Mia
Tout le monde autour de moi sont heureux du succès de la greffe qu'a subi Micki sauf que je suis la seule à ne pas savourer cette victoire, à la place je vis dans une angoisse perpétuelle et dans l'attente des résultats de santé de Micki. Donc depuis sa sortie d'opération je ne le quitte pas d'une semelle, je reste confinée dans la chambre en compagnie de mon fils tandis que nos proches défilent pour rendre visite à Micki. Luca m'aide à masser le corps de Micki afin de favoriser la circulation du sang et d'éviter qu'il aie des escarres, depuis l'opération je suis deux fois plus vigilante qu'avant. Son corps a considérablement changé ce qui m'inquiète davantage, j'ignore si l'état de santé de Micki s'est amélioré ou non, justement je vais enfin obtenir des informations. L'estomac noué, je me ronge les sangs en attendant le verdict du médecin.
- Votre mari va s'en sortir, son état s'est nettement amélioré depuis la greffe, je lui ai prescrit des antibiotiques et des vitamines, les infirmières surveillent de près son état.
Je relâche tout et manque de tomber dans les pommes, les mains tremblantes, je me retiens au bureau en soupirant de soulagement.
- Merci... mon dieu... j'ai cru mourir. Docteur... cela fait cinq mois que mon mari est dans le coma, j'ai peur qu'il ne se réveille jamais.
- La balle a malheureusement touché une zone sensible de son crâne, aujourd'hui son cerveau s'oxygène parfaitement cependant il reste seul maitre de son corps, il va falloir être patient jusqu'à son réveil.
C'est donc ce que je fais, je patiente, encore et encore, pour passer le temps, je fais défiler les photographies dans l'album de Micki et je me surprends à sourire malgré moi.
- Micki... heureusement que personne n'est tombé sur ces clichés, dis-je en visionnant une série de photographies de moi en tenue d'Eve.
Je fais défiler cliché après cliché l'histoire de notre vie jusqu'à arriver au bout, revoir ces moments précieux m'a rendu nostalgique donc je décide de consulter les messages que nous avons échangés sur Whatsapp et mon coeur palpite lorsque je relis nos premiers échanges. J'ai l'impression que c'était il y a une éternité, mon sourire s'efface et je me redresse lorsque je découvre des messages que je n'ai jamais lu.
- Qu'est-ce que c'est que ça?
Je vérifie la date et reste bouche bée... juin 2019... ce sont les messages que Micki m'a envoyé après notre rupture... ceux que je n'ai jamais eu l'occasion de lire car je les avais tous supprimés.
Mes yeux vont de gauche à droite et ma respiration s'accélère.
«Où es-tu... bébé je t'en supplie répond à ton téléphone... ce n'est pas ce que tu crois... par pitié REPOND-MOI!...bébé, si tu savais comme je m'en veux que tu aies assistée à cette scène»
Encore et encore des messages désespéré jusqu'à un long message.
«Mon amour, tu dois me détester à l'heure actuelle, ce que je t'ai fait subir est inhumain mais tu dois savoir que le but était de piéger cette garce comme je te l'ai expliqué dans un précédent message, je te jure sur la tombe de mon père que je ne l'ai pas embrassé, c'est elle qui m'a pris au dépourvu. Sache que je suis profondément désolé de t'avoir fait du mal et si je pouvais avoir une machine à remonter le temps, je l'utiliserais pour annuler le moment où je t'ai blessé, chaque jour sans toi est une souffrance, je ne dors plus, je ne bois plus, je ne mange pus, je n'arrive à rien sans toi, j'ai tant besoin de toi bébé... Si tu me laisse une chance je te promets de m'améliorer, plus jamais je te ferai de mal. Il y a une chose que je voulais te dire face à face, je le sais depuis quelques jours...en fait je pense que c'est une évidence depuis que j'ai posé les yeux sur toi. Ce n'est pas conventionnel de le faire par message mais je m'en fiche, tu es tout pour moi et je veux que tu le sache: Je t'aime. Je t'aime tellement bébé, je crois que je suis tombé amoureux de toi alors que nous faisions l'amour et que tu as laissée échapper deux larmes, non... je pense que je t'aime depuis que je t'ai vu à l'aéroport. Tu es la lumière dans ma vie, mon bonheur et mon avenir, tu es tout pour moi. Je t'aime et je sens au fond de moi que c'est réciproque, j'ai espoir que tu liras ce message et que... je l'espère tu reviendras vers moi, je t'attendrai... j'attendrai ton pardon le temps qu'il faudra car je t'aime et je t'aimerai pour toujours et à jamais. Ton Micki»
Ma vue se brouille et je laisse tomber le téléphone sur le lit pour m'effondrer sur Micki.
