Point de vue de Yachiru
- Geki s'il te plait retourne à ta place et laisse ta copine tranquille ...
- Toi t'as rien à me dire! Arrête de mater le décolleté des filles et on en reparle après le vieux.
Et voilà. Geki avait encore joué son petit rebelle. Vous pensez peut-être que des rires emplissaient la salle de classe? Détrompez vous, les sourires que l'on pouvait y voir sont crispés, forcés pour satisfaire le trouble-fête. Moi je ne souriais pas. Je ne souriais plus depuis longtemps. Ils m'énervaient tout simplement, lui et ses acolytes, « la bande à Rintaro » comme ont disait ici. Je faisais la gueule et personne ne me disait rien. C'était bien comme ça: je ne les cherchais pas, ils me laissaient tranquille. C'était sûrement la seule qualité que je pouvais leur trouver. Ah au fait, je m'appelle Yachiru Ikeda, et bienvenu dans ce qu'était mon lycée. Avant tout, il faut que vous ayez connaissance d'une chose: la hiérarchie qui régnait ici. Hiérarchie, oui parfaitement, je devrais même dire : « vous devez savoir qui avait le pouvoir », mais ça fait un peu glauque comme présentation alors j'éviterais. Au lycée Shôtoku, Rintaro Shirai et ses brutes régnaient en maître grâce à leur futile force physique. Mais qui irait contester le pouvoir établi devant des mecs aux bras plus gros que vos mollets? Tout le monde tremblait devant eux, et pas besoin de vous faire un dessin pour comprendre qu'ils en profitaient bien. Le chef de cette bande, Rintaro, était dans la classe voisine à la mienne, un peu de malheur en moins. C'est sûrement le genre de gars que je hais le plus au monde: il usait et abusait de violence gratuite; peu importe à qui, il s'en prenait, les plus faibles y passaient aussi; il ne se battait jamais contre quelqu'un qu'il savait plus fort que lui, fallait pas qu'il se fasse mal le pauvre chou, pour ça il laissait faire ses chiens, ses « amis »; et par dessus tout ça, il possédait un ego sur-dimensionné qui n'avait pas raison d'être. C'est le genre de personne qui se croit forte et puissante à faire baisser la tête des autres par ses sales mains crasseuses. Il puait la dignité mal placée.
Mais je ne vais m'éterniser sur le sujet, passons. Mon nom, vous le connaissez déjà, mon âge? 16 ans à l'époque. Shôtoku est le seul lycée que j'ai connu. Je ne peux pas savoir s'il y a mieux ou pire ailleurs, et puis ce lycée, je m'y suis fait très vite. Je ne suis pas vraiment sociable, alors m'intégrer parmi les élèves, je m'en foutais royalement. Si personne ne voulait manger avec moi le midi, qu'est-ce que ça pouvait me faire? Je n'ai jamais recherché la compagnie des autres, je m'en méfie. Et ce n'était pas les exemples que j'avais sous les yeux qui aurait pu me donner tord. Ma famille ? Absente. Fade sera peut-être plus approprié. Disons qu'elle me servait d'entourage et que grâce à elle j'avais un toit. Ne pensez pas que je n'ai pas aimé ma famille, j'aimais ma grande sœur. J'aimais. Elle est morte il y avait quatre ans alors, tabassée par des inconnus ivres. Des hommes qui avaient envie de jouer. Mes parents, eux, étaient fades. Ils étaient là mais servaient de décor. Les seules phrases que l'on pouvait échanger étaient de banales « Okaeri *», « Ah! Yachiru ! On mange des gyoza ce soir. »-celle-ci devait bien être la plus longue-, « Bonne journée? ». Bonne journée: exemple type de leur désintérêt pour mon cas. Ils savaient depuis longtemps que je suis une incurable solitaire, que mes journées se résument en un seul mot, mais pour leur éviter le soupçon de culpabilité qu'ils pouvaient avoir, la réponse était toujours positive. Inutile de poursuivre avec des questions du genre « et les amis ça va? », ils ne voulaient surtout pas entendre la réponse. Un certain temps avant, il y avait des années, ils se démenaient pour me coller avec d'autres de mon âge -qu'ils appelaient « mes amis» avant même que je n'ai vu leur visage- et essayaient de me convaincre que les autres n'étaient pas méchants. Ce ne fut que plus tard que je compris qu'ils essayaient juste de faire bonne figure face aux autres parents. On en apprend des choses en grandissant. Je leur pardonne bien sûr, ils sont humains. Et puis ils n'avaient pas toujours été comme ça, et leur affection n'avait pas toujours été fictive. Quand ma sœur était encore là pour jouer avec moi, nous allions bien. Mais ça remonte à si loin maintenant, ça n'est plus qu'un vague souvenir édulcorer et naïf. Ah, je m'éternise encore.
