je ne vais pas mentir, l'angoisse se trouve au creux de mon ventre.
-"Je t'ai ramené chez Malya, si ça n'avait pas été moi ça aurait été quelqu'un d'autre. Je l'écoute attentivement. Ensuite tu t'es réveillée vers trois heures et t'étais un peu secouée. Puis t'as eu peur que je parte alors je suis resté à coté de toi."
C'est tout?
Je renifle doucement.
Pourquoi ne voulait-il pas me le dire si-
-"Ensuite tu m'as prit la main. Je ne t'ai pas forcé, vraiment. Mais je n'aurais pas du le faire en retour quand tu me l'as demandé."
Les battements de mon cœur accélèrent. C'est moi qui lui ai demandé de me toucher.
C'est n'importe quoi! Je ne sais pas comment c'est possible.
-"Je... J'ai eu peur?"
Oui ça peut sembler être une question idiote mais elle ne l'est pas pour moi. Je connais mes limites et je veux voir si j'ai pu les franchir.
-"Je crois pas? Tu t'es endormie directement."
Et la réponse est oui.
Je me sens pourtant soulagée. Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête mais si c'est ce que je voulais alors je me fais confiance. Car je ne fais confiance qu'à ma propre personne.
Et peut-être un peu à Liam aussi.
Car il pourrait me mentir, inventer une histoire bidon et repartir la tête haute. Mais je ne sais pas, il a beau être un enfoiré, je sais qu'il ne ment pas. Liam n'est pas un menteur. Pas avec moi, je crois.
-"Pourquoi tu m'as dit que c'était mieux pour nous que je ne le sache pas?"
Il se perd dans ses pensées pendant un moment avant de revenir à moi.
-"Je pensais que tu t'imaginerais des... choses."
Je fronce des sourcils en ne comprenant pas ce à quoi il fait référence.
-"Des choses?"
-"Le genre de choses que les autres filles imaginent." Il le dit d'une façon à me montrer une certaine logique pour lui. Mais pour il n'y en a pas. Je ne sais pas de quoi il parle.
-"Je n'imagine rien du tout." Lui dis-je droit dans les yeux.
Un rictus orne son visage. J'étais pourtant très sérieuse.
-"Il faut croire que tu n'es pas les autres filles."
Je n'arrive pas à savoir si je suis sensé bien le prendre ou non. Peu importe, je veux comprendre ce qu'il a entreprit.
-"Sérieusement, quelles genre de choses?" J'insiste mais ça ne semble pas le déranger.
Pour une fois.
-"Il est arrivé que certaines filles qui m'ont- Enfin... Certaines filles que j'ai fréquenté ont cru que ça pourrait aller plus loin sous prétexte que je les avais touché."
Mes joues chauffent précipitamment. C'est bizarre de parler de ça avec lui Mais lui parler calmement est l'un de mes souhait alors pourquoi pas. Je me repose en quelque sorte et j'en oublie presque ce qu'il s'est passé.
Je ne suis pas d'accord pour autant avec ce qu'il dit. Il semble les fuir car elles ont voulu quelque chose de sérieux. Et si elles en avait besoin?
-"Elles avaient peut-être juste besoin d'attention?" Je me sens obligé de lui dire même s'il n'en a rien à faire.
Peut-être qu'il comprendra que moi aussi je veux son attention. Mais pas celle là. Je veux juste m'entendre avec lui. J'ai l'impression d'être pathétique mais c'est étrange ce sentiment...
Même si je le déteste de tout mon être la plupart du temps, j'arrive parfois à laisser de coté le fait que je le déteste car il porte son attention sur moi. C'est un peu rassurant d'avoir l'attention d'un garçon. Qu'elle soit mauvaise ou bonne. Est-ce normal de chercher cette attention chez lui?
-"Je ne suis pas celui qu'il leur faut alors. Crois moi."
J'ai l'impression qu'il rejette les relations. Toutes sortes de relations. Ou peut-être seulement celles avec les femmes.
-"Mhh, je te crois." Dis-je pour cacher mes questions.
Quelque chose me passe soudain en tête. Beaucoup de choses et certaines sensations.
Mes mains se rassemblent et ma timidité me rattrape. Je joue avec les manches de mon pull pendant un moment avant d'ouvrir la bouche.
-"Est-ce que ça te dérangerais de le refaire?" Je ne respire presque plus en attendant sa réponse.
-"Faire quoi?" Il fronce ses sourcils charnus.
Il est encore réceptif.
Calme toi Livie.
-"Me... tenir la main." Je peine à sortir des mots. En plus de ça, mon visage me tiraille, je dois ressembler à un personnage de film d'horreur.
Il ne répond pas. J'ai peur de l'avoir brusqué. On dirait que nos rôles se sont échangés. C'est un enfoiré mais il veille toujours à respecter mes choix alors qu'il ne sait pas pourquoi je ne veux pas qu'on me touche. Liam m'a montré certaines parties de son âme qu'il cache. J'ai vu sa colère et sa rancœur mais il sait être bienveillant.
Je crois que c'est ce qui fait que je me contente de cette attention. Elle n'est pas saine car il peut agir comme si j'étais sa poupée. Il me faire plus de mal que de bien. A tout moment.
J'ai besoin de savoir ce que j'ai ressentis hier soir. J'ai besoin d'être rassurée.