- Mon dieu Micki... je suis une idiote, je t'aurais pardonnée si j'avais lu ces messages avant.
Maintenant je m'en veux pour toute les fois où j'ai été injuste envers mon adorable mari, à l'époque j'étais butée et je fuyais à la moindre contrariété, je me rends compte à quel point j'ai changée, Micki m'a changée.
- Réveille-toi... réveille-toi! Réveille-toi! Mes cris réveillent Mateo qui pleure mais je n'y prête pas attention, je secoue presque Micki. Je n'en peux plus! Tu dois te réveiller bon sang! Ma conscience reprend le dessus quand je récupère Mateo que je colle contre ma poitrine et au bout du rouleau, je pose mon front contre son bras inanimé et souffle tout bas, réveille-toi que je puisse t'embrasser et te dire combien je t'aime.
Pour toute réponse, j'entends seulement les bips réguliers de ces foutus machines et la respiration de mon mari.
***
Le vent et la pluie a remplacé la chaleur et le soleil mais dans cette chambre l'ambiance est toujours la même, les jours passent et rien n'a changé... enfin presque.
- Où sont-ils?!
Chris débarque dans la chambre en nage vêtu d'un jean sale et d'un T-shirt noir taché de je ne sais quoi. Je jette un regard à Mateo qui vient tout juste de s'endormir et je sors de la chambre en emportant avec moi ce qu'il reste de Chris. Les bras croisés, je constate qu'il a une mine effroyable.
- Réponds-moi! Où est ma famille?! Ma femme et mes gosses?!
- Déjà tu baisses d'un ton s'il te plait.
Chris fait les cents pas en s'arrachant presque les cheveux.
- Il n'y a plus les affaires de Soledad, ni ceux de mes enfants... elle ne répond pas au téléphone quand je l'appelle! Elle est cachée chez toi c'est ça?!
- Ma tante est partie. Son visage se décompose quand j'ajoute, elle et les enfants sont rentrés en Espagne. Tu croyais quoi? Que ma tante allait supporter tes beuveries? Tu me déçois énormément... je souffre atrocement que Micki manque l'évolution de notre fils et toi tu as la chance d'avoir deux magnifiques enfants et une femme incroyable mais tu as préféré choisir l'alcool.
- Sole et mes enfants sont tout pour moi!
- À oui? Tu es sur? Montre-moi une photo de toi en compagnie de tes enfants, allez... montre-moi.
Sa bouche s'ouvre et Chris reste immobile les bras ballants, je secoue la tête tristement.
- Tu veux récupérer ta famille? Fais-toi soigner, tu as un problème d'alcool et tu doit te faire aider par des professionnels.
Il recule le visage tordu par la peine et les épaules affaissées.
- D'accord... il se laisse tomber contre le mur et demande d'une voix brisée, s'il te plait... j'aimerai lui parler.
Je prends le temps de le regarder et le voir malheureux et vaincu me donner envie de pleurer, Chris n'est plus que l'ombre de lui-même, c'est pourquoi je prends mon téléphone dans la poche de mon pantalon et j'appelle ma tante.
- Bonjour Monita.
Je vais droit au but.
- Il veut te parler.