Voilà enfin la sonnerie, je vais pouvoir prendre l'air. Attrapant mon sac, je me lançais sur mon trajet quotidien avec la lenteur de l'habitude. Direction l'avant dernier étage, la dernière salle à droite au bout du couloir 4B. Le toit était trop prisé pour moi, et ne parlons pas de cette plaque de béton qui servait de cour. Je préférais cette petite pièce délabrée et toujours vide à ce fourmillement constant que vous inflige la vie en communauté. Parfois je me demandais qui pouvait bien occuper cette salle avant le changement de directeur. Je me plaisais alors à imaginer une classe de parfaits petits bourgeois, assis droits comme des soldats, confortablement installés derrière leurs bureaux rangés en trois impeccables colonnes. Ils écouteraient attentivement un professeur aussi sec que sa craie, qui réciterait son cours comme s'il avait appris par cœur. De temps en temps, un des élèves ne donnerait pas la bonne réponse, mais cela ne provoquerait aucun rire, il se prendrait un joli coup de bâton sur les doigts et s'appliquerait à garder le regard vissé sur sa feuille jusqu'à la sonnerie libératrice. Un peu strict mais j'avoue ne pas savoir quelle époque serait la meilleure. Sur mes rêvasseries, j'engloutissais mon bentô et descendis du vieux meuble poussiéreux sur lequel j'étais perchée. Aujourd'hui le lycée accueillait de nouveaux élèves. Si mes souvenirs étaient bons, il y aurait une fille et une petite dizaine de gars en plus dans notre magnifique établissement. Je me demande si Rintaro et sa meute leur offriront un cadeau de bienvenu comme pour les derniers en date. Quelque chose comme une chaise fraîchement repeinte ou un petit déménagement surprise du casier. Un chouette souvenir pour les nouveaux arrivants en tout cas.
Je descendais les escaliers quatre à quatre, j'avais encore mis trop de temps à retomber sur terre. J'arrivai enfin en classe, je n'étais pas la dernière, ça allais. Je n'étais jamais la dernière.
- Hey ! Le prof ! Y devait pas y avoir une nouvelle élève ici !
C'est ça Geki, gueule un peu si ça te fait plaisir.
- Si, mais elle est dans la classe d'à côté. Ici nous accueillerons une partie des garçons.
Ah il était vexé là! Bah oui, petit Geki n'aura pas son nouveau jouet. Alors qu'il allait encore protester, un de ses copains lui fit signe de se taire, et il se rassit gentiment. Brave petite bête.
- Je vous laisse vous présenter. Dites nous vos nom, ça nous suffira.
Il m'arrivais d'avoir pitié de ce professeur. Pas souvent. Mais il avait une qualité essentielle pour survivre ici: il était dépressif de nature. Parmi les nouveaux, aucun ne semblait particulièrement violent, ni éventuellement facile à soumettre. Je me demandais quel genre d'élève il deviendrait. Un grand châtain, les cheveux raides et une demi frange devant l'œil gauche s'avança nonchalamment du petit groupe.
- Je m'appelle Yamashita Tomohisa, enchanté.
- Merci, tu peux aller t'assoir ...
Le professeur n'eut pas le temps de finir que le dit Yamashita s'installait déjà à la place du fond, le bureau en bois gris, un peu à l'écart des autres. Lui, s'était officiel, il s'avérait être un solitaire. Avec cet air imperturbable, Rintaro ne devrait pas trop le chercher. Après ce magistral exemple, les trois autres nouveaux suivirent et se dispersèrent un peu partout, comblant les trous dans le plan de classe. On entendit soudainement un fracas de rires provenant de la salle voisine. Sûrement celle qui devait recevoir les autres arrivants. Puis le calme retomba et le cour commença, dans une étrange et lourde ambiance. Quelque chose se préparait.
