Emma
— Em, tu es certaine que ça va ?
J'acquiesce vers Sam, sans le quitter des yeux. Je ne sais pas trop ce que je ressens de connaître la vérité sur ce qu'ils fabriquent. Et pourtant c'est devant mes yeux. Là, dans leur entrepôt top secret, des caisses d'armes, d'explosif, qui montent jusqu'au plafond, provenant de pays surprenants.
Revente, marché noir, réseau...
Des hommes sont là, corrompus, à remplir des caisses, pour les expédier à des acheteurs psychopathes. Et mon frère doit partir avec eux, c'est son boulot.
— Nan parce que t'es un peu trop calme, je trouve.
C'est vrai, je le suis. Mais eux, ils sont gentils. Personne ne va mourir. Dans les films, il n'arrive rien au mecs gentils. À la fin ils s'en sortent toujours...
Mon frère attend que j'explose, que je hurle, que je lui saute dessus, que je le menace... que je lui dise un truc. Je sais pourquoi il m'a amenée ici. Pour que je sache la vérité, pour pas que le secret m'éloigne de lui, de Tyler. Parce qu'il ne veut pas que je parte.
— C'est Rock le père du bébé. Je l'ai rencontré avant qu'on se retrouve. Et je couche avec lui depuis mon arrivée.
Je balance la bombe d'un coup, sans réfléchir, et putain ça fait tellement de bien d'en parler. Mon frère qui s'attendait à tout, sauf à ça, manque de tomber à la renverse.
— Dis-moi que c'est encore une tes blagues, Emma ? Que c'est encore un jeu pour emmerder le monde ? Parce que si c'est lui le père de ton bébé je vais le tuer ! Te tuer ! Vous tuez ! Putain Rock c'est ma famille, mon frère. Tu peux pas baiser avec lui !
Sam fait les cent pas, les mains sur la tête, les yeux fous. Et je reste calme, assise au bord du coffre de la voiture.
— Mon Dieu... maintenant je vais devoir me tuer aussi. Je suis en train de vous imaginer ensemble, à faire un bébé... toi et lui. Ma sœur, et un mec que j'aime comme mon frère.... non que j'aimais... ouais maintenant je le hais... je vais gerber... me crever les yeux.
— Sam ! Détends-toi ! Tu ne vas tuer personne ! C'est compliqué. Tu dois garder le secret.
Il se fige, et je crois que c'est l'heure de la mort de Rock. Il a cette étincelle de haine dans les yeux qui me colle des frissons.
— Que je me détende ? Après ce que tu viens de balancer. Mais comment tu veux que je sois calme ? Oh bordel de merde ! Alors toutes les fois où vous disparaissez... c'était pour aller baiser.
Bon, il panique. Je me redresse, me relève, et avance vers lui pour prendre ses mains dans les miennes.
— Je ne veux pas partir à cause de ce que vous faites. De ce que tu fais. Franchement ça m'est égal. Ça ne change rien de mon amour pour toi, pour Tyler. Pour vous. Je dois partir parce que j'ai gardé l'enfant, et qu'il ne veut pas être père. Il voulait que j'avorte.
Pas sûre que ça le calme vu son corps en surtension. J'aurais peut-être dû zapper le passage de l'avortement...
— Quoi !? Je ne peux pas croire qu'il te laisse dans la merde... qu'il ne prenne pas ses responsabilités. C'est un putain d'enfoiré.
— Je ne peux pas rester, Sam. Parce que ça va être trop dur, tu comprends ? Mais on va rester en contact, tu viendras me voir, et...
— Bordel, Sniper ! Tu m'expliques pourquoi Emma est ici !
La voix de Rock résonne derrière nous. On tourne notre tête vers lui, qui s'avance vers nous, furieux, et j'ai pas le temps de retenir Sam... Trop tard. Il bondit sur Rock, en lui balançant violent son poing dans la mâchoire.
— Enfoiré !
Rock vacille mais reprend son équilibre en rendant coup pour coup, un coup de coude qui fauche la tempe, un genou qui part dans les côtes.
— C'est quoi ton putain de problème, Sniper !
La poussière s’envole, les épaules se heurtent. Ils roulent, se relèvent, se frappent dans la terre sèche. Leurs gestes sont rapides, précis. Violent. Mes hurlements ne servent à rien, ils ne m’entendent pas. Sam l'agrippe par la nuque, cherche à l’étouffer. Rock lui assène un uppercut que j’entends jusque dans mes dents. Sam recule, la mâchoire fendue, du sang commence à couler de sa lèvre. Et son poing éclate l'arcade de Rock.
