Disclaimer : Les Avengers sont à Marvel. Seul le personnage OC m'appartient. Bonne lecture!
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Des débris de verre craquaient sous ses pieds alors qu'elle se tenait pile à l'endroit où la porte d'entrée de son café se tenait il y a encore quelques jours. Même Captain America n'avait pas fait autant de dégâts. De là, elle pouvait voir qu'il ne restait plus rien à part des miettes de sa caisse ou des vitrines de viennoiseries. Les chaises et les tables avaient été renversées au mieux, détruites au pire. Tous les bibelots posés sur des étagères ou accrochés aux murs ont été soufflés par les déflagrations.
Elle qui pensait se recoucher après un petit coup de téléphone de courtoisie, la voilà désormais face à l'inévitable et c'était bien plus dur qu'elle ne l'avait prédit. Après une longue inspiration pour se donner du courage, elle finit par entrer. Le sol avait déjà été grossièrement balayé et une partie des dégâts avaient été débarrassés, la voiture qui bloquait sa réserve ayant disparu. Il ne restait que ce qui était originaire du café et elle savait déjà qui remercier pour tout ça.
Elle passa toute la matinée à mettre ce qui avait survécu dans des cartons, comme des cadres, de la vaisselle, des menus et aussi incroyable que cela puisse paraître un vase qui était toujours à côté de sa caisse et qui d'habitude était rempli de fleurs. Il avait dû être percuté par la voiture, comme tout ce qui se trouvait sur le comptoir, mais restait pourtant intact. Elle se mit à sourire toute seule, frottant la poussière du doigt pour laisser place au cristal. Si ce vase avait pu survivre à un tel choc, alors le café et elle aussi. Du moins c'est ce qui lui traversa l'esprit avant qu'un cri strident ne résonne dans la grande pièce et la fasse lâcher le vase qui finit sa chute sur le sol. Malheureusement, il n'eut pas deux fois la même chance.
Fermant les yeux, elle se mit à prier à voix basse. Pas pour qu'il ne lui arrive rien, mais pour lui donner la force et la volonté nécessaire pour faire face à ce qui l'attendait.
" Oh Judith chérie, c'est ... C'est horrible. Qu'est-ce que tu as fait ? " Bien sûr, la mère de notre serveuse faisait référence aux bandages sur ses coudes, visibles avec t-shirt léger qu'elle portait et du petit pansement au-dessus d'une de ses tempes.
" Bonjour Maman. Rien de bien méchant comme tu peux le voir. J'avais juste envie de faire un brin de ménage, alors j'ai tout retourné pour recommencer à zéro." Elle lui offrit un grand sourire qui n'atteignait pas ses yeux, ça sonnait faux au possible.
" Tu sais ce que je pense de ce genre de commentaire. Tes sarcasmes- "
" Tes sarcasmes ne servent qu'à éviter la réalité. Coucou Scotty, fais attention où tu marches, et ne touches à rien il y a encore du verre par terre. " Elle s'approcha d'eux et se pencha pour faire une bise sur la joue de sa grand-mère. C'est sa réaction qu'elle redoutait le plus, mais la vieille dame se tenait bien droite avec sa canne et son chignon impeccable à la base de sa nuque pendant qu'elle étudiait les lieux sans un mot. Ignorant la discussion entre sa fille et sa petite fille.
" Heureusement que ton amie nous a prévenu, on était tous mort d'inquiétude. D'après elle, tu n'étais pas à l'hôpital mais tu ne pouvais pas parler. J'aimerais savoir ce qui était plus important que de donner des nouvelles à ta famille. "
Plus de 30 ans. Elle avait plus de 30 ans. Il fallait parfois qu'elle se le rappelle, car ce n'était pas toujours très clair. " Écoute-moi maman, ça va. Je t'assure que je te le dirais si ça n'allait pas, mais je gère. Vous n'étiez pas obligé de venir. "
" Tu n'es pas contente de nous voir ? "
Elle exagéra son soupir et allait rétorquer autre chose quand sa mère la prit dans ses bras, la serrant fort contre elle. Notre serveuse entendit le long souffle de soulagement de sa mère et elle se détendit instantanément. Ça lui coupa la chique pour une fois et elle la laissa faire. Finalement, elle en avait peut-être aussi besoin.
Sa grand-mère était silencieuse jusqu'à ce qu'elle soit libérée de l'emprise de sa mère. " Le café tiendra encore. " Et elle mit un coup de canne dans le mur, comme pour appuyer ses mots, sauf qu'un des derniers cadres encore accroché finit par tomber dans un fracas qui fit sursauter tout le monde.
La guerre n'était pas gagnée, mais au moins elle n'était pas seule pour l'affronter.
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Il y eut une visite minutieuse des lieux pour faire état des dégâts et de tout ce qu'il fallait faire pour retaper le café. Sa mère descendit dans la cave, seule, car sa grand-mère n'en était plus capable et elle ... Et bien disons qu'elle préférait ne pas y aller pour des raisons bien précises et qu'elle ne souhaitait pas partager ça tout de suite.
Judith espérait de toutes ses forces que Stark avait bien retiré tout son chantier et vu que sa mère ne s'exprima pas sur le sujet, il avait dû faire le nécessaire. Encore une fois, elle allait devoir le remercier.
Son neveu s'ennuyait à mourir et après avoir épuisé toute sa patience, elles décidèrent d'aller déjeuner. Après un petit voyage en taxi, ils rejoignirent une vieille adresse qui existait déjà du temps où ses grands-parents habitaient à New York. Elle se rappelait manger ici petite pendant ses vacances.
Encore une fois, c'était une nouvelle goutte de plus dans son vase à émotion déjà bien remplie. Elle dut se forcer à manger, ce qui lui rappela étrangement la veille et elle sentit sa gorge se serrer toujours un peu plus... Elle ne s'en sortirait jamais. Sans interpeller sa famille, elle se concentra sur la vue à l'extérieur et sur sa respiration pendant que les trois autres générations discutaient tranquillement, parlant de leur voyage à rallonge en avion.
Judith sentait que ça n'allait pas et que sa tête avait du mal à gérer tout ce qui lui arrivait ces derniers temps. La journée se passa donc difficilement, et toutes celles qui suivirent aussi. Tous les soirs, c'était avec soulagement qu'elle fermait la porte du taxi qui conduisait sa petite famille vers leur hôtel et qu'elle remontait chez elle, enfin seule. Généralement, elle passait le reste de ses soirées à éplucher d'anciennes factures pour retrouver tous les artisans avec qui elle avait eu de bonnes expériences, les marques de matériel, les prix, les assurances, etc.