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Point de vue de Kiharu
Premier jour de classe encore une fois dans un nouvel établissement. Je déménageais souvent, au moins 6 fois par année mais mes parents m'avaient affirmé que c'était bien la dernière. Je l'espérais car à chaque fois, je me sentais nerveuse, un peu trop peut-être. J'avais la nausée juste à l'idée de rencontrer de nouvelles personnes. Bien que je sois une fille extrêmement sociable, j'ai peur de ce qu'on peut penser de moi. Est-ce que j'allais m'intégrer facilement? C'est la question qui circulait en permanence dans ma tête. Étais-ce normal de paniquer autant? Bien sûr car j'étais en territoire inconnu.
Ah j'oubliais! Je m'appelle Kiharu Kurosawa. J'étais une petite lycéenne au lycée Shôtoku. J'avais alors 15 ans et comme toute adolescente qui se respecte, j'ai eu mes hauts et mes bas. Ma famille? Un peu trop riche et rarement à la maison. Mes parents travaillaient tout le temps, ils avaient rarement le temps de se préoccuper de mon existence. Du coup, c'est moi qui m'occupais de tout. Du plus loin que je me souvienne, ça a toujours été comme ça. À peine capable de marcher et de parler, je me débrouillais pour ma survie personnelle. Une chance que je n'ai eu ni frère ni sœur, qu'est-ce que je serais devenue sinon? Une fille sans vie? Non-merci. L'adolescence est vraiment le meilleur âge pour s'amuser. Des amies? J'en ai déjà eu mais à force de déménager, je ne m'étais fait de lien avec personne de peur d'être blessée par mon départ.
Il était l'heure de partir. Je pris mon sac en main et d'un pas lent, je me dirigeai vers la porte à gauche. Le cerisier en fleur sur le pas du chemin sentait merveilleusement bon. J'adorais cet arbre. Tellement jolie avec ces couleurs, bien que je n'aime pas forcément le rose. Cette couleur lui allait très bien. Il y avait des élèves qui portaient le même uniforme que moi sur le bord du trottoir. J'imaginais qu'ils allaient au même lycée. Je baissais la tête et regardais les pas que faisaient mes pieds à chaque mouvement de mes jambes. J'adorais regarder où j'allais et encore aujourd'hui, c'est toujours le cas. Un troupeau d'élèves de différents niveaux étaient postés devant le lycée. Je me faufilais entre eux, en faisant bien attention de ne pas me faire remarquer. Toutefois, j'entendis leurs murmures :
- Tu as vu? C'est la nouvelle élève?
Ils semblaient tous très exciter à la mention qu'une nouvelle élève soit dans ce lycée. Je sentais que j'allais bien m'amuser ici. Bien sûr, c'était sarcastique! Moi, qui voulais passer l'année inaperçue. C'était raté! Un homme d'environ 5 pied 8, les cheveux noirs en bataille et aux lunettes rondes s'approcha de moi et s'arrêta. Je le regardais droit dans les yeux. Il m'observa puis ouvrit la bouche délicatement :
- Konnichi wa! * * Tu es sans doute Kiharu Kurosawa? Je suis ton professeur principal. Si tu veux bien me suivre?
Sans dire un mot. Je le suivi dans les couloirs. Ceux-ci étaient plus immenses les un que les autres. J'espérais ne pas me perdre une fois toute seule. Il s'engouffra dans le cadre de la porte en se faufilant entre un groupe de garçons puis s'installa à son bureau respectif. Ils le suivirent quelques minutes plus tard. Je jetais un coup d'œil dans la pièce et je vis que les élèves avaient déjà prit place. J'étais intimidée. Je restais dans l'embrasure de la porte, complètement figée. Soudain, j'entendis les garçons se présenter à tour de rôle. À croire que je n'étais pas la seule à être nouvelle mais je sentis le stresse qui provoqua un petit frisson sur mes avant bras car j'étais la seule fille:
- Vous pouvez dire votre nom et l'endroit d'où vous venez. Ça ira!
Les garçons se présentèrent les un après les autres. Le dernier me donna l'impression étrange qu'il était le meneur de tous les autres:
- Je m'appelle Akinishi Jin. Je viens du lycée Suzuran.
Je sentis alors une petite tension venant des élèves, ils se regardèrent tous d'un air étonné. Je crois que cela venait de la mention du nom du lycée. Les présentations étant terminés, le professeur s'apprêta à prendre les présences jusqu'au moment où un élève sans doute trop curieux demanda sans crier gare :
- Monsieur, j'ai vu la nouvelle élève dehors à l'entrée. Elle sera dans notre classe comme les garçons là-bas?