Mais c'est pas possible d'être aussi débiles !
Je cours jusqu'à la voiture de mon frère, en paniquant. Ils ne vont quand même pas se tuer ? Ma main fouille la boîte à gants, et je sors une arme. Je vérifie la chambre chargée, et reviens sur mes pas, en levant le bras en l'air. Je tire. Le coup claque, net. Le bruit explose comme un orage. Ils s’arrêtent, figés, poitrine qui monte et descend comme des fous, prêt à dégainer leurs flingues. Leurs poings redescendent lentement, les muscles se vident d’un coup. Ils se regardent, haletants, ensanglantés. Sam a une coupure à la lèvre, le nez déjà rouge. Rock a l'arcade éclaté, une pommette gonflée.
Ils sont beaux, sauvages, cassés, complètement cinglés. Ils respirent mal. Leur colère n’a pas disparu, elle est juste mise en pause..
— C'est fini les conneries, dis-je en balançant le pistolet à leurs pieds. Arrêtez de vous taper dessus. Rock... si tu n'avais pas compris... Sam est courant que je porte ton enfant. Je lui ai dit.
Le silence est épais, seulement troué par le sifflement de leur souffle. Rock essuie sa bouche d’un revers de main, en crachant un peu de sang à ses pieds.
— Je me doute, ouais. Et c'est pas son problème.
Mon frère le pousse sèchement par les épaules, pas calmé.
— Répète un peu ? Tu baises ma sœur ! Bien-sûr que c'est mon problème.
— C'est pas ton putain de problème, lui répète Rock, le visage collé face au sien. Je fais ce que je veux. Et Emma aussi. Maintenant me fait plus chier !
Mais c'est pas vrai ! Je tire Sam par la main, pour l'éloigner de Rock. Parce que je sens que ça va mal se terminer. Rock fait demi-tour vers sa moto, en m'adressant à peine un regard.
Depuis l'accident de voiture, il ne reste pas plus de cinq minutes avec moi, dans la même pièce. Il ne me regarde plus, comme maintenant.
— Sam, s'il te plaît. Fais pas ça. Vous battez pas.
J'ai pas envie que leur relation change, qu'il se cognent dessus. Que ce secret complique les choses. Je dois le dire à Ty, et j'espère qu'il va mieux réagir que mon frère.
______
— Laisse tomber Emma, tu t’en fous ! lâche Popeye quand je me relève, les oreilles encore bourdonnantes.
— Non. Ma patience a des limites.
Je fonce droit sur ces deux connasses. J’en ai ras-le-bol. Elles profitent de la foule pour se foutre de ma gueule. Et j'essaie de les ignorer, vraiment, depuis la fois où Abby a été droguée à ma place, mais ce soir, je sature. Ce qui m’énerve le plus, c’est que rien ne lui est arrivé : Jim n’a pas eu de preuves, et il la laisse revenir.
— C’est quoi votre putain de problème ?
Lise se tait aussitôt, se replie sur sa chaise. Olivia, elle, se redresse, mains croisées, posture hautaine.
— On se demandait… comment Rock a fait pour coucher avec toi ? Tu es mariée, en cloque et anorexique. Tu viens squatter ici, jouer la princesse salope.
— Moi je suis une salope ? dis-je en serrant le poing, la colère qui bout sous la peau.
— Oui. Tu couches avec un inconnu, tu tombes enceinte sans savoir qui est le père, j’appelle ça une salope, répond-elle, dégoûtée comme si elle parlait d’un vulgaire objet.
Je commence à rire, un rire sec et faux.
— Tu rigoles j’espère. Toi, tu as avalé des kilomètres de bites et tu oses m'insulter de salope ? Peut-être que si je me nourrissais de sperme comme toi, je grossirais.
Son visage devient rouge, mais elle garde son air de reine.
— Je ne te permets pas de m’insulter. Apprends plutôt à manger, pense à ton bâtard qui va bientôt sortir, réplique-t-elle, méprisante.
Taz, qui vient à peine de rentrer, claque sa bière sur la table.
— Olivia, ferme ta gueule ! Je te jure... tu fais chier tout le monde.
— Laisse Ty, c’est bon, dis-je sans la lâcher des yeux. Oui, je suis peut-être maigre, et alors ? Tu sais ce que mon mari faisait quand je prenais quelques grammes ? Il m’enfonçait ses doigts dans la bouche. C’était tellement violent que je vomissais du sang par moment. Tu sais ce qu'il aimait d'autre ? M'attacher au lit pour me violer, pour me frapper. Il m’interdisait de manger !