Elle dormait trop peu, mais elle s'autorisait à fermer les yeux que quand elle était trop épuisée pour réfléchir, ne voulant pas se retrouver à nouveau prisonnière de son propre esprit.
Ce soir-là, elle avait mis un fond de musique pour rester éveiller et s'était aussi servi du vin pour se détendre. Et elle en avait bien besoin car elle pensait rêver à la vue des sommes qu'elle allait devoir dépenser pour remettre l'établissement sur pied.
Il fallait remplacer les deux petits frigos derrière le comptoir, c'était quoi comme marque déjà ... Tout en essayant de se rappeler du logo du réfrigérateur, une idée lui vint en tête. Et si elle n'avait plus besoin de frigo ? Dans le plan B, il n'y aurait aucune utilité à en racheter autant. Sauf peut-être un, histoire de conserver leurs déjeuners. Leurs. Est-ce qu'elle s'entendait réfléchir parfois ?
Cette pensée fut écartée aussi vite qu'elle était arrivée grâce à une gorgée de vin. Elle continua la longue liste de tout ce qui avait été perdu. Il y avait de quoi faire marcher l'assurance, mais pas au point de tout refaire à l'identique. Elle allait devoir creuser dans ses réserves, sûrement faire un prêt. Dans un coin de sa tête, elle sentit un mal de crâne arriver. Soit d'inquiétude, soit parce qu'il était bien trop tard pour réfléchir autant. Mais elle oublia sa migraine instantanément quand on toqua à sa porte. Elle tourna la tête vers l'horloge du four si rapidement qu'elle vit trouble, mais pas assez pour rater les 2:30 affichés.
Ce qui est sûr, c'est que ce n'était pas Natasha, car ça faisait bien longtemps qu'elle s'était fait un double des clés et qu'elle ne s'embêtait plus ni à toquer ni à sonner. Et vu l'heure...
Les coups continuaient et elle resta figée à la table de sa cuisine, n'osant pas faire de bruit pour signaler sa présence, regrettant d'avoir lancé un vieux disque qui trahissait une présence dans l'appartement. Avec un peu de chance, le son était assez bas pour qu'on ne l'entende pas de l'extérieur.
Les coups finirent par s'arrêter, mais furent remplacés par celui d'un objet qu'on introduit dans la serrure. En un temps record, elle sortit son nouveau téléphone et composa son numéro d'urgence favoris. À peine avait-il décroché qu'elle l'assaillit.
" T-tony, quelqu'un essaie d'entrer chez moi. "
Il y eut un silence, autant au téléphone que dans son entrée, puis un long soupir au bout du fil. " Ouvrez. " La voix venait à la fois du combiner et de la porte.
" J'y crois pas... Merde, j'y crois pas. Je vous jure que si c'est vous je- " Elle ouvrit la porte à la volée et devant elle se tenait bien Tony Stark. Elle s'avança et lui mit une tape dans l'épaule. " Qu'est-ce que vous foutez là ! " Il la regardait, mais ne répondait pas alors qu'elle lui renvoyait une seconde frappe. Elle y mettait aucune force, c'était surtout pour évacuer le stresse qui était monté en quelques secondes. " Vous m'avez fichu une frousse pas possible alors vous allez me répondre ! " Alors que son poing allait de nouveau rentrer en contact avec l'homme, il lui prit le poignet et s'avança dans l'appartement en s'approchant rapidement d'elle. Trop rapidement.
" Ne faites pas ça. " Dit-elle un peu fort, paniqué de le voir si proche. Au moins, ça eut le don de le stopper net, étonné de cette réaction.
" J'ai juste une question à vous poser, détendez-vous. "
Whisky. Elle reconnaîtrait l'odeur à des kilomètres et d'un coup ça expliquait beaucoup de choses.
" Si je vous disais que jamais je n'arriverais à changer. Je ne serais jamais un bon-un bon ami, ou petit ami, ou fiancé. Je serais toujours Tony Stark, j'aurais toujours besoin de créer, d'inventer, de contrôler. Que c'est tout ce que je sais faire, et que c'est la seule chose qui m'aide à dormir la nuit. Que vous n'arriverez jamais à me faire devenir ce que je ne suis pas, que- "
" Calmez-vous. " Ce n'est pas qu'il lui faisait peur, mais c'était tellement aliénant de le voir ainsi, et parler autant de ce qui lui trottait dans la tête qu'elle s'inquiéta instantanément pour lui. " Personne ne devrait vous demander ça Tony. Sauf si on vous demande de prévenir avant de bourriner la porte de quelqu'un en pleine nuit, là c'est peut-être le genre d'habitude à perdre. "
" Je suis sérieux. "
" Je sais. " Sa voix était devenue si douce que ça le surprit. Ce n'était pas le genre de ton qu'elle utilisait avec lui. " Vous voulez m'expliquer un peu plus ce qui se passe ? " Il secoua la tête, sans détourner ses yeux d'elle. " Tony- "
" Je ne reste pas, je passais juste par ici. J'avais juste... Des questions. " Il regardait l'appartement derrière elle, comme s'il avait perdu le focus et qu'il ne la voyait plus devant lui. " Je vais y aller. "
" Vous, mh. " Elle était fatiguée. Très fatiguée, et elle manquait clairement de sommeil ces derniers temps. En tout cas, c'est ce qu'elle aurait dit en plaidoirie pour alléger sa peine, ou dans ce cas sa conscience. Et c'est surtout qu'elle n'était pas assez épuisée pour ne pas se rendre compte qu'il était complètement saoul." Tu es sûre de ça ? "
Il se figea sur place, il lui tenait toujours la main et elle le sentit resserrer son étreinte. " Je ne peux pas vous laisser rentrer comme ça, pas en voiture. " Elle le tira par le bras pour qu'il s'approche et elle se glissa entre lui et le mur pour fermer la porte d'entrée à clé. Quand elle réapparut devant lui, il la vit se mettre accroupi et commencer à délacer ses chaussures.
" Qu'est-ce que vous faites ? " Même à travers sa voix fatiguée par l'alcool, elle y sentit une pointe de panique.
" Je te rends la pareille. "
Une fois ses chaussures défaites, elle se redressa et lui prit la main. Ils traversèrent le salon, puis la cuisine et enfin le couloir jusqu'à sa chambre. Il regarda la pièce avec intérêt, c'était la seule qu'il n'avait encore jamais visitée de l'appartement. Ici, ce n'était pas des legs, c'est elle qui a tout choisit et il le savait. Il y avait toujours quelques meubles vintage, mais d'une tout autre époque que ceux de ses grands-parents et avec un goût différent, plus cosy et personnel. Les tons étaient clairs et légers. Il laissa la jeune femme l'asseoir sur son lit et c'est uniquement quand elle lui retira sa veste qu'il arrêta son étude poussée des lieux. Judith la déposa avec attention sur un valet de nuit avant de se tourner à nouveau vers lui. Tout le long, ses yeux étaient sur elle, la fixant alors qu'elle s'était mise à déboutonner sa chemise. Elle s'attendait presque à voir les lumières de son réacteur arc à travers le haut qu'il portait dessous.