- Oh... il est au courant? Comment il a réagit? Il va bien?
- Il est en face de moi et non il est mal en point.
- Je veux lui parler, souffle-elle d'une petite voix.
À la seconde où Chris prend mon téléphone, des larmes coulent de ses yeux.
- Nena (bébé), mon amour, ma petite fleur, pardonne-moi pour mon comportement, tu es mon paradis, mon soleil, ma vie, j'ai été le pire des hommes et je m'en excuse. Monsieur Mancini méritait de vivre, pas de mourir de cette façon, j'ai failli à mon rôle de garde du corps, par ma faute, Mia vit un calvaire, Angie pleure la perte de l'homme qu'elle aime et j'ai réussi à rendre triste tout nos proches. Je n'ai pas supporté cette honte qui pèse sur mes épaules. Je te jure que je ferai tout pour redevenir un homme meilleur. Il écoute quelques secondes ma tante tandis que je chasse mes larmes. Un centre de désintoxication? C'est d'accord... je ferai tout ce que tu veux à condition que tu rentres à la maison, s'il te plait mon amour, j'ai besoin de vous... vous êtes tout pour moi, vous êtes ma famille.
Le voir accroupis au sol le dos vouté à ouvrir son coeur me secoue de l'intérieur, il s'est mis à nu, aujourd'hui il n'a plus rien à perdre c'est pourquoi je sais de tout mon coeur que ma tante lui pardonnera.
- C'est vrai?! Merci nena (bébé), je t'aime tellement, tu me manques aussi, d'accord, je t'attendrais. Oui promis c'est terminé, je ne boirai plus une goutte d'alcool, tu pourras demander à Sergio, je vais tout jeter à la poubelle. S'il te plait mon amour, rentre le plus rapidement possible tu me manque.
Il se lève et éponge ses larmes de son T-shirt, les yeux fatigués et injectés de sang, Chris me sourit sincèrement en me tendant mon téléphone.
- Elle va rentrer à la maison... merci Mia.
Je m'approche et me blottis contre lui.
- Contente que tu sois de retour.
***
Octobre
Démoralisée, je fixe mes mains où se trouvent plusieurs cartes mémoires pleine de séquences que j'ai filmée ces derniers mois, et si tout ça ne servait à rien? Je range le tout dans la poche intérieur de mon sac à main et j'introduis une nouvelle carte mémoire dans la caméra. J'hésite avant de lancer la caméra, cette fois-ci je suis seule dans le champ de vision.
- Je tiens à filmer ce moment car pour la première fois depuis le drame, je perds espoir, je vois tout le monde autour de moi évoluer alors que j'ai l'impression de faire du surplace, il y a tout de même des bonnes nouvelles autour de nous.
J'évite de lui parler des moments difficiles que traverse nos proches donc je me garde de lui dire que Chris est actuellement en centre de désintoxication, il peut compter sur notre soutien notamment ma tante Soledad qui est rentrée avec les jumeaux, j'ai été surprise quand ma tante a demandée à ma grand-mère de rester en Espagne car Raquel et Luis vivent mal l'éloignement de la famille.