La salle se tait. Les regards se tournent vers moi, et j’écarte ma frange d’un geste sec, en montrant la cicatrice sur mon front.
— Tu vois ça ? J’ai eu deux minutes de retard, et mon mari m’a claquée la tête dans la porte. C'était tellement fort que j'ai un traumatisme crânien. Quinze points. Je me suis recousue moi-même dans ma cuisine.
Énervée, j'enlève carrément mon tee-shirt pour lui montrer le reste. Elles veulent voir ma vie de princesse ? Alors allons-y ! Mon index se pose sur la cicatrise qui se trouve près de mon nombril. Encore un horrible souvenir.
— Celle-ci, c’est quand j’ai mal cuit sa viande. Il m’a enfoncé son couteau dans le ventre, et j’ai dû me recoudre comme une grande. Sans pleurer !
Bordel, je la déteste, mais je continue. Je fais sauter le boutons de mon jeans, le baisse, en montrant une plaie qui est restée rouge, sur ma cuisse.
— Là, il m’a entaillée avec son coupe-papier parce que je n’avais pas nettoyé son bureau correctement.
Je laisse tomber mon jean en relevant la jambe, une à une, avant de le balancer sur leur table. Mon cœur bat comme un fou, mais surtout il me fait tellement mal..
— Dans le dos et sur les fesses, ce sont des cicatrices de sa ceinture, à force d'être battue !lui dis-je en pivotant lentement pour que chacun voie mon corps. Il m’a cassée le bras, déboîtée l’épaule, humiliée des centaines de fois. Et tu sais ce qu'il aimait le plus ? M'étrangler. Me priver d'air ! Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai dû aller travailler avec un foulard, parce j'avais ses putains de doigts autour mon cou. Il y a des jours où je ne savais même plus parler tellement ma tranchée était abîmée !
— Ma petite pomme d'amour... arrête.
J'ignore Taz. Je suis trop en colère.
— Tu vois mon doigt ! crié-je en lui montrant mon auriculaire. Il est tordu parce qu'il me l'a cassé !Tu n’as aucune idée de ma vie. De ce que j'ai pu vivre, supporter. Je suis loin d'avoir une vie de princesse. Et toi, Olivia, à part les orgasmes, tu as quoi ? Rien. Tu joues la garce en espérant qu’un d’eux t’aime. En particulier Rock, mais il s’en fout de toi. Comme il se fout de moi.
Oui, on est juste là pour son plaisir, et ça me fait mal de l'admettre à voix haute mais c'est la vérité. Lise ne bouge plus, les yeux écarquillés, incapable d’articuler. Olivia regarde ses ongles, l’air ennuyé, comme si elle feignait l’indifférence.
— C’est bon, Emma, viens, t’es pas obligée de faire ça, intervient Popeye d'une voix douce.
Je secoue la tête, au bord des larmes.
— J’ai pas fini. Je suis enceinte, en quoi ça te gêne ? Tu comptes m’aider à l’élever ? Tu t’intéresses à son avenir ? Je vais le garder mon bébé, et l'aimer. Je sais très bien qui est son père. Il ne veut pas faire partie de sa vie ? Très bien c'est son choix. C'est pas ton putain de problème ! Tu savais que j'étais tombée enceinte il y a deux ans ? Mon enfoiré de mari ne le savait pas, et ce soir-là il m'a frappé tellement fort dans le ventre que j'ai fait une fausse couche dans ma chambre, sur le sol. Et tu sais ce qu'il a fait ? Il ne m'a pas réconfortée ou conduis à l'hôpital, non, il m'a violée ! Je l'ai supplié d'arrêter. J'avais des crampes, mais il continuait en disant que c'était de ma faute que j'avais perdu le bébé. Tu n'imagines pas la douleur que j'ai dû supporter. J'étais en train de perdre mon bébé, et lui me baisait violemment. Ce jour-là j'ai prié de toutes mes forces pour mourir. Je suis restée allongée dans mon sang et celui de mon bébé pendant des heures sans pouvoir bouger. Et pourtant tous les jours je me suis levée, sans me plaindre pour aller travailler. Je suis assez salope pour toi ? Alors maintenant écoute moi bien : Si je t'entends encore une seule fois insulter mon bébé, tu vas connaître la pire douleur de ta vie.