" Déçu ? " Dit-il. C'était au tour de la jeune femme de le regarder, il avait son fameux sourire en coin toujours aussi content de l'effet que ses conneries avaient sur elle. Judith leva simplement les yeux au ciel avant de s'occuper du dernier bouton de sa chemise. À cause de la coupe basse de son maillot, on pouvait voir de fines cicatrices qui semblaient partir du centre de son thorax et qui disparaissaient plus elles s'en éloignaient. Les derniers stigmates du réacteur arc.
Elle aurait voulu demander quelque chose mais préféra se taire et reculer, chemise en main. Elle la reboutonna et la plaça proprement sur un cintre. Il aurait voulu lui dire que ce n'était qu'une foutue chemise, qu'elle pourrait la brûler ou la jeter par sa fenêtre, ça ne changerait rien à sa vie. Mais il devait avouer que ça lui faisait quelque chose de la voir traiter ses affaires avec un tel soin. À cet instant, il comprit pourquoi Natasha venait ici plutôt qu'à la tour quand elle était de retour de mission. Il savait bien que Judith serait capable de se faire un croche-pied si elle se tournait trop vite, et qu'elle se brisait en morceaux à chaque fois qu'il lui arrivait quelque chose. Mais il se sentait ... En sûreté. Merde, il avait vraiment abusé sur la boisson ce soir.
Au loin, il entendait la musique du salon qu'elle fredonnait doucement. Il finissait par trouver du charme à sa voix, il trouvait du charme à la façon dont les manches de sa robe de chambre bien trop grande s'arrêtaient juste après ses coudes, au col qui lui aussi était trop large et laissait entrevoir ses épaules et au de-là de sa nuque, à la fine ceinture à sa taille qui ne tenait pas bien et qu'elle avait déjà dû renouer à plusieurs reprises. Ses mains, son unique bague portée au majeur droit. Il dut relever la tête quand elle lui enleva ses lunettes et il fronça les sourcils à cause du soudain surplus de lumière.
Son regard était porté plus haut désormais et il était forcé de remarquer les quelques mèches qui s'échappaient du chignon à la base de sa nuque et qui venaient maintenant encadrer son visage. Il la regarda nettoyer les verres, se regardant dedans histoire d'être sûre qu'elles soient bien propres.
" Les verres ont un reflet bizarre, non ? " C'est elle qui brisa le silence, tournant et retournant les lunettes dans ses mains.
" Porte-les. "
Elle leva un sourcil vers lui, pas sûre d'elle, mais quand il lui fit signe qu'elle pouvait y aller, elle les posa sur son nez. " Finalement, c'est juste bleu. C'est tout. "
" Ah, j'oubliais le mot magique. Dis J.U.D. "
Perplexe, elle s'exécutait quand même et à ce mot, les lunettes s'activèrent. Ça, il le savait vu la tête qu'elle tirait mais de son côté rien ne bougeait. Il était vraiment fier de ces petits bijoux de technologies made in Stark Industries.
" Ce n'est pas un peu dangereux ? Si n'importe qui met ses lunettes et voit tout ça."
" Pas tout le monde y a accès. D'abord, il faut connaître le code et puis avoir la bonne empreinte rétinienne. "
Elle avait un air de surprise peint sur le visage pendant que ses yeux voyageaient d'un endroit à l'autre, sa tête, sa montre, son corps. Il y avait plein d'informations affichées à la fois, l'heure, ses derniers appels, ses derniers messages, ses rendez-vous de demain, son profil et ses fonctions vitales.
" Et pourquoi J.U.D ? "
" Pour Juste Une Défense. À la base, le D était pour désintox mais je pense que nous sommes tout deux d'accord pour dire que ce fut un échec total. " Une petite voix dans sa tête était en train de le mettre en garde qu'il parlait beaucoup trop, mais le whisky avait pris les rênes et ce n'était pas beau à voir. " J'ai remarqué que je n'avais que des I.A prévu pour l'attaque, l'infiltration ou le datamining. Parfois certaines personnes n'ont pas besoin d'être armés, mais d'être protégés. "
Une des infos dont notre serveuse avait accès et qui la chiffonnait était les fonctions vitales du milliardaire assis en face d'elle, et quelque chose n'avait pas l'air normal... C'était sûrement une erreur, mais quand elle s'approcha pour poser une main sur sa nuque, elle vit son pouls déjà bien haut s'emballer encore plus et il lui retira les lunettes du nez en un mouvement rapide.
" Ça n'a pas été créé pour ça. " Il se releva d'un coup, la forçant à faire un pas en arrière pour qu'il ne lui rentre pas dedans. Ils restèrent proches, trop si vous voulez l'avis de notre serveuse, surtout quand il était en train de défaire sa ceinture. Il tira un coup sec pour la retirer avant de la poser dans ses mains. " Je te confie ça, je n'ai pas envie de me faire gronder si je ne la range pas correctement. "
Judith s'exécuta et se retourna pour la placer avec le reste de ses affaires pendant qu'il posait ses lunettes sur la table de chevet. Encore une fois, il se demandait si elle était aussi douce et patiente avec Natasha, et franchement il s'en serait collé une tout seul si elle n'était pas là car il commençait à être jaloux. Jaloux de deux amies, ça devenait ridicule cette histoire, surtout pour lui, il avait largement passé l'âge.
" Tu peux te coucher, Tony. "
Il l'écouta gentiment et grogna une fois à l'horizontale, le plafond s'était mis à tourner dangereusement. Pourquoi est-ce qu'il avait autant bu déjà ? Ah oui, pour oublier ses conneries et leurs conséquences. Il ferma les yeux, se les massant doucement d'une main. Il l'entendit quitter la pièce et revenir quelques instants plus tard, posant un verre sur la table de chevet avant de s'asseoir à côté de lui. Elle bricolait quelque chose et ça le força à ouvrir les yeux. Elle avait éteint la lumière entre-temps et il ne voyait qu'à cause des lampions de rue qui éclairaient légèrement la pièce. Elle remuait un liquide de couleur douteuse dans un verre.
