Accorde moi cette danse

By leaa_writes

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Lorsque Laurel Miller termine sa tournée de danse solo, un nouveau projet dans sa vie l'attend. Le grand prod... More

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1| renaissance
2| côté cour
3| huit temps
4| lever de rideau
5| entracte
6| répétition
7| la 1ère partie
8| mirage
9| bouquet
10| bouscule mes idéaux
12| crise d'angoisse
13| la tarte
14| rapprochement
15| gentlemen
16| danse nostalgique
17| querelle inachevée
18| ...la pluie
19| le beau temps...
20| baiser volé
21| chaude entrevue 🌶
22| vérité amère
23| réunion de famille
24| une fois...
25|... pas deux
26| invasion...
27| ...maladive

11| promesse

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By leaa_writes

               Après un moment de réflexion, nous nous retrouvons une nouvelle fois dans les rues de Londres. Je prends de l'avance, à quelques pas de Bastian, je le vois en train d'essayer de me rattraper.

- Je crois que tu vas un peu trop vite pour moi là, rit-il, tu t'es transformée en ninja.

- Je veux te fuir maintenant que je t'ai embrassé, dis-je en plaisantant. Pourtant, tout au fond de moi c'est ce que je ressens. De la peur.

- Je te retrouverai.

Ces mots me frappent en plein cœur, je m'arrête au milieu de la foule, je le sens se rapprocher de moi et hésiter avant de glisser ses doigts entre les miens. Son torse frôle mon épaule et lorsque je tourne la tête, je découvre le peu d'espace qui nous sépare. Un rictus naît sur mes lèvres, pourquoi est-ce que cette soirée ressemble à un scénario de film, c'est ridicule. C'est finalement moi qui soude nos mains ensemble et je l'entraîne vers l'opéra royal de ma ville. Dans la nuit noire, le bâtiment majestueux illumine le chemin qui mène à l'entrée. Ce soir il est ouvert, une représentation y est donnée et je veux montrer à Bastian à quoi ressemble mon monde. Je veux lui partager mon amour de toujours, comme il l'a fait pour moi avec la cuisine.

- Tu m'emmènes voir un spectacle ? demande-t-il en sentant ce que je prépare.

- Non. Pas un spectacle, sourié-je, un ballet.

J'ai été invitée par un chorégraphe avec qui j'ai travaillé auparavant: mon tout premier ballet à succès; je ne comptais pas y aller au départ, je ne voulais pas. Et puis, Bastian m'a convaincu de tenter d'y aller inconsciemment. Nous entrons et je me rappelle de la première fois que je suis entrée dans cet opéra pour débuter mes études de danses. C'est ici que j'ai connu mes meilleurs moments mais aussi les pires.

On nous débarrasse de nos vestes et un homme en costard impeccable nous escorte jusqu'à nos sièges, la représentation a déjà commencé. Les deux danseurs ont l'air d'avoir mon âge, et je ne suis pas surprise de les voir danser notre premier succès, à nous trois.

Le Phoenix.

L'euphorie monte en moi, je veux voir le porté. Je veux voir comment mon ami a réussi à faire signer ces gens pour effectuer une prise de risque, si grosse, que personne n'oserait le refaire.

Ma jambe tremble frénétiquement, je pose ma main dessus pour l'apaiser mais rien n'y fait. Pendant le reste de la danse, elle continue à soubresauter sans que je ne puisse l'arrêter. Mon estomac a dû faire au moins trente loopings depuis le début; un entracte est annoncé, ma jambe ne se calme pas et le mouvement de foule fait que la chaleur s'amplifie. Soudain, je sens la main de Bastian se poser sur mon épaule.

- Tu veux quelque chose à boire ?

- Hum, je bégaye. J'avais presque oublié qu'il m'accompagnait pendant un instant.

- Laurel ? Ça va ?

Je secoue la tête pour reprendre mes esprits. Il faut que j'arrête de stresser, ce n'est pas moi sur scène. Ce n'est pas moi qui danse.

- Non je n'ai besoin de rien, dis-je doucement en relevant les yeux vers lui.

- Ok, tu veux aller prendre l'air sur le balcon ?