- Simone va parfaitement bien, il vit sa vie malgré un rein en moins mais je vois combien il es fier et heureux d'avoir pu t'aider, lui et Beni vivent officiellement ensemble, tu les verrais, ils sont trop mignons tout les deux. Oh... il y a aussi Giovanni le fils de Lola et Rafael qui grandit de jour en jour, tout comme notre fils, dis-je en montrant Mateo dans son parc qui s'amuse à mastiquer sa girafe. Elena et Luca avancent doucement mais surement, la fausse couche l'a détruite intérieurement et ils consultent une psy ce qui leur fait un grand bien, je croise les doigts pour qu'ils se réconcilient. Giuliana termine sa dernière année d'étude tout comme Romualdo, ils ont décidés de rentrer l'été prochain à Rome, toute la famille Rossini sera enfin réunis, Giuseppe et Mario sont toujours célibataire et Pietro et Ornella s'épanouissent avec le petit Mattia qui court à droite à gauche, il rend chèvre sa mamie Livia, il a pris Mercy pour son cheval, il s'amuse à monter sur son dos et hurler «hu dada!», tu verrais sa bouille il est trop mignon. La grossesse de Julia avance, je souris en y repensant, le pauvre Fabio doit courir en pleine nuit et faire toute les épiceries pour lui trouver de la crème glacée et des litchis ses péchés mignons, je n'arrive pas à croire qu'elle entre déjà dans son dernier trimestre. Ma vue se brouille et mon nez me pique quand je déclare, je suis sincèrement heureuse pour nos amis mais... c'est tellement pas juste, notre fils grandit et tu ne le vois pas de tes propres yeux, j'essaie au mieux de te filmer Mateo, le pauvre bout de chou pleure dès qu'il sort à l'extérieur, je l'ai habituée aux murs de cet hôpital. D'une main tremblante, j'essuie mes larmes et je prends toute la force nécéssaire pour regarder l'objectif, nous devrions être à la maison... tout les trois.
Je hoquette de surprise, je n'ai pas rêvée?!
- Mamma... mamma.
Les yeux écarquillés, j'alterne entre la caméra et Mateo qui ouvre et ferme la bouche en répétant encore et encore... maman. Je le prends dans mes bras et lui embrasse les joues.
- Tu peux répéter?! Tu as dis maman? Maman?
- Mamma.
- Tu as entendu ça, dis-je à l'objectif comme si Micki nous fixait derrière la caméra.
Les larmes me submerge et je pleurs à la fois de joie d'entendre mon fils prononcer son premier mot et je suis bouleversée que Micki aie loupé ce moment unique. Je serre mon fils contre moi et je rejoins ma place près de Micki, mon fils tend les bras vers son père qui est allongé.
- Tu veux être à côté de papa?
Je l'allonge comme il aime et je lui donne sa tétine, il a tellement l'habitude que Mateo reste immobile car quelques minutes plus tard, il s'endort. Je me laisse aller aux larmes et pour ne pas que Micki me voit dans cet état, je me lève et j'éteins la caméra.
***
Un raclement de gorge me force à lever les yeux vers la porte d'entrée, ça alors... c'est bien la dernière personne que je pensais voir.
- Ludovica?
- Bonjour, je te dérange?
Je dévisage la mère de Lola qui patiente à l'entrée.
- Heu... non entre, je me lève et la salue, co... comment as-tu réussi à venir jusqu'ici?
- J'ai su pour ton mari et ton père, c'est passé à la télévision. L'accès à la chambre est interdit mais comme j'avais mon rendez-vous pour faire mon dépistage du cancer du sein, j'ai voulu te voir, une infirmière m'a donnée le numéro de la chambre. Je pense qu'elle m'a pris pour un membre de ta famille. Elle jette un œil derrière mon épaule et écarquille les yeux. Tu as aussi un enfant?
Aussi? Elle est au courant pour Lola?
- Oui, il s'appelle Mateo.
- Comme ton père... toute mes condoléances, je suis encore désolée de ne pas avoir assistée aux funérailles, avec ce qu'il s'est passé avec ma fille... j'ai préférée ne pas créer d'histoire.
Nous prenons place et Ludovica serre rapidement la main de Micki.
- Je prie de tout coeur pour sa guérison.
- Merci.
Un silence s'installe et je ne sais pas quoi dire à la mère de Lola, notre dernier échange s'est très mal passé, toute la famille de Lola nous insultait d'avoir fait du mal à leur Gina.
- Tu es au courant pour Lola? Qu'elle a un enfant?
Ses yeux vert semblable à ceux de sa fille s'écarquillent légèrement avant de hocher la tête.
- Je l'ai croisée il y a plusieurs semaines dans le centre, elle, sa voix se noue d'émotion quand elle souffle, elle a tournée les talons quand elle nous a vu son père et moi.