-" Tu sais que tu n'as pas besoin de... d'avoir peur? Je ne voudrais pas plus parce que tu m'auras prit la main."
C'est risqué. Avec lui tout est risqué. Je marche sur des œufs.
-"Je te déteste Liam. Ne t'en fais pas."
Il relève aussitôt la tête. Je savais que c'est ce qu'il avait besoin d'entendre. Parce que sa demande d'hier soir, je m'en suis souvenue juste avant cette demande.
C'est tout bonnement insensé. Rassurer quelqu'un en lui disant qu'on le déteste est insensé. Demander à celui qu'on déteste de nous toucher est insensé.
Nous nous regardons un moment. Nos yeux parlent à notre place. Il me tend sa main et je l'observe comme si je n'en avait jamais vu. Ma respiration s'accélère et la pression monte d'un cran.
Comment j'en suis arrivé là ?
-"Détend toi. C'est pas si terrible." Sa tentative pour me rassurer m'encourage.
J'avance ma main vers la sienne. Lentement je réduis cette proximité et je sens sa peau toucher la mienne. Un frisson traverse l'entièreté de mon corps. Je déglutis mais aucune panique en vu. C'est un peu comme de l'adrénaline. Quelque chose de nouveau. Il observe mes réactions et c'est intimidant. Ce qui se passe en ce moment n'a rien à voir avec hier soir. Les sensations sont multipliées.
Nos mains ne sont même pas entremêlées et pourtant je ressens beaucoup de choses. Beaucoup disent que se tenir la main est une action des plus banales.
Ils se trompent. Je ne rêve pas de ces décharges électrique. Elles font picoter la paume de ma main. J'entreprends de placer mes doigts entre les siens. J'y vais doucement par peur qu'une pulsion de mon cerveau ne surgisse. Mais nos mains se croisent et tout va bien.
Je relève mes yeux une fois qu'elles sont totalement emprisonnées entre elles. Les cils de Liam me paraissent soudain plus longs. L'atmosphère est rassurante. Même si personne ne parle, ce n'est pas gênant. Au contraire.
Je suis chamboulée par ce qui est en train d'arriver. Je me sens bien comme ça. Mon cerveau est sur pause, il accepte la main de Liam. Il accepte son contact.
J'oublie qu'il n'y a même pas une heure je me prenais des coups de ceinture. J'oublie les insultes et l'humiliation de mon père pour la main de Liam. Je retiens simplement cette tranquillité qu'il m'offre.
Je me perds dans ses yeux et dans son toucher.
-"Tu vas préparer ton sac ?"
-"Mon sac?" Je suis confuse.
-"Aujourd'hui on va chez moi." M'annonce-t-il.
Je n'ai rien à lui répondre. Je ne pense pas qu'il sache à quel point cette phrase me sauve. Parce que ce n'était pas prévu. Peut-être qu'il a un autre plan en tête pour notre fausse relation mais ça ne change en rien ce que j'ai pensé.
Il ne cherche pas à savoir pourquoi j'étais dans cet état là quand il est arrivé. Il doit deviner que je ne voudrais pas en parler. Il va me permettre de fuir cet endroit.
-"Pour que je puisse le préparer, tu devrais peut-être me lâcher."
Je secoue nos mains dans les airs en lui souriant.
En tout cas, je remercie le ciel pour avoir fait en sorte que mon père n'ait pas recommencé l'un de ses gestes qui m'a le plus marqué.
Car quand il a verrouillé la porte, je me suis vu rajeunir de quelques années.
Jusque celle de mes dix-sept ans.
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J'avais prévenu dans le chapitre précédent...
J'ai vraiment eu du mal à l'écrire celui-ci. Je le dis souvent mais j'avoue que ça plombe vraiment le moral. Je me suis sentie mal d'écrire ça honnêtement. J'ai peut-être été un peu trop impliquée.
Et j'ai peur de regretter le personnage du père car ce qui arrive est pire encore. Pas forcément dans le présent mais dans le passé. L'histoire je la construis au feeling et parfois je me demande si je ne suis pas dans l'extrême... Vous verrez par la suite :/
Mais on fini sur une note plus positive ahah, enfin, si on oublie les dernières lignes.
Sinon une chose qu'on ne doit pas oublier c'est le titre du chapitre... J'ai abordé les deux sens de cette expression dedans d'ailleurs.
Le terme de "Daddy issues" est utilisé de deux façons;
-Utilisé pour les personnes qui ont des problèmes avec leur père.
- utilisé pour les personnes qui n'ont pas connu une attention paternelle suffisante voir même inexistante et qui la recherchent constamment chez les hommes, la plupart du temps plus âgés.( inconsciemment ou non)
----> Ce n'est pas la définition d'internet, c'est ma définition.
Celle qu'on trouve sur internet dit que ce terme est appliqué à des jeunes femmes dont leur comportement sexuel ou amoureux s'explique par des problèmes avec le père.
Leur définition est très vague mais ça en revient à ce que j'ai dit. Simplement j'ai abordé ça + précisément.
On dirait que Livie a des Daddy issues... J'espère réussir à mieux les présenter dans les chapitres à venir. Savoir ce que c'est c'est pratique mais c'est plus compliqué de le retranscrire .
Mhh je suis pas mal renseignée on dirait 🙃
Bref bref bref! Je laisse le chapitre tranquille et puis en attendant que j'écrive la suite...
À bientôt ! <33