Je hoche la tête et nous nous redressons pour sortir de notre loge, mais avant ça, je me retourne pour observer la scène. Les rideaux rouges sont clos pour cacher le changement de décor. Je soupire et rejoins le blond qui m'attend dehors. La température a baissé, je frissonne. Bastian est appuyé contre la rambarde en pierre. Le balcon donne une vue sur le Trafalgar square. Je ramène mes bras contre ma poitrine et m'approche à ses côtés.

- C'est quoi ta couleur préférée ? je demande soudainement.

- Quoi ?

- J'ai envie de te connaître Bastian. Tout ce que je sais, c'est que tu es solitaire, que la cuisine est ton métier est ta passion et que tu embrasses incroyablement bien, terminé-je pour détendre l'atmosphère.

- Oh, peut-être que tu veux réitérer l'expérience, sourit-il.

- Bastian, soufflé-je en riant pour lui faire comprendre que ce n'était pas mon but, même si l'envie est présente. Il se redresse tandis que je fais dos à la vue pour m'asseoir sur la rambarde.

- Le orange, mais pas le orange pétant. L'orange des couchers de soleil.

Je souris en l'entendant expliquer l'exacte nuance de sa couleur préférée.

- A mon tour de poser une question, décide-t-il avant se redresser et donc de me dominer en taille. Pourquoi t'intéresser à un serveur au restaurant alors que tu pourrais avoir n'importe quel homme ?

- Et pourquoi pas ?

- Parce que t'es trop bien pour moi.

Sa réponse me choque. Je ne sais pas quoi dire.

- C'est faux, je n'ai plus d'importance que toi.

Je redresse, ma poitrine entre en contact avec son torse. C'est assez inattendu mais ça ne me gêne pas pour autant, depuis quand suis-je autant à l'aise avec le contact physique. Je baisse la tête et évite le regard du blond.

- Je ne pensais pas que tu serais intéressé par moi, avoué-je timidement, jusqu'à ce que tu me donnes ton numéro en douce.

- Laurel, il ricane, tu n'as pas idée de ce qui me traverse l'esprit en ce moment.

Je n'ai pas le temps de lui demander ce qu'il veut dire, car la fin de l'entracte est annoncée, nous regagnons nos places, les lumières s'éteignent de nouveau et les rideaux s'ouvrent. Ma jambe refait des siennes pendant toute la représentation jusqu'à ce que la partie Renaissance commence...

Ça y est. Ça va être le moment, je ne tiens plus en place.

Arabesque, pirouette, glissade... La jeune femme s'éloigne de son partenaire et s'élance. Ça y est; il va l'élever dans les airs et elle retombera dans ses bras, du moins c'est ce qui est censé se passer... Toute mon euphorie s'efface en un instant. Il ne l'a pas jeté. Il ne l'a pas fait bordel ! La frustration s'installe et je sais que si Bastian prend le risque de me parler je serais exécrable. Un défaut que j'ai développé pendant mes années à l'opéra. Le perfectionnisme m'a rendu exécrable et plus encore, la célébrité. Addison me déteste quand je deviens comme ça. J'attends patiemment la fin du ballet et lorsque les danseurs tirent leur révérence, je me redresse et fonce vers les coulisses de la scène. J'entends Bastian m'appeler mais je dois le trouver. Il me doit une explication face à la médiocrité qu'il m'a offerte ce soir. Je ne le supporte pas.

Je le trouve enfin. Il est là. En train de discuter, féliciter ses deux danseurs stars.

- Orlando ! m'écrié-je les poings serrés.

- Laurel ? Oh tu es venu, que je suis heureux ! il se précipite dans ma direction pour certainement me prendre dans ses bras, mais je ne lui en laisse pas le temps que je le repousse fortement.

- C'était quoi ça ?

Son regard s'assombrit, il baisse la tête et ses cheveux bouclés cachent presque son visage.

- Allons parler dans un endroit tranquille, tu veux ?

- En fait, enchantée, dis-je en me tournant vers les deux danseurs, je suis Laurel Miller.

- Oui on sait, me répond la jeune femme. Et je suis très heureuse que vous soyez venue nous voir ce soir.

- Comment nous avez-vous trouvé ? enchaîne le jeune homme sans se présenter.

- Votre performance aurait pu être meilleure si le chorégraphe vous avait absolument tout enseigné. je réponds sans oublier de faire une piqûre de rappel à Orlando. En dehors de ça, le public semble vous avoir adoré et c'est lui qui vous aidera à décoller, c'est certain.