" C'est du poison ? "
" C'est pour t'éviter la gueule de bois demain matin. " Elle finit de touiller et lui tendit le verre. Elle le vit sentir le contenu du verre et leva les yeux au ciel, il n'était pas croyable. " Sois un grand garçon et arrête de te plaindre. Bois. " Après une grimace, il avait tout avalé et elle lui sourit, lui reprenant le verre des mains. " Tu bois ce truc immonde que tu oses appeler un smoothie tous les matins, mais un petit remède maison c'est ta limite ? "
" C'était bien trop parfait pour être vrai, je savais qu'il y aurait une entourloupe. "
" Qu'est-ce qui était trop parfait ? "
" Toi. " Il la sentit se raidir à ses côtés et qu'elle allait se relever, mais il l'a retenu par l'arrière de la ceinture de sa robe de chambre. " Reste. "
" Vous avez trop bu. "
" Ah, donc si vous-tu, faut vraiment qu'on arrête ça, c'est déjà confus en temps normal mais là j'ai du mal à suivre. " Il y a un silence, il avait complètement oublié où il allait avec cette conversation. Il devait faire une sacrée tête, car Judith eut un mouvement de recul. Qu'est-ce qu'elle avait encore ?
" Vous voulez une bassine ? " Mais quel culot !
" Quoi ? Non ! Je sais me tenir, je vous remercie. " Il était complètement outré par ce qu'elle venait de dire et finit par cacher son visage dans son coude, il sentait un mal de crâne monumental pointer le bout de son nez. Plus jamais de whisky. Quand il retira son bras suffisamment pour l'apercevoir d'un œil, il était presque étonné qu'elle soit toujours là, à ses côtés sur le lit. " Vous allez me regarder dormir pour vous venger ? Je peux vous faire un peu de place si vous voulez, ça ne serait pas la première fois que je dois vous supporter pendant la nuit. "
" Je ne peux pas partir. " Son cœur rata un battement, est-ce qu'elle venait bien de dire ce qu'il avait entendu ? Que lui balance des avances pour rire, c'était tout à fait normal, c'était presque écrit dans son C.V, mais elle qui y répond ? Non, ça ce n'était pas normal. " Vous êtes toujours agrippé à ma robe. " En baissant le regard, il se rendit compte qu'en effet, il la retenait encore.
La pièce se mit à tellement tourner qu'il n'arrivait pas à lire l'expression sur son visage, est-ce qu'il était encore une fois allé trop loin et que Judith tirait une tête pas possible ? Si elle pouvait juste se rapprocher assez histoire qu'il arrive à la voir. Aussi surprenant que cela puisse paraître, la jeune femme avait dû lire dans ses pensées car elle se pencha vers lui. Quand il vit qu'elle souriait et qu'elle n'était pas du tout en colère contre lui, il ferma les yeux, rassuré.
Il crut imaginer ses lèvres sur son front quand elle y déposa un baisé et l'entendit à peine murmurer un " Bonne nuit, Tony. "
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Le lendemain, c'est seul dans l'appartement que Stark se réveilla. Il n'y avait pas de trace de la jeune femme et une fois sorti de la chambre, il remarqua qu'elle lui avait préparé tout pour qu'il n'ait qu'à se faire couler un café. Elle lui avait laissé le double de ses clés pour qu'il ferme derrière lui. Sur la table était griffonné un mot pour lui expliquer la marche à suivre et quel bouton appuyer sur sa machine. Elle le prenait pour qui ? C'était un ingénieur de génie, s'il ne savait pas se faire couler un café fallait changer de carrière.
Sur la fin de la petite note, elle s'excusa aussi de ne pas être là à son reveil, mais elle avait promis de montrer Captain America à son neveu.
Il fronça les sourcils. Comment ça elle sortait voir Rogers aujourd'hui ?
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" Tata, quand t'as dit qu'on irait voir Captain America j'pensais pas que ça serait comme ça. "
Scott faisait la moue. Peut-être que sur ce coup-là elle l'a lui avait fait à l'envers. Mais quand il retournera dans le Yukon elle voulait que ce soit avec autre chose que des souvenirs de café en ruine, de fast-food et de discussions d'adultes barbantes sur les assurances et les prêts. Aujourd'hui elle avait loué une voiture pour faire un tour en dehors de la Grosse Pomme et comment faire plus plaisir à son neveu fan de super-héros que d'aller voir l'un des plus gros héros de ce siècle ? Bon elle avait peut-être omis de préciser que c'était aussi un musée, que ça parlait beaucoup d'histoire de la Seconde Guerre Mondiale et qu'il y avait surtout toute une section sur l'espace, mais ça c'était justement le bonus !
" Ne dis pas ça, regarde tout ce qu'il y a à voir. " Elle secouait la brochure devant ses yeux pendant qu'ils faisaient la queue. " Il y a sa moto, t'aime pas ça les motos ? "
" Si si. " Dit-il en jouant avec un gravier à ses pieds, clairement pas heureux.
Bon, elle allait devoir se mouiller sur ce coup-là. Elle se mit accroupie devant lui, déjà pour lui remettre sa casquette bien droite mais surtout pour lui parler à sa hauteur. " On va faire un marché toi et moi. Tu vas faire un effort et apprendre des choses, comme ça tu diras à ton papa que ta tante est exceptionnelle et que tu as vu plein de choses grâce à elle. Et en contrepartie .. " Elle avait enfin son attention. " Je m'arrange pour que ta mamie te laisse venir avec moi quand j'irais à la tour des Avengers. Et si on est chanceux, tu pourras le voir en vrai Captain America. Et dans le pire des cas, Nat te laissera sûrement jeter quelques couteaux sur une cible. " Les yeux de l'enfant s'écarquillèrent en gros. " Mais ça, tu devras le garder pour toi toute la vie, ok ? Sinon cette fois c'est ta mère qui va m'appeler en panique et ce n'est pas ce qu'on veut hein ? " Il faisait oui-oui de la tête rapidement, un grand sourire sur le visage.
La visite se passa beaucoup mieux que toute l'attente avec le garçon ronchon. Au moins, Scott était appliqué, ça on ne pourra pas le lui enlever. Elle ne s'était pas rendu compte avant d'y être que ça serait bizarre de voir un visage connu placardé sur tous les murs, avec tous ses exploits et ses réussites mis en avant. Parfois, elle oubliait qu'ils étaient spéciaux. Pas pendant très longtemps mais ça lui arrivait de temps à autre. Quand elle pensait qu'il n'y a pas longtemps, elle lui avait appris à suivre ses comptes bancaires sur une appli de téléphone et qu'il fallait ajouter de l'adoucissant à ses lessives... Ça la fit sourire.