L'élève pointa du doigt les personnes conscerner. Le professeur garda son calme, leva les yeux sur cet élève puis souffla :
- Oui elle sera dans notre classe. D'ailleurs, je l'ai dirigée ici, elle devrait déjà y être.
Il me chercha du regard sans m'apercevoir :
- Kiharu? Kiharu? Vous pouvez venir. Il n'y a aucun problème. Entrez.
Je pris une grande respiration, toujours en gardant les yeux rivés sur mes chaussures. Je m'engouffrais dans l'encadrement de la porte :
- Voilà Kiharu Kurosawa! Une nouvelle élève. Accueillez-la comme il se doit s'il vous plaît.
- Waw! C'est trop génial! S'exclamèrent les élèves en cœur.
- Alors Kiharu, pouvez-vous faire une présentation de vous. D'abord d''où venez-vous?
Je gardais mes yeux sur mes pieds sans lui porter aucune attention. Voyant que je gardais le silence, il continua sur un ton jovial:
- Quel est le lycée que vous avez fréquenté précédemment? Qu'est-ce que vous aimez? Qu'est-ce que vous n'aimez pas?
Je levais soudain les yeux vers lui et dans un souffle, je m'exclamais :
- Je n'aime pas les présentations devant les gens.
Les élèves rirent tous aux éclats. Le professeur très surpris continua sur la même jovialité en se massant l'arrière de la tête :
- Alors tu peux t'asseoir à cette table là-bas. Tout près de Kazuya.
Je pris alors place à la table inoccupé au côté d'un jeune homme au teint café et aux cheveux noirs comme l'ébène, déposais mon sac par terre et je sentis mon visage brûler comme si j'étais dans un four à 400°C. Je sentais que quelqu'un m'observait de loin.
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Point de vue de Kazuya
À l'époque, j'avais l'impression que ça faisait une éternité que j'étais assis sur ce banc d'école à contempler le tableau en face de moi. Je me demandais pourquoi mes camarades de classe étaient tous excités. Je l'avais compris à la vue de cette fille, un peu trop timide et renfermée à mon goût. À chaque fois qu'arrivait une nouvelle élève, c'était la même histoire. La bande à Rintaro s'en prendrait à cœur joie pour lui faire un accueil digne de ce nom. Lui et sa bande régnait sur Shôtoku depuis près de 3 ans. Ils avaient pris le plein pouvoir des lieux à l'aide de leurs bras et maintenant tout le monde avait peur d'eux. En fait, je crois qu'on devient vite dépendant de quelqu'un quand on tient à sa vie. Ils n'avaient de pitié pour personne. Tout le monde passait à l'abattoir en arrivant ici et ce n'était pas prêt de changer. Les nouveaux étaient souvent les plus touchés par leurs manigances. Ne connaissant personne, ils étaient les mieux placés pour se faire embarquer dans des histoires qui pouvaient causer leurs renvois dès le premier jour. Le directeur a été acheté par le père de Rintaro donc plus rien ne pouvait l'arrêter entre ces quatre murs. Certains nouveaux étaient tellement découragés et craintifs qu'ils décidaient d'eux-mêmes de faire partie de la bande à Rintaro pour ne pas avoir de problèmes mais avaient-il vraiment le choix? C'était ça ou quelque chose de pire pourrait leur arriver. Je me demandais si elle cèderait facilement comme tous les autres avant elle?
Un rire général me fit sortir de mes pensées. Elle semblait avoir un bon sens de l'humour. J'entendis alors mon nom dit par le professeur qui avait l'air de vouloir l'intégrer à la classe :
- Alors tu peux t'asseoir à la table là-bas. Tout près de Kazuya.
