Lilith se sentait comme Alice aux Pays des Merveilles sauf que les espaces étaient en format réduits, sombres, un peu inquiétants. Après 5 minutes à circuler dans des galeries, elle se retrouva dans ce qui ressemblait à une chambre froide. Une chaise se trouvait au milieu de la pièce et une lumière fixée au plafond éclairait les murs délavés, tristes, toute la misère du monde semblait s'être donné rendez-vous dans ce lieu.
- Reste ici, ils viendront te chercher, fit Raeden
- Attends! Tu vas où?
Il lui lança un regard sardonique.
- Qu'est-ce que ça peut te faire?
- Je ne vais pas rester toute seule ici, c'est sur!
Elle sentait dans chaque peur de sa peau que ce lieu était hanté de mauvais esprits. Des fines gouttelettes de pluie coulaient des tuyaux.
- Tu n'es pas seule, la rassura son cousin en lui tournant le dos
Le premier réflexe fut de courir derrière lui, mais à ce moment-là, alors que ses pieds faisaient un pas vers la sortie, un bruit sourd se fit entendre. Lilith sursauta. Cela ressemblait à ....un cri humain.
Elle regarda autour mais il n'y avait personne. Le cri semblait provenir derrière le mur!
Lilith recula de mil pas.
Le cri reprit, avec moins de force cette fois-ci, comme si la force abandonnait la personne.. ou l'esprit.
Lilith ne réfléchit pas deux fois et fit un sprint vers la sortie. Mais la galerie possédait six passages qui menaient à 10 sorties, elle tenta de se rappeler lequel Raeden avait pris, se trompa plusieurs fois, frappa des chemins qui se terminaient en cul-de-sac, revint sur ses pas.
- Raeden! appela-t-elle
Quelques rongeurs lui répondirent.
Elle texta Ken. Pas de réponse. Elle essaya avec Lee.
- Quoi? Fit le jeune garde qui semblait tout aussi heureux de converser avec lui
- Je crois que je me suis perdue
- Hmm
C'était un son entre le stoïcisme et un cruel contentement.
Près de lui elle entendit la voix du boss:
- ... je ne vous suivrai pas officier. Mais mon avocat se fera un plaisir de vous assister
Elle entendit des hommes sacrer, surement des policiers choqués par la non-coopération d'un civil.
- Boss, les gars veulent savoir si on ouvre le club ce soir, fit Lee. Ils ont préparé un plat qui risque de s'abîmer si on ne le mange pas
Lilith voulut crier à Lee qu'il y avait des affaires plus importantes à gérer là que la bouffe!
- L'oiselle devra être mangé avec du caviar, répondit le boss, d'un ton dur comme si il était contrarié que les choses ne se passent pas comme prévu. Envoie le chef cueillir les fines herbes derrière la cuisine
L'oiselle.
Lilith tenta de déchiffrer à quoi il faisait référence.
- Chef, j'ai planté des semences hier, je crois que vous devriez les arroser, fit Lee en raccrochant
- Arrêtez de parler en code!! Grogna l'adolescente
Elle regarda partout. Le plafond était couvert de papier, vieux papier, très vieux papier qui sentait ... la pisse.
- Aidez-moi!
Cette fois-ci, c'était certain elle ne rêvait pas. Il y avait quelqu'un derrière les murs. Lilith convainquit son coeur de ne pas éclater.
- Allô? demanda-t-elle prudemment
- Vous m'entendez?
Une voix féminine. Une peu rauque, comme si elle avait la gorge sèche. Mais le ton était ... désespéré.
- S'il-vous-plait laissez-moi partir
Lilith osa une autre question:
- Je ne vous vois pas. Comment puis-je vous aider?
- Ils m'ont enfermé. J'ai soif, de l'eau, apportez-moi de l'eau
Lilith sentait la peur gagner du terrain.
- Qui êtes-vous? Qui vous a enfermé?
- Les yakuzas
C'était dit d'une voix presque inaudible.
- Je ne vois pas de porte. Ou êtes-vous?
- Il n'y a pas de porte. Je crois que je suis ... je ne sais pas... c'est sombre ici. Si sombre...
La voix se perdit dans un murmure.
Lilith toucha les murs à la recherche d'une entrée secrète mais ne trouva pas.
- Parlez-moi, cela fait si longtemps qu'on ne m'a pas parlé, dit la jeune femme. Vous etes des leurs, mais vous semblez gentille. Quel est votre nom?
- Lilith
- Une étrangère, je l'avais compris à votre accent. Ils vous ont aussi mis ici, n'est-ce pas?
- Non, je ... je ne sais pas ce que je fais ici
- Ils vous ont enfermé. Ils reviendront, ils reviennent toujours.
- Qui?
- Les chiens de Feng san. C'est eux qui s'occupent du sale boulot. Ils vous apportent parfois à manger, souvent non. Ils vous assoiffent. Ils vous testent.
Lilith se refusait à croire qu'on lui avait tendu un piège.
- Pourquoi vous êtes ici?
- J'ai fait du tort à Feng san. Il ne pouvait pas me tuer, alors il m'a enfermé. Il veut me briser. Il veut me rendre folle! Mon Dieu! Je suis si seule ici, c'est cela qui est le plus dur. Parlez-moi, Lilith. N'arrêtez pas de parler. Que lui avez-vous fait?
- Moi, rien.