Sur ces derniers mots, je me détourne d'eux et croise le regard de Bastian. Il ne comprend pas ce que je fais. Je me contente de saisir sa main et de l'entraîner avec moi vers la pièce isolée de mon ami. Lorsque ce dernier se retourne, il est surpris de voir ma main scellée à celle du blond qui m'accompagne. Il ne dit rien et s'installe dans son fauteuil en cuir.

- Ça fait longtemps que je ne t'ai pas vu, commence le chorégraphe.

- On sait tous les deux pourquoi.

- Tu as changé. Tu as maigri. Sa phrase jette un froid entre nous.

- Toi aussi. Je ne pensais pas que tu changerais aussi tes chorées. Il soupire face à mon reproche, encore une fois.

- Laurel, je ne pouvais pas prendre le même risque que vous.

- Tu te fous de moi ?

- Ce triomphe-là vous appartient à vous ! s'écrie-t-il en levant le ton.

- Non ! Ce triomphe-là nous l'avons gagné, mais ça ne veut pas dire que d'autres ne peuvent pas l'expérimenter aussi !

Il pose son front contre sa main. Tout à coup, je remarque qu'il semble faible, fatigué. Notre dispute est en train de le fatiguer, je ne dis rien, elle m'éreinte aussi. Je pensais que j'en aurais terminé bientôt avec mon passé mais apparemment pas.

- Tu n'as pas le droit d'enlever ce pas, nous avons travaillé tellement dur et toi... Tu le retires parce qu'il y a des risques... Tu es... Je ne te reconnais pas. Tu aurais pris tous les risques possibles avant pour satisfaire ton public et tes limites !

- Je vais mourir. un silence sourd envahit la pièce, je recule d'un pas, terrifiée face à cette nouvelle.

- Quoi ?

- J'ai un cancer.

- Non non ce n'est pas possible...

- Laurel. Il me reste moins d'un an, je profite comme je le peux. Cette chorée qui m'a fait avoir le succès que j'ai aujourd'hui, elle était à vous, le saut était à vous. Vous avez réalisé l'impossible en mélangeant classique et contemporain.

Mes oreilles bourdonnent, je l'entends de moins en moins. Je lui fais dos, je ne veux pas qu'il voit mes yeux noyés et qui menacent de laisser les larmes couler. Plus que notre chorégraphe, il est devenu mon ami, mon confident.

- Et la seule chose que je veux réellement est irréalisable. dit-il en se redressant du fauteuil. Je suis de dos et pour autant je l'entends, le plancher grince.

Bastian sent qu'il est de trop et décide de s'éclipser après m'avoir pressé l'épaule en signe de soutien. Il faut que je me retourne, mais vais-je voir Orlando de la même manière que je le voyais il y a quelques minutes ? Arriverais-je à le mépriser pour sa médiocrité ?

*

Des heures plus tard, je suis toujours dans la loge d'Orlando. Nous avons longuement discuté, nous avons aussi versé quelques larmes dans les bras de l'un de l'autre. Léon n'a pas été mentionné de toute la soirée et pourtant nous savons tous les deux qu'il demeure encore en nous. Pendant ces heures isolées, la pièce s'est remplie d'une chaleur réconfortante sans que nous puissions l'expliquer rationnellement.

- Promets moi que si tu as besoin tu m'appelleras, lui dis-je en lui serrant les mains.

- C'est promis, et toi promets que tu viendras me voir plus souvent.

- Tu veux dire à tes spectacles ?

- Je veux dire dès que l'occasion se présente, à un ballet, à la maison.

Je souris, les larmes aux coins de mes yeux ont pris place et pourtant ce n'est pas de la tristesse que je ressens, plutôt de l'appréhension. Orlando n'a pas peur de mourir, il est tout à fait serein face à son destin. C'est un homme solitaire, qui n'a pas d'enfant, ni de conjointe. Toute sa vie se résume à voyager afin d'exercer sa passion avec tout type de danseurs. Et j'ai eu le privilège d'être une de ces danseuses avec qui il a réclamé de travailler.

Mes années de souffrance, de privation et de dangers m'auront au moins permises de le rencontrer. Aucun autre chorégraphe ne m'a autant poussé à être la meilleure version de moi-même et je ne le remercierai jamais assez pour m'avoir fait grandir. C'est pour cela que pour la deuxième fois depuis très longtemps, j'autorise mes larmes à couler tout en gardant mon sourire je garde mes mains serrées dans les siennes et dis:

- Je te le promets.