Et oui! Je suis Kamenashi Kazuya, un élève de Shôtoku. Une école dérangée. Dire qu'avant c'était bien mieux. Il y avait des élèves qui jouaient les gros bras mais ce n'était jamais pris aux sérieux. Et puis, si on ne les cherchait pas, on n'avait aucun problème mais maintenant un petit rien futile pouvait énerver la bande à Rintaro et ils ne céderaient pas tant que leur victime n'était pas raide morte ou bien hospitalisée d'urgence mais même là, je crois qu'ils viendraient créer des ennuis. Il faut croire que Rintaro ne possédait pas juste l'école mais aussi quelque édifice de Tokyo. Il ne m'avait jamais rien fait personnellement mais je le détestais quand même. À cause de lui, j'avais perdu ma meilleure amie. Il était toujours sur son chemin. Il la harcelait jusque chez elle. Elle a fini par se suicider. À la longue ça cause certains traumatismes sur le cerveau. Ça m'a beaucoup attristé. Elle était un peu comme ma famille, toujours là quand j'en avais besoin. Malgré ma popularité depuis son départ, je me sentais terriblement seul. Je n'avais pas l'impression d'être aimé à ma juste valeur. Je ne voulais pas discuter de mes problèmes aux autres. Et puis, dans ce lycée les professeurs ne cherchaient pas à comprendre les élèves. Ils ne voulaient pas connaître ce que l'on vivait. Ils n'avaient que les aperçus de notre petite existence d'élève. Ils ne se préoccupaient même pas des combats dans les couloirs. Ils faisaient comme s'ils n'avaient rien vu quand c'était Rintaro qui l'avait provoqué.
J'observais en silence, les nouveaux élèves qui venaient d'entrer dans notre classe. Il y en avait beaucoup cette année. J'imagine qu'ils venaient tous d'entrer dans le nouveau terrain de jeu du lycée. Il ne serait que des jouets entre les mains de ceux qui nous cassaient les pieds à longueur de journée à toujours chercher la bagarre. Je me lassais rapidement de ces enfantillages. Pourtant, j'avais l'impression étrange que cette fois tout serait différent. Le groupe qui était entré avant cette Kiharu semblait être des personnes aux caractères démesurés. Qu'il ne fallait pas les chercher sinon on obtiendrait leur courroux. Peut-être qu'il y aurait un nouveau clan qui remettrait de l'ordre? J'aimerais bien que ce Rintaro soit remis à sa place une bonne fois pour toute. Je le ferais bien moi-même mais je suis du genre pacifique.
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Point de vue de Jin
J'ai toujours été violent. D'une manière ou d'une autre, mes poings ont toujours fini par prendre le relais de mes mots, et toujours ou presque, j'obtenais raison. Dès les débuts de la vie en communauté, ma réputation se forgea dans les coups et bientôt quelques alliés triés sur le volet vinrent me rejoindre. Ceux-ci me suivent depuis mes premières années de collèges , et avec le temps, plus que des compagnons d'armes, ils sont devenus de vrais amis. La bande que nous formions, bien qu'elle ne se soit pas assagie, n'avait jamais vraiment dépassé le stade de la petite bagarre de cour ou quelques règlements de compte le soir dans les rues du quartier. Mais aujourd'hui, je sentais que ça allait changer. Nous entrions tous au lycée Shôtoku. Il n'avait certes pas une réputation de véritable repère de violents délinquants, mais c'était déjà à un niveau au dessus de notre ancien lycée, Suzuran, pas vraiment calme lui non plus mais pas vraiment le pire de ce que l'on pouvait trouver dans le coin. Nous devions intégrer notre nouvelle classe après la pause de midi. Alors que nous étions tranquillement à attendre devant la salle, je remarquais déjà qu'un petit groupe d'élèves semblait au dessus des autres: certains étaient assis sur le dossier de leur chaise, pied sur le bureau; d'autres exhibaient quelques chaînes accrochées à leur ceinture; tous portaient un uniforme plus ou moins réglementaire ... J'avais entendu parler de ce lycée et de ses « bandes », dont la plus puissante et plus violente, d'après ce qu'on m'en avait dit, était celle d'un certain Rintaro. Peut-être était-ce eux? Notre groupe à nous avait été réparti dans deux classes, YamaPi était avec l'autre moitié de la bande. YamaPi, c'est Yamashita Tomohisa, mon meilleur ami de toujours, celui avec qui je jouais au voleur dans la cour et celui avec qui j'ai fait mes premières vraies conneries, celui qui m'a vu rire d'avoir mit parterre l'adversaire et crier de douleur sur le bitume, celui qui m'a vu vainqueur et vaincu. Il n'avait jamais suivit la tendance quand j'ai arrêté les vols à l'étalage pour les duels entre chef de clans, mais il ne m'a jamais abandonné pour autant. Il me regarde toujours de loin, de cet œil rassurant et protecteur qui lui colle si bien à la peau. Je pourrais presque l'appeler « maman » mais la seule fois où j'ai tenté ce surnom, je me suis retrouvé avec un coquart pendant deux semaines.