Elle était dans ses pensées quand elle sentit une petite main prendre la sienne et la secouer pour avoir son attention. " Il doit être triste. "
" Qui ça Scotty ? "
" Captain Roger, il a perdu son meilleur ami. Je sais que je serais super-triste si je perdais mon meilleur copain moi. "
Ils étaient arrivés devant une grande plaque commémorative de l'un de ses compagnons de guerre, le seul membre des Commandos Hurlants à perdre la vie au combat, Bucky Barnes. Elle survola des yeux le texte qui l'accompagnait, il était plus jeune qu'elle quand il disparut. Plus elle regardait cette image, plus une impression grandit en elle et un frisson la parcourut.
" Tu as froid Tata ? Tu trembles. "
Sa question resta sans réponses car elle ne l'entendait plus, son esprit était trop occupé à revivre un mauvais rêve. Peut-être que ça n'allait pas mieux ces jours-ci. Elle avait cru que la présence rassurante de sa famille suffirait à lui faire oublier ses écarts de comportement. Mais là, tout revenait à grande vitesse et elle eut du mal à respirer. Elle était assez habituée pour reconnaître quand une crise de panique arrivait.
Comme coupées dans leurs élans, toutes ses pensées furent remplacées par un ancien souvenir. Judith entendit deux mots. " Erwarte Befehle. " Elle se retourna d'un coup, comme si on venait de les lui murmurer dans l'oreille, mais il n'y avait personne directement derrière eux. Partout dans la pièce, elle chercha du regard alors qu'elle le savait pertinemment : ce n'était qu'un souvenir. Non, une hallucination, juste une hallucination purement et simplement.
" Tu me fais mal à serrer comme ça, je ne vais pas m'enfuir hein ! " Elle mit quelques secondes à le relâcher, le temps d'entendre et de comprendre les mots du petit garçon. Elle n'avait pas voulu lui faire mal et s'excusa instantanément.
D'habitude, elle prenait ces crises à la lettre, c'était comme des alarmes qui s'activaient dans sa tête et qui lui criaient de faire demi-tour et de partir. Et elle faisait généralement confiance à cet instinct. Alors quand sa tête lui criait de se tourner à 180 degrés et de fuir, pour la première fois depuis peut-être vingt ans, elle ne l'écouta pas. Aujourd'hui, elle sortit son téléphone qu'elle tenait à deux mains tellement elle tremblait et elle prit en photo le portrait de cet homme. Elle avait l'impression de faire quelque chose d'interdit sans comprendre pourquoi, comme si on allait la punir.
Une fois qu'elle était sûre d'avoir une image assez détaillée de ce visage, elle rangea son téléphone. Elle pouvait sentir son cœur battre à tout rompre. Elle avait l'impression de braver des interdits et se sentait comme une gamine qui faisait le mur, prenait une grosse cuite tout en se droguant, qui venait de rejoindre un culte et un gang tout en tombant enceinte, tout ça en même temps. C'était la pire des sensations, comme si quelque chose de terrible allait lui arriver et elle avait un mal fou à respirer.
" Ca va pas Jud' ? "
" Si.. si. Il me rappelle juste ..." Son neveu la regardait, attendant la suite. Mais rien ne vint pendant un long moment jusqu'à ce qu'elle arrive à sortir une bêtise. " Je crois que j'ai faim. " Elle lui sourit comme elle pouvait, malgré tout ce qui tournait dans sa tête, et malgré que Scott avait bien vu que sa tante tremblait comme une feuille, mais qu'elle semblait aussi avoir chaud, des gouttes perlant à son front. " Qu'est-ce qui te ferait plaisir ? "
" Une glace ! "
" Va pour une glace. "
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Chose promit chose due, à son deuxième entraînement de la semaine et le dernier jour où sa famille était présente, elle y emmena Scott. Le petit garçon avait mis un t-shirt de Captain America, au cas où ses intentions n'étaient pas parfaitement claires et il faisait des petits bons. Ah, d'être un enfant à nouveau, inconscient de tout. À sa place, elle serait pétrifiée par le stress et elle ne parle pas du tout par expérience.
Une fois arrivé à la tour, le garçon était soudainement plus impressionné par la taille des lieux et il restait bien à côté de sa tante, la tenant toujours par la main.
" Bonjour Mlle Judith et Mr Scott, j'espère que vous passez une bonne journée. " La voix arriva du plafond de l'ascenseur, comme toujours, et fit sursauter Scotty.
" Merci J.A.R.V.I.S., j'en avais convenu avec Natasha et elle m'a assuré que sa présence ne posera pas de soucis, est-ce que Tony est bien au courant ? "
" L'information a bien été passée à Monsieur. " Ça, elle savait ce que ça voulait dire.
" Il n'en a pas pris connaissance, c'est ça ? " Pas de réponse de l'I.A., c'est bien ce qu'elle pensait. " Et bien espérons qu'on ne le croise pas. "
Quand la porte de l'ascenseur finit par s'ouvrir, Scott lâcha un long wow. " C'est gigantesque ! Et ça, ça sert à quoi ? On dirait un film t'as vu ça Jud' ! Tu crois que c'est là qu'ils s'entraînent aussi ? C'est trop cool ! "
Ils passèrent rapidement devant d'autres salles de sport, heureusement toutes vides, car le garçon posait ses mains sur toutes les vitres pour regarder à travers.
" Si tu continues comme ça, je vais me faire enguirlander. Garde tes petites mains grasses dans tes poches. " Elle se baissa pour frotter avec sa manche les grosses traces de doigts pendant que de l'autre côté du couloir, Natasha l'attendait, bras croisé et déjà un sourire en coin.
" Vous êtes en retard. Bonjour toi. " Quand ils arrivèrent à sa hauteur, la rousse toisa du regard le petit garçon qui était toujours autant impressionné par elle. Il dut recevoir un peu d'encouragement de sa tante avant de donner une réponse.
Ils entrèrent ensuite dans la salle où elle avait l'habitude de s'entraîner. Si c'était une séance avec la rousse, c'est que ça allait barder et finalement, elle se rendit compte que c'était une mauvaise idée d'y avoir invité Scott. Il allait la voir se faire tellement malmener qu'il allait être traumatisé à vie.
" Comment tu vas ? " Demanda Nat qui l'attendait mains sur les hanches.
Quand elle retira sa veste légère, elle portait une brassière de sport et il n'y avait plus aucun bandage, montrant fièrement à son amie que tout avait bien guéri.
" Et là-haut ? " Elle pointait son crâne, mais avant que notre serveuse ait le temps de répondre, une petite voix se fit entendre.