La pièce est figée. Des bikers costauds, des gueules dures, me regardent sans broncher. C'est presque drôle de les voir aussi choqués. La honte me brûle, mais aussi une sorte de libération. Il y a des choses que je n'avais jamais raconté, comme ma première grossesse. Et heureusement que mon frère ne soit pas là, il aurait perdu la tête.
Je lève les bras au milieu de ces hommes, certains que je ne connais pas. Mais aujourd'hui c'est la fête.
— Alors ? Qui veut encore coucher avec moi après tout ça ? Vous pouvez profiter, mon mari a déjà tout pris. J'ai du retard à rattraper avec ma concurrente. Mon frère n'est pas là c'est le moment. Avant de partir j'ai envie de m'amuser.
Les mains se lèvent, pas toutes, mais beaucoup. Les hommes mariés restent sage, tout comme Popeye, et Taz. Mais pas Froger. Il a carrément agité la main.
— Putain, moi ! T'es encore plus excitante maintenant.
Je lui fais un sourire. Ce mec est complément cinglé. Je remarque que malgré son sourire il a le regard triste, comme j'ai déjà aperçu plusieurs fois. Taz se lève immédiatement en lui balançant une droite derrière la tête.
— Ta gueule !
Je savoure la victoire qui n’en est pas une. Et je regarde à nouveau cette sale peste.
— Alors, Olivia ? Même enceinte et anorexique, ils veulent s'éclater. Mon bébé n’a pas de père, alors on va s’amuser. Pas besoin de capotes, les mecs ! Venez à plusieurs, je sais que vous adorez ça.
— ÇA SUFFIT !
Sa voix coupe l’air. Tout le monde se fige. C’est Rock. Il est là, la mâchoire serrée, les yeux noirs comme une tempête.
— Rock ! On parlait de toi justement. Allez viens ! Dis à tout le monde comment c’était atroce de coucher avec moi !
Il avance sans bruit, la démarche froide. En passant près de Froger il lui envoie une claque derrière la tête si sèche que Froger sursaute, puis Rock lui souffle quelques mots que je n’entends pas mais qui font plisser le front du grand malade. Froger acquiesce, la bouche grande ouverte.
Devant nous, Rock pose ses deux mains sur la table d’Olivia et de Lise. Son regard me transperce, je n’ai jamais vu une telle intensité dans ses yeux, c’est noir et froid, et ça me fait vaciller.
— Dégagez.
— Mais Rock, c’est elle...
— DÉGAGEZ !!!
Elles n’hésitent pas sous son hurlement, Olivia et Lise se lèvent précipitamment. Elles me jettent un regard cinglant, plein de haine, puis s’éclipsent.
Rock expire longuement. Son souffle est lourd, comme s’il avait contenu une tempête. Sans le moindre mouvement brusque, il retire son cuir et, d’un geste surprenamment tendre, le pose sur mes épaules. Le cuir est encore chaud de son corps ; l’odeur du tabac, du cuir et d’un après-rasage boisé me chatouille les narines.
— Suis-moi, Emma.
Il m’attrape la main et m’entraîne hors de la pièce. Dès qu'il referme derrière nous, il m'attire contre lui. Je sens son cœur battre fort, ses muscles se tendre et se détendre sous mes mains.
— Je suis désolé, chaton, murmure-t-il, la voix rauque.
Il glisse ses doigts contre ma joue, effleure ma peau, puis me donne un baiser doux, sur les lèvres. Ensuite sa main descend, s’arrête sur mon ventre, et le caresse. Je suis pétrifiée sur place. Je sens même des larmes couler le long de mes joues. C'est la première fois qu'il fait un geste tendre pour notre bébé. Il recule d’un pas, me regarde comme si j’étais fragile et précieuse à la fois.
— Va t'habiller avant qu'ils ne prennent au sérieux ce que tu viens de dire. J'ai pas envie de les cogner.
Sa voix est étonnamment calme, presque posée.
— Tu es là depuis quand ?
— Depuis le début... Je ne regrette pas ce qu’il s’est passé entre nous. Comment je peux regretter la plus belle rencontre de ma vie ?
Ses mots me serrent la gorge. Je sens le monde tourner un peu trop vite. Mes jambes faiblissent.
Sa plus belle rencontre ?
Il me jette un dernier coup d’œil, puis ouvre la porte pour retourner à l’intérieur. Putain. Il a tout entendu. Une vague de terreur me traverse la colonne vertébrale quand je me rends compte de ce que je viens de faire.
Oh bordel !
— J'explose le premier qui pose la main sur elle ! Emma est hors limite !
Je me précipite à l'étage sans attendre. Je suis quoi ?