Avant de laisser ma tête tomber contre ses genoux. De longues minutes s'écoulent avant qu'il ne réussisse à calmer mes sanglots remplis de chagrin, malgré moi, je ne réussis pas à m'arrêter avant un moment.

*

Quand je sors de la pièce, l'opéra est complètement vide. Il ne reste que les agents d'entretien, les responsables du bâtiment et Orlando. Un membre du personnel m'informe qu'il va falloir y aller, mon ami chorégraphe lui dit de me laisser profiter jusqu'à ce qu'ils aient terminé. Sans rechigner, l'homme se retourne pour terminer ce qu'il est en train de faire. Je souris à mon ami et traverse le hall pour gagner la scène. Cette scène où j'ai tant dansé, que j'ai aimé et détesté...

- Je me demandais si tu allais finir par sortir, résonne une voix derrière moi. Je me retourne et découvre Bastian assis dans un siège en velours rouge.

- Désolée, ce n'était pas vraiment prévu... le blond se redresse et marche lentement jusqu'à moi.

- Ce n'est rien, je t'ai attendu, dit-il en laissant peu d'espace entre nous sans oublier son éternel sourire.

Je souris à mon tour et monte sur scène, je retire mes chaussures et me retrouve pieds nus. Bastian me laisse déguster le contact avec la scène, mieux, il met de la musique sur son téléphone. Close to me de Ellie Goulding, encore une chose que je découvre chez lui: une partie de ses goûts musicaux. Sans pression, je me mets à danser, mes pieds me guident et bientôt je suis presque à l'aise. Notre bulle grandit, je descends des escaliers et attrape la main de Bastian pour l'entraîner avec moi sur la scène. Pendant un instant, j'oublie tout. J'oublie que j'ai été malheureuse, que j'ai perdu Léon, de mon stress post-traumatique, de mon impossibilité à refaire mes éternels fouettés.

C'est juste Bastian et moi.

C'est juste lui qui me prend dans ses bras, me berce au son de la musique, de ses doigts délicats qui se posent sur mon menton pour relever mon visage afin de me voler des baisers.

C'est juste moi qui le laisse me séduire, me faire ressentir quelque chose au fond de mes entrailles, qui évite de le serrer si fort qu'il me prendrait pour une folle, qui hume son parfum si agréable, qui le laisse m'embrasser tant je trouve agréable de partager mes lèvres avec lui...

Notre bulle éclate lorsqu'un homme nous interrompt pour nous informer que nous devons partir. Sans nous lâcher les mains, je récupère mes chaussures et nous quittons la scène pour regagner le hall et la rue. Il est plus que tard. Nous nous empressons de regagner la place sur laquelle nous nous sommes retrouvés et entrons dans la voiture de Bastian pour nous réchauffer. Il a une très jolie voiture, une Audi. De temps à autre, nous conduisons autour de la place pour passer le temps. J'apprends que son sport préféré est le surf, qu'il cuisine depuis qu'il est tout petit grâce à ses grands-parents, qu'il n'a toujours pas de nom pour son prochain restaurant et qu'il est en réalité tout autant connu que moi.

- Wow, donc tu es une célébrité ?

- Dans le monde de la cuisine, après j'ignore si les photographes font attention à moi dans la rue, rit-il en se garant et couper le contact pour nous plonger dans le noir.

- J'ai une question, dis-je soudainement, il s'est passé beaucoup de choses ce soir entre nous. Est-ce qu'on pourrait y aller doucement si on démarre quelque chose ?

- Mais évidemment Laurel, me répond-t-il en saisissant mon auriculaire.

- Je voudrais passer plus de temps avec toi, j'ai adoré ce soir, mais il faut plus pour nous deux.

- C'est tout à fait clair, il marque une pause avant de continuer, Laurel jamais je ne te forcerais jamais à m'aimer. Je te le promets.

Sur ces derniers mots, il se penche vers moi pour embrasser ma joue tendrement.

________________________

NDA: aaaaaaah qu'ils sont chous ces deux là <3

Alors qu'est-ce qu'on pense de ce chapitre les amis ?

Laurel commence doucement à avancer pour sortir de son cercle infernal on dirait/

PROCHAIN CHAPITRE: MERCREDI 20 MARS A 12H

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