" Papa dit qu'y a pas tous les fils qui se touchent dans la tête de tante Judith. "
Les deux femmes se retournèrent à l'unisson vers le petit garçon, qui était très fier d'avoir pu participer à cette question dont il connaissait la réponse. Il balançait ses pieds sous le banc où il était assis et regardait avec intérêt, prêt à voir une vraie bagarre comme il l'avait dit.
Judith prit une longue inspiration à la place de lâcher une saloperie sur l'enfoiré qui lui servait de grand frère. L'amour fraternel, le lien indestructible du sang. La prochaine fois qu'elle le croisera, elle va lui montrer à qui il manque des connexions dans le cerveau.
" Pendant que tu t'échauffes, je vais faire le tour des lieux à Scott, qu'est-ce que tu en dis ? " Et elle partit ouvrir la porte, un grand sourire sur les lèvres alors qu'elle attendait que le jeune garçon la suive.
Une fois qu'ils étaient partis, Judith se mit au travail. Elle s'étira quelques minutes avant de courir et d'enchaîner sur de la corde à sauter. Elle était plutôt fière d'elle quand elle ne se prenait pas les pieds dedans. Une fois terminé, elle prit soigneusement le temps d'enrouler ses poings dans des bandages avant de mettre des gros gants de box par-dessus et de tester si tout était bien en place, n'ayant pas envie de se blesser à nouveau. Elle commença à taper dans un sac de frappe jusqu'à ce que Natasha arrive, seule.
" Tes jambes Jud', tu oublies tout le temps leurs existences. " La rousse se permit un petit conseil.
" Où est Scott ? Il ne t'a pas trop fatigué j'espère ? " Une idée lui vint en tête. " Tu ne t'en es pas débarrassée hein ? "
" Tu m'en crois vraiment capable ? " Natasha ne lui laissa pas le temps de faire la tata-poule et grimpa sur le gros ring qui trônait au milieu de la pièce. " Il est entre de bonne-mains, il n'a même pas remarqué que j'étais partie tellement il avait d'étoiles dans les yeux. " La rousse souriait et Judith se détendit. Le petit bonhomme devait jubiler s'il avait croisé Captain America. Puis il ne risquait rien dans la tour, n'est-ce pas ?
Elle ne réfléchit pas plus longtemps à la question car elle sentait qu'elle allait souffrir. Depuis qu'elle s'était abîmée la main sur le béton armé qui constitue les pectoraux du Capitaine Steve Rogers, Judith s'était entraîner mollement. Parce que si elle n'avait qu'à battre des cils et lâcher quelques larmes pour avoir un mot d'excuse du docteur pour ne pas s'entraîner, et bien ce n'était pas avec Natasha que ça marcherait. Même en se défendant qu'elle n'avait pas eu à faire du cinéma pour recevoir le mot et qu'en plus elle sortait d'un accident traumatisant, elle reçut en réponse une nouvelle paire de gants. Plus léger que celle qu'elle portait déjà mais qui traversa la pièce à toute vitesse et elle dut l'éviter pour ne pas se la prendre en pleine poire.
" Nat ! Tu essaies de me défigurer ? "
" Tu étais censée l'attraper, non pas l'éviter. D'ailleurs, c'est pour ça qu'on est là. Tu as appris plein de technique de défense, c'est très bien, mais parfois au lieu de se défendre il vaut mieux ..." Elle laissa un blanc pour laisser une chance à Jud' de finir sa phrase.
" Courir ? "
" Non. "
" Vous appeler en panique ? Non non je sais, d'attendre sagement que les secours arrivent. "
Vu le regard de la rousse, valait mieux pour elle qu'elle s'arrête là et qu'elle l'écoute.
" Il vaut mieux attaquer. Donc, on va partir du principe que tes adversaires seront des hommes. Est-ce que tu sais comment se battent la plupart des hommes ? "
Elle haussa les épaules en réponse, de peur de dire encore une connerie. L'agent russe perdait rapidement patience.
" Avec leurs bras, et surtout leurs poings. La majeure partie du temps, ils oublient leurs propres jambes ou que tu puisses te servir des tiennes. " Elle lui fit signe de la rejoindre, et après quelques secondes d'hésitation, elle se rapprocha.
" J'ai l'impression que je n'avais pas tout à fait tort et que tu vas me dire que la solution, c'est de courir. " Non sans mal, Judith grimpa sur le ring avec la grâce d'une huître.
" Non, c'est d'utiliser le haut de ton corps pour parer les coups et tes jambes pour les donner. "
" Nat, je ne suis pas toi. Et c'est un véritable compliment. Clint m'a montré des images de toi en train de bondir dans les airs et de désarmer un alien sur son jet-ski volant. C'était incroyable mais il n'y a que toi qui soit capable de faire ça. "
Elle laissa la rousse resserrer les scratchs des nouveaux gants de combat qu'elle lui avait lancé un peu plus tôt. Ils épousaient bien ses doigts et ses paumes, elle n'avait pas l'impression de porter quoi que ce soit mais pourtant quand elle tapait ses mains les unes contre les autres le choc était parfaitement absorber. C'était vraiment bizarre et elle se demanda dans quelle matière ils étaient faits.
" Tu ne sais jamais ce qui peut arriver. " Finit par dire doucement la Russe, comme si on pouvait l'entendre.
" J'ai l'impression que tu me caches quelque chose. " Depuis le dernier gros accident en date, elle ressentit des changements dans le comportement de Natasha. Elle le sentait aussi chez Stark, mais avec Tony tout était toujours plus compliqué. " Vous me cachez quelque chose. "
La rousse ne répondit pas, resserrant ses propres gants et avant que Judith ne puisse poser une autre question, elle finit retourner comme une chiffe molle et termina sa chute sur son dos. " Debout. " Fut le seul ordre de la rousse, et quand elle s'exécuta, ça ne prit que quelques secondes à la rousse pour la recoller au sol. " Debout. "
Ça faisait longtemps qu'elle ne s'était pas faite malmener comme ça, elle aurait bien dit que ça lui avait manqué mais pas vraiment... Finalement, elle était reconnaissante que Nat ait pensé à occuper Scott, il ne pourra pas répéter à tout le monde comment sa tante se transforme en poupée de chiffon entre les mains de Black Widow.
Ça dura ainsi longtemps, trop longtemps si vous voulez son avis. Il y eut quelques échanges parfois, Judith arrivait à bloquer un ou deux coups si elle avait de la chance mais la poigne de la rousse était de fer et elle finissait rapidement par terre, le souffle court. Elle mit un certain temps avant de se rappeler qu'elle n'était pas juste le punching-ball de la rousse, mais qu'elle était là pour apprendre.
Les jambes.