Dès que je rentre dans ma chambre, je ferme la porte derrière moi comme pour retenir le monde à l’extérieur. Et je craque. Je me mets à pleurer en enfilant de nouveaux vêtements, avant de me jeter dans mon lit.
Les mains posées sur mon ventre, je me sens terriblement seule.
J’aimerais que Rock soit là. Qu’il me dise que tout ira bien.
La porte s’ouvre doucement. Taz entre, suivi d Popeye. Taz s’approche, grimpe sur le lit et me tire contre lui. Son torse massif me cale, sa chaleur m’enveloppe. Et je pleure encore plus. Popeye hésite à nous rejoindre, les mains dans les poches, avant que je ne lui fasse signe. Il vient s’asseoir de l’autre côté, ses doigts glissant dans mes cheveux humides de larmes.
— Je t’aime, Emma. Ça va aller, murmure Taz la tête enfouie dans mon cou.
— Je t’aime aussi, Ty… mais si elle avait raison ?Comment je vais élever un bébé dans ma situation, hein ?
— Olivia parle trop, gromelle Popeye. Elle est jalouse, c’est tout. Rock la calcule plus depuis que t’es là. Tu vas avoir un magnifique bébé, et on sera là.
Je souris tristement, les yeux toujours humides.
— Ouais, jusqu’à ce que Mike débarque.
— S’il ose remettre les pieds ici, on lui fera sa fête, dit Taz avec un sourire sans joie.
Je ferme les yeux un instant. Mon cœur cogne trop fort.
— Je ne peux pas rester ici… même si j’aimerais bien. Je dois partir, Ty. On en a déjà parlé. C’est le moment.
Il sait qui est le père du bébé. Je lui ai dit ce midi. Il a bien pris la nouvelle. Enfin mieux que mon frère. Il savait déjà que je couchais avec Rock, ça aide. Mais pour lui je dois rester. Rock n'est pas une excuse valable.
Je sens son corps se raidir. Son bras autour de moi devient plus lourd, comme s’il voulait m’empêcher de bouger.
— C’est à cause de Rock ? me demande Popeye
— Pourquoi tu penses ça ?
Popeye m’observe longuement, les yeux sombres et calmes.
— Emma… c’est lui, le père du bébé ? C’est ce soir-là, au Sphinx, que t’es tombée enceinte ?
Je hoche la tête, lentement. Il est malin.
— Oui. Mais tu ne dois pas en parler. À personne.
Popeye acquiesce d’un signe de tête silencieux. Il comprend. Il comprend toujours trop vite.
Je me frotte les yeux du revers de la main.
— Il ne veut pas de moi, ni du bébé. Et je peux pas rester ici à le regarder vivre comme si de rien n’était. Le voir avec d’autres femmes... ça va finir par me tuer.
Taz soupire et resserre son étreinte.
— Tu l'aimes... Pas vrai ?
— Oui. C’est con, hein ? J'aime un mec qui ne ressent rien pour moi..
Popeye vient poser sa tête près de mon ventre, tout doucement.
— J’en suis pas si sûr, moi. Je vois bien comment il te regarde. Comment il devient dingue quand un autre t’approche. Tu devrais rester.
— Et je dis quoi à mon bébé ? “Ton père habite avec nous, mais il veut pas faire partie de ta vie.” Non, c'est pas possible. Je peux pas faire ça.
La poignée claque soudain. La porte s’ouvre à la volée. Rock. Il se fige sur le seuil, les sourcils froncés. Ses yeux passent de Taz à Popeye, puis à moi, allongée entre eux. Il ne dit rien. Il claque juste la porte derrière lui.
— Putain…il va encore nous faire chier, demain.
Je soupire, une main sur mon ventre.
— Mais non. Il sait très bien qu’il n’y a que de l’amitié entre nous.
— Ouais, heureusement qu’on a pas levé la main, sinon on serait déjà morts, rigole Popeye. J’arrive toujours pas à croire que tu t’es presque mise à poil devant nous.
J'étais en sous-vêtements, mais quand même. J'arrive toujours pas à croire que j'ai pu faire ça moi aussi.
— Dormez avec moi, les gars.
— Tout ce que tu voudras, murmure Taz.
— Ouais. On bouge pas d’ici, ajoute Popeye, la tête toujours posée contre moi.
Je ferme les yeux un peu moins triste. Leurs respirations m’apaisent. Le monde peut bien s’effondrer dehors, je me sens bien avec eux.
— Merci, mes bikers préférés.