- Je ne peux pas la blâmer en sachant comment sa propre famille l'a traité en Sicile, maintenant qu'elle est mère de famille, Lola veut protéger Giovanni et le maintenir dans un cadre sain.
- Giovanni... quel beau prénom. Son visage se rempli de culpabilité, j'ai toujours été du côté de ma fille, je l'ai cru dès le début. J'ai essayée de raisonner son père mais pour lui sa fille est devenue une... irresponsable tatouée de la tête aux pieds.
La colère bout en moi et je me retiens comme je peux de ne pas exploser.
- Lola n'est certainement pas une irresponsable et ce n'est que des tatouages, ils ne mordent pas. Ta fille est une personne bien avec un grand coeur et dotée d'une grande intelligence, je la félicite d'avoir tournée les talons quand on sait ce que son père pense d'elle. Tout comme le reste de ta famille, vous avez coupés les ponts avec elle, tu n'imagines même pas à quel point Lola a souffert de ce rejet. Heureusement que nous avons été là pour elle, aujourd'hui elle est heureuse auprès de Rafael et Giovanni.
- Je suis sincèrement désolée, son père est têtu et... il m'a interdit de la revoir.
- Je pense qu'il est temps d'arrêter tout ce cirque, nous ne sommes plus dans les années cinquante, qui interdit de voir sa propre chair? Je me tourne vers mon fils qui alterne entre les deux hochets qu'il tient dans ses mains et je reviens vers la mère de Lola, je vais être honnête, toi, ton mari, tes enfants Cesare et Luigi vous êtes en train de commettre une terrible erreur, vous ratez les meilleurs moment de Giovanni. J'aurais tellement aimée que mon père et mon mari fassent partie de la vie de Mateo. Ludovica, tu es le propre maitre de ton destin.
Elle baisse honteusement les yeux et laisse échapper quelques larmes, je lui laisse un peu d'intimité et je prends mon fils dans mes bras que je dévore de baiser.
- Tu es vraiment le plus beau bébé du monde, oh je vais te manger un de ces jours.
- J'aimerai avoir son adresse s'il te plait?
Je reviens vers Ludovica qui sanglote, elle me fait tellement de peine que je prends de quoi noter.
- Tiens, je tends le papier, j'espère qu'il n'est pas trop tard.
- Merci, je l'espère aussi.
Nous passons la demi-heure suivante à discuter, je me souviens que maman entretenait une bonne relation avec la mère de Lola et je souris quand elle me raconte quelques anecdotes. Quelques heures plus tard, je souris à Mateo qui, agrippé à ma poitrine, vient de s'endormir après avoir bu une bonne ration de lait. Mon téléphone vibre et je ne suis pas étonnée de voir le nom de Lola s'afficher.
- Allô?
- Mia, Lola a une petite voix, je sais ce que tu as fais, je ferme les yeux prête à me faire remonter les bretelles et je lève un sourcil quand Lola souffle, merci... maman vient de partir, elle a diné à la maison, nous avons pleurés, discutés puis nous avons passés le reste de la soirée à jouer avec Giovanni jusqu'à ce qu'il tombe de fatigue.
- C'est une bonne chose?
- Oui, maman s'est excusée d'avoir laissé mon père commander sa vie, elle refuse de vivre loin de nous donc elle m'a assurée qu'elle compte avoir une discussion avec mon père. Tu savais que mes frères se sont disputés plusieurs fois avec mon père à propos de cette histoire, j'ignorais qu'ils me soutenaient.
Lola continue de me détailler sa soirée et je jette un coup d'oeil à Micki, tout comme moi il serait heureux d'entendre ça, voilà une bonne chose de faite.
***
Novembre
- Je n'en peux plus! Ce bébé est si gros que je ne vois plus mes pieds!
Julia se laisse tomber sur le siège en louchant sur son ventre distendu, je souris à Teresa qui frotte le ventre arrondi de ma meilleure amie.