Vous devez vous dire qu'il y a une raison à cette violence, je vous répondrais d'abord que lorsque les coups pointent leurs poings vers vous, mieux vaut riposter. Et puis je ne supporte pas que l'on s'obstine à me répéter que j'ai tord, que l'on m'insulte ou me contredise, alors, n'étant pas spécialement un pro des belles phrases, je préfère user de ma force, finalement bien plus persuasive. Peut-être pensez vous que mes parents y sont pour quelque chose, que je n'ai pas eu une vie facile et que ça m'a affecté, et bien je ne pourrais pas vous dire non, ni oui. Mon éducation n'était pas vraiment un modèle de civisme et de diplomatie mais je n'ai jamais reçu de coups de mes parents, mon père avait certes une tendance à avoir les nerfs tendu facilement et ma mère avait un certain penchant pour les boissons alcoolisées mais d'autres ont vécu bien plus mal sans pour autant tomber dans les bras d'un gang. Il faut croire que j'étais destiné à me battre. Je n'étais pas ce que l'on peut appeler un abandonné par ses parents, mais disons plutôt que ma venue n'avait pas été à leur programme. Et que cette naissance imposante qui les privaient d'une certaine liberté se traduisait par un désintérêt constant, pesant, et chronique. S'ils avaient tenté de ne pas trop louper les choses au départ, ils ont bien vite déchanté et quand j'en fut capable à leurs yeux, ils me laissèrent vivre ma vie tout seul. « Comme un grand » qu'ils disaient, on est grand à sept ans ? Certainement ... Parent, ça devait pas être leur truc, tant pis pour moi. Depuis deux ans, je vis seul. Ils m'ont laissé leur petit appartement quand ils ont déménagé grâce à la promotion de mon père. Je ne sais même plus dans quoi il travaille d'ailleurs. Parfois ils viennent me voir, quand ils rendent visite à leur propre parents et qu'il n'y a plus d'hôtel de libre. À peine une fois par ans. Je n'aime pas quand ils viennent, ils vident toujours mon frigo et j'ai horreur de faire les courses ! D'habitude c'est YamaPi qui les fait pour moi. Et puis c'est pas comme si je croulais sous l'or non plus ... Vivement que les grands-parents rejoignent les ancêtres, je serais plus tranquille, un jour par an. De tout façon cette solitude ne profite à personne, ou presque, j'ai rarement de petite copine. Soit elles ont trop peur de ce qui pourrait leur tomber dessus à traîner avec moi, soit c'est juste pour un soir. Moi ça me convient: une soirée arrosée ou un bar pas super bien fréquenté où on me laisse passer malgré ma foutue minorité, une fille facile et on en reparle plus le lendemain. Ma vie sentimentale est un véritable néant, mais on y survit très bien, regardez-moi.
Après quelques minutes d'attente dans le couloir, le prof arriva enfin, suivit d'une autre élève, apparemment nouvelle elle aussi puisqu'elle se plaça bien sagement derrière nous. Une fois le professeur installé et après qu'il nous ai prié de venir, on put enfin entrer. Chacun notre tour, nous nous présentions et on se dispersa un peu partout dans la classe. Puis ce fut au tour de cette Kiharu de s'assoir, trop timide pour se présenter, et le cours commença doucement. Le groupe de tout à l'heure se retournait de temps en temps pour nous dévisager, je détestais ça. J'avais réussit à dénicher un bureau libre où je m'étais installé avec Koki, un gars de ma bande, un mec loyal et enfantin toujours partant pour une petite baston. Lui aussi avait remarqué les pesants regards sur nous, particulièrement dirigés vers moi.
- Qui c'est à ton avis ?
- T'as déjà entendu parler de Rintaro ?
- Oui, c'est lui?
- Je ne sais pas mais ça y ressemble, il a pas mal de gars rien que dans cette classe.
Alors que Koki les défiait du regard, je me demandais ce qui serait le mieux pour nous: une alliance ou un affrontement. La question trouva vite sa réponse, impossible de les battre, on est en sous-nombre. Il faudra que je parle à ce Rintaro.
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*Okaeri: Traduit du japonais par bienvenue à la maison.
** Konnichi wa: Se dit souvent l'après-midi pour dire bonjour ou une façon plus poli de le dire.
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J'ai écris cette fiction, il y a bien longtemps avec une amie. On ne se parle plus aujourd'hui mais je crois pouvoir continuer l'histoire, si ça intéresse quelqu'un.