Cette fois, quand Natasha allait l'envoyer au sol, Judith répondit avec un coup de pied et la rousse la suivit dans sa chute, écrasant la serveuse au passage. Elle l'avait surprise et ça la fit bien rire. " Félicitations, ça ne t'aura pris qu'une demi-heure. On recommence. "
Maintenant qu'elle avait compris pourquoi elles étaient là, Nat lui donna un vrai cours. Comment se placer sur ses pieds, les points faibles au niveau des genoux ou des chevilles, même de l'aine. " Bien sûr, n'oublie jamais l'entre-jambe. Avec ton air d'innocente perdue, personne ne t'imaginerait capable de frapper là. "
Ça faisait presque un an qu'elle avait commencé ces entraînements et malgré la difficulté, elle sentait qu'elle récupérait plus vite et tenait plus longtemps. Ce n'était plus si douloureux de tomber, de se relever et de recommencer. Elle se réveillera sûrement avec des bleus le lendemain, mais elle ne sera plus pliée en quatre comme la première fois que Natasha lui donna un petit cours personnalisé.
" On ne sait pas si l'accident était vraiment un accident, ou un simple règlement de comptes. " La russe finit par lâcher alors qu'elles étaient toutes les deux assises au milieu du ring pour se désaltérer. " Pendant que Tony essaie de transformer ton café en une forteresse sans que tu ne t'en rendes compte, je préfère utiliser mes méthodes. "
Judith avala la nouvelle sans avoir l'air étonné, car elle ne l'était pas vraiment. Avec tout ce qui s'était passé ces dernières semaines, Stark qui dérapait et qui semblait de plus en plus inquiet. Elle se rappela, honteuse, qu'il y a à peine quelques jours elle l'appelait encore à la rescousse car on avait toqué à sa porte. Ça ne pouvait pas continuer comme ça, elle en était bien consciente. Et même si la manière Starkienne était plus confortable, ce n'était pas la bonne solution.
Donc, à la grande surprise de son amie, Judith lui donna raison. " Alors utilisons tes méthodes. " Elle se releva, non sans mal, et tendit sa main à Nat pour l'aider à se mettre debout. Elle ne sentit même pas le poids de la rousse quand elle se redressa, preuve qu'elle n'avait vraiment pas besoin de son aide.
En descendant du ring, Nat sortit de son sac un rouleau de scotch. Elle en arracha un morceau dans un grand bruit et le colla bien haut sur le sac de box que Judith frappait un peu plus tôt. Le point de repère était bien plus haut que sa tête. " Ton nouvel objectif, c'est de frapper là-haut, et avec ton pied. Quand tu arriveras à enchaîner les coups avec aise, on passera à l'étape suivante. "
Alors qu'elles étaient toute les deux en train de rattrouper leurs affaires avant de quitter la salle, il y eut des bruits dans le couloir et elle vit courir son neveu dans leur direction avec un énorme sourire aux lèvres. Quand il passa la porte en verre, déjà tout excité de lui raconter ce qu'il avait vu et fait, elle fut obligée de remarquer la nouvelle casquette trop grande pour lui qui reposait sur sa tête. Et surtout le gros logo d'Iron Man dessus.
" Tu sais qu'il est trop cool ? Et même qu'il m'a laissé tirer avec son gant et ça a tout explosé ! Mais ça j'dois pas le répéter. " Pour la discrétion, il ne fallait peut-être pas compter sur un enfant de neuf ans, mais en tout cas Judith ne laissa rien paraître. Elle n'avait aucun problème avec Scotty et ne comptait pas le disputer. Non non, là c'est Stark qui allait passer un mauvais quart d'heure.
" Et tu as fait quoi d'autre ? Raconte-moi tout. Dans les moindres détails. " Toute sourire, la jeune femme écouta les péripéties de Scotty, du moment où Natasha le laissa dans son labo jusqu'à ce que ça soit J.A.R.V.I.S. qui le guide dans l'immeuble jusqu'à la rejoindre. Et entre ces deux informations, il y avait aussi pas mal d'événements discutables.
" Et et et, Jud' ! "
" Calmes toi, à force tu ne vas plus avoir de souffle. " Le petit garçon l'écouta, en exagérant de grande bouffée d'air tout en sortant de sa poche un téléphone qui tenait à peine dedans. Et pas n'importe quel téléphone mais bien le siens, le petit koala en était témoin. " Mais tu as chipé ça où ? "
" C'est toi qui m'a dit que je pouvais jouer avec pendant que tu t'entraînais pour ne pas m'ennuyer. " Sur ce coup, il avait raison. Mais il n'était pas censé lui piquer quand elle ne regardait pas. " On a fait des photos, tu pourras me les envoyer hein ? Je veux les garder en souvenir. "
Elle prit son téléphone et vit rapidement les nouvelles additions à son dossier photo. Elle dut les regarder un peu trop longtemps car Nat finit par se racler la gorge, la ramenant à la réalité avec son grand sourire qui voulait tout dire. Il ne fallait pas qu'elle se laisse faire cette fois-ci !
" Je pensais qu'il était resté avec Steve. Tu sais, un adulte responsable. Mais là, je n'y crois pas, tu l'as laissé avec Tony. Je ne suis pas sûre qu'il arrive à se gérer lui-même alors un enfant. "
" Oh, je vois. Tu pensais à Steve à cause des étoiles ? Tu n'y es pas du tout car aujourd'hui, j'ai appris que les petites étoiles dans les yeux à la vue de Stark, c'était de famille. "
Bon, elle aura essayé de ne pas se laisser faire au moins. Il faut avouer que contre Black Widow il était impossible de gagner.
∴∵∴
Ce qu'elle aimait le moins à l'aéroport, c'était ces gens qui semblaient savoir exactement où ils allaient et qui n'avaient aucun problème à vous pousser pour avancer. Ou peut-être c'était ceux qui, justement, étaient perdus en groupe et qui se criaient dessus essayant de prouver qui avait raison sur le chemin à prendre. Dans tous les cas, pour elle, l'Aéroport International J.F.K était un enfer sur terre.
Pendant que sa mère et Scotty étaient partis aux toilettes, Judith était allée commander des cafés et revenait avec un plateau tout en évitant de justesse un énième touriste qui était à deux doigts de tout faire renverser. Une fois à table et les tasses prudemment posées, elle jeta son sac sur la banquette et lâcha un long soupir à côté de sa grand-mère.