- On en reparle après l'accouchement, tu regretteras ta grossesse.
- Oh non, je dors mal, je pisse toute les demi-heures et au lit c'est un calvaire pour m'envoyer en l'air. Je laisse Fabio faire tout le travail.
- Julia!
Le visage de Teresa s'empourpre tandis que Julia tend ses jambes en grimaçant.
- Désolée Teresa, j'ai l'impression qu'avec cette grossesse je n'ai plus de filtres, hier je me suis défoulée sur le primeur, je pensais qu'il fixait mes obus alors qu'il voulait simplement me féliciter.
- Julia, il n'y en a pas deux comme toi, dis-je en souriant sincèrement.
- On devrait te créer si tu n'existait pas, déclare Teresa.
Cette dernière hausse les épaules à la fois gênée et avec un sourire au coin des lèvres.
- Tu ne veux toujours pas savoir le sexe du bébé?
- Pas besoin, ma voyante m'a dit que c'est une fille et je le sens au fond de moi, il n'y a qu'une fille pour me rendre chèvre et faire la fête dans mon ventre, ma mère et ma grand-mère en sont certaine comme moi.
- Je serai toi je ferai une échographie on ne sait jamais.
Julia secoue la tête en faisant un geste évasif de la main.
- Non non pas besoin, je le sens en moi c'est comme ça, j'ai quand même hâte de voir ma petite Anastasia.
- Anastasia?! Nous soufflons en même temps ce qui fait rougir Julia.
- Quel jolie prénom, s'exclame Teresa.
- Elle a raison, c'est un prénom international, qui va bien autant de ton côté Croate que du côté italien de Fabio.
- Merci, dit-elle en me lançant un clin d'oeil.
Livia entre avec un plateau de gobelets fumant, elle tend le premier à Julia.
- Voilà pour toi une soupe tomate basilic, pas de café pour toi ma chérie. Un espresso pour toi Teresa et un cappuccino pour toi tesoro.
Livia me rejoins et souffle dans son gobelet.
- Les températures ont baissés vous ne trouvez pas?
- Je ne sais pas, je ne sors pratiquement plus de cet hôpital, j'ignore quand est-ce que j'ai respirée l'air extérieur pour la dernière fois.
Toutes les trois échangent un regard mystérieux et Julia secoue la tête.
- Bon, lance Livia, je pense qu'il est temps pour toi de reprendre une vie a l'extérieur de cet hôpital.
Je pouffe de rire pensant qu'elles plaisantent mais j'ai tort quand je vois leur air sérieux.
- Non, je ne quitterai pas Micki, pas tant qu'il se réveillera.
- Ma chérie, souffle Teresa, tu te rends compte que Mateo hurle dès qu'il franchit les portes de l'hôpital, tel un chat apeuré, il reste agrippé à toi en pleurant, il a peur de la population extérieur, il va même jusqu'à plisser les yeux en observant ciel... il faut qu'il s'habitue au monde extérieur sinon comment veux-tu réussir à l'élever?
- Je ne peux pas abandonner Micki, et si il lui arrive quelque chose?
- Nous ne le laisserons pas seul, à tour de rôle une personne restera à son chevet, je ne travaille pas et Teresa a pris sa retraite anticipée, nous pouvons tout à fait surveiller Michele, tu oublies que tu as un bar à vin qui tourne à plein régime et aussi... le Domaine a réouvert ses portes et Devon et Rubi reprennent tant bien que mal le business de ton défunt père. Ton fils a besoin de s'épanouir ailleurs que dans cette chambre.
Ce qu'elles disent n'est pas faux mais... j'ignore si je vais pouvoir quitter Micki, je me suis habituée à sa présence, il est mon oxygène, ma bouée de sauvetage.
- Prends le temps de la question, nous ne voulons pas te presser, souffle Teresa.
Julia hoche la tête en accord avec leur déclarations, rien que d'imaginer quitter cet hôpital sans Micki, l'angoisse monte en moi.
***