" Est-ce que tu as appris à te servir de mon dernier cadeau ? " La vieille dame huma le café avant d'en prendre une gorgée, clairement pas impressionnée par la qualité. Elle avait tout de même un petit sourire qui se voulait innocent. " Tu peux me parler, je ne raconterais rien à ta mère. Tout le monde pense que tu es la fragile de la famille, mais je sais que tu en es capable. "
Judith enlaça son bras autour de celui de sa grand-mère. " Oui, je sais m'en servir, mais avec son emploi du temps Natasha n'a pas encore trouvé le temps de m'emmener dans un stand de tir. " Elle marqua un blanc avant de continuer et tout comme sa grand-mère, elle regardait les passants. " Mais ça ne saurait tarder, vu les derniers événements. "
Elle accepta la réponse de Judith, puis elles restèrent toutes deux silencieuses. En tout cas, jusqu'à ce qu'une idée fasse son chemin dans l'esprit de notre serveuse. Elle sortit son téléphone, cherchant une image en particulier. Elle prit son temps, il fallait surtout qu'elle trouve le courage de la regarder avant de se lancer.
" Grand-mère, est-ce qu'il te dit quelque chose ? Cet homme-là. "
Après avoir ajusté ses lunettes elle lui prit le téléphone des mains. Pendant de longues secondes, la vieille dame l'étudia en silence. À tel point que Judith avait arrêté d'espérer une réponse. Une réponse à quoi finalement ? Elle ne le savait pas elle-même.
" Tu étais une véritable petite fouineuse quand tu étais gamine, tu te souviens ? Toujours à mettre ton nez dans nos vieilles affaires. " Elle toucha l'écran du téléphone du bout du doigt. " Tu as vu beaucoup de photo de soldat avec la carrière de ton grand-père et ils se ressemblent tous au bout d'un moment, tu sais. Surtout sur ces photos en noir et blanc, ce n'est pas comme la technologie aujourd'hui avec toutes ces caméras et ces téléphones portables. "
Judith analysa ce qu'il y avait autour d'elles, ou plutôt qui. Dans ce coin du café, il n'y avait pas grand monde et surtout sa mère et Scotty n'avaient pas l'air d'être de retour, alors elle força sa chance un peu plus. Elle connaissait sa grand-mère, assez pour savoir que malgré les crises de démence et les troubles de la mémoire de plus en plus fréquents, il y en avait plus là-haut qu'il n'y paraissait.
" Quand je l'ai vu, c'est aussi ce que j'ai pensé. Mais ensuite... Des mots me sont venus, comme si je les avais déjà entendus ou plutôt qu'on me les avait dit. Oma... Erwarte Befehle. " Dit-elle, comme un murmure et sa grand-mère s'arrêta de respirer, se figeant sur sa chaise.
" Oh ma chérie... C'est ce Stark qui te pousse, c'est ça ? " Elle se mit à serrer le bras de Judith, enfonçant ses ongles dans sa peau de plus en plus fort. La vieille femme avait l'air complètement terrorisée, son regard perdu et affolé, cherchant comme une réponse sur le visage de sa petite-fille.
" Me pousser à quoi ? "
" À te rappeler. " Dit-elle d'un souffle. " Écoute-moi bien Judith. Ne te souviens pas, c'est mieux comme ça. L'accident... Il pourrait y en avoir d'autres, il-il pourrait revenir. Alors arrête tout ça avant de le regretter."
Judith eut un sursaut à cause d'une valise bruyante dans l'allée mais elle fut attirée à nouveau dans la conversation par une main froide qui se posa sur sa joue, la forçant à la regarder mais surtout à l'écouter. Elle se retrouva face au regard fatigué de sa grand-mère alors que celle-ci lui caressait la joue doucement. Même si le geste était tendre, dans ses yeux elle y lisait toujours un effroi terrible. " Garde ses souvenirs enfouis le plus loin possible. Personne ne doit y avoir accès. Personne, tu m'entends ? Même pas toi. "
Et elle vit ses yeux se remplirent de larmes. " Il serait si fier de toi tu sais. " Et aussi vite qu'elles étaient arrivées, les larmes disparurent et sa grand-mère reprit à nouveau le contrôle. Elle se redressa, bien droite sur son siège pour continuer son café. Quelques instants plus tard, sa mère et son neveu approchèrent tout en se plaignant de s'être encore perdus dans ce gigantesque aéroport.
Une fois assise, sa mère se lança dans les discussions habituelles. Elle la mettait en garde sur beaucoup de choses, au sujet de l'assurance, des travaux, qu'elle ne devait pas hésiter à téléphoner si elle avait un doute et qu'elle lui enverrait toutes les photocopies nécessaires de papiers qui étaient restés au Canada, etc.
Quant à Judith ? Elle écoutait à peine. Quelque chose l'avait remué au plus profond de son être. Mais d'un côté, elle ne s'était pas sentie aussi bien depuis des années. Quand elle les accompagna jusqu'à leur porte d'embarquement après un au revoir et une fois qu'elle laissa la folie de l'aéroport derrière elle, installée dans un taxi, elle se sentit étrangement légère.
Car pour une fois, la première fois de sa vie, ses tripes avaient eu raison. Elle n'était pas juste folle. Elle n'était pas juste sous le choc, ce n'était pas juste le traumatisme ou une autre connerie que les psys répétaient comme un refrain.
Non. Cette fois Judith tenait la preuve que ce n'était pas sa tête le problème, mais ce qui y dormait. Et tout ça, grâce à ce soldat. Quand elle regarda à nouveau la photo cette fois, ce n'était plus avec la peur de braver un interdit, mais avec un véritable sourire.
∴∵∴
NdA : The plot thickens ! Pendant l'écriture, je me suis rendu compte de certaines choses.
Premièrement, quand cette histoire a commencé à mariner dans mon esprit c'était juste après la sortie de Civil War. L'intrigue, beaucoup de scènes et les relations étaient déjà toutes trouvées. Je vous laisse donc imaginer ce qu'il s'est passé dans ma petite tête, 3 années plus tard au cinéma à la fin d'Endgame ... Je ne sais pas si je suis prête à faire subir ça à Judith.
Deuxièmement, et qui découle du premier point, j'ai remarqué que ce chapitre était le 20ème de la série et que j'étais encore à des mois ( chronologiquement ) du deuxième film de Captain America et que je compte allez bien plus loin... J'espère que les fidèles sont prêts car j'aime les histoires à rallonge. Alors suits up !
Pour ce qui est du dernier chapitre, je vous remercie sincérement de tout les retours. Ca me fait plaisir de lire vos impressions dans les commentaires. A chaque fois je suis toujours étonnée, donc encore merci de prendre de votre temps pour découvrir ce que je créée. J'espère que ce chapitre vous plaira au moins tout autant, et vous dis à très bientôt ! Pon ~