- Il ne vous aurai pas envoyé ici si il était content de vous. C'est ça le charme de Feng san. Il vous séduit et après il vous torture. C'est son truc. Il est porté sur la souffrance
La femme toussa, reprit son souffle:
- Ça va? Demanda l'adolescente
- Il a tenté quelques trucs avec les filles, des choses qui feraient vomir la plupart des gens. Du sado pur. Cette cellule le fait bander. Quand il met sa queue dans...
- Je ne veux rien entendre! Cria Lilith en se tapant les oreilles
Un petit rire.
- Vous êtes pudique. Charmant. J'ai encore les marques. Je vous les montrerai un jour. Il sait se coller, ce Feng san. Il prend des pinces et alors que vous êtes entrain de manquer d'air, il ....
- Je suis une Ikdea, la coupa l'adolescente
Long silence. Très long, Lilith cru que la femme était partie se coucher.
- Vous mentez
- Non
- Il n'y a pas des filles Ikeda
- Heu, je suis pourtant là
La voix de la femme devient presque coléreuse;
- Qui est votre père?
- Je suis l'arrière-petite-fille de l'oyabun
Alors la voix de la femme changea dans un murmure mielleux.
- Je m'appelle Yuna. Yuna. Je suis surement portée disparue, des gens me cherchent, la police. Je suis enfermée ici depuis si longtemps que je ne sais plus quel jour on est. Sortez-moi de là!
- Je suis désolée, je ne sais pas comment sortir d'ici. Je ne sais même pas où nous sommes
- Cherchez, Lilith san, cherchez. Il doit y avoir des portes, il y a toujours des portes au club.
La jeune fille fouilla tous les recoins.
- Je ne trouve rien, dit-elle après une demi-heure à tourner en rond
Son mobile vibra : "j'arrive la hâfu, prépare bien ta chatte". Charmant.
- Yuna, je ne vois pas...
- Vous avez un mobile. Contactez la police!
- Je ne peux pas faire ça.
- Pourquoi????
- Nous ne sommes pas en bons termes, dit-elle évasive
- Un seul coup de fil, Lilith san. Je vous en prie ne me laissez pas mourir ici
- Ils vont surement vous faire sortir, fit Lilith optimiste
La jeune femme insista;
- J'ai failli exposer Feng san. Si la police met la main sur le coffre, il va tomber.
Et, d'une voix base, elle ajouta:
- Ce monstre ne me laissera jamais sortir d'ici
Lilith se souvint alors de la conversation avec le policier.
- Vous êtes journaliste?
Un rire gras.
- Si je l'étais, mon cadavre serait déjà enterré
Très rassurant.
- Je suis la femme de Feng san
Un tremblement de terre secoua l'adolescente. Sa tête lui dictait de ne pas croire son coeur. Comme une automate elle prit son mobile.
- Donnez mois votre nom de famille
- Saito
Elle fit une recherche et tomba sur un article qui mentionnait la jeune femme : " 3 personnes sont décédées et 6 ont été blessées dans un curieux incident qui s'est déroulé dans la clinique de maternité d'Ine-Cho. Un individu s'est introduit dans le but de s'en prendre au personnel qui avait refusé de servir sa femme. L'individu dont l'identité n'a pas été révélée a fait feu sur les patientes, blessant 3 jeunes femmes qui sont décédées avant leur arrivée à l'hôpital. ''. Des photos des victimes avec leur nom était affiché. L'article datait de deux ans.
Lilith se laissa tomber par terre. Deux ans.
- Lilith chan?
- Ils disent que vous etes morte
- C'est surement Feng qui s'est arrangé pour cacher la vérité. Il sait comment enterrer les témoins, lui!
Elle envoya un sms à Ken : "je suis coincée dans les galeries. Si vous me sortez pas de là je vais dire à la presse que vous avez enfermé une femme". Elle savait que menacer les yakuzas n'allait pas lui apporter des cadeaux, mais sur le coup elle se foutait royalement.
La réponse de Ken fut immédiate "quelle femme?". Quoi! IL y avait plus qu'une prisonnière????
Lilith sentit la nausée monter.
Alors, elle fit quelque chose d'insensé. Mais si Raeden avait raison et que Ren représentait une menace pour le boss, alors elle allait prendre sa chance.
- Allô? fit la voix distante de Ren
- J'ai besoin de votre aide
- Nous nous sommes assez aidé, Lilith kun. Restons là
Il était aussi cordial qu'un ours polaire. C'est elle la victime dans cette situation!
- Vous me devez des excuses, grogna l'adolescente. Je m'en passerai volontiers si vous m'aidez à quitter les galeries souterraines
Une pause. Elle entendit derrière la voix de Mei et quelques chuchotements :
- N'y allez pas, disait Mei
- Qu'ai-je à gagner à me mêler de vos chicanes avec le clan? Questionna Ren
- Rien, mais je considérerai que nous sommes quittes
- Bonne chance Lilith kun
Il raccrocha! L'adolescente avait une très grande envier de le frapper.
- Lilith chan, pourquoi vous demandez de l'aide à ces chiens? Ils sont tous les mêmes, ils ne se mettront pas sur le chemin de Feng san, fit la jeune femme. Appelez la police, il n'y a personne d'autre qui pourra nous aider
Mais Lilith n'allait pas trahir les Ikeda. C'était après tout sa famille, et la police de toute façon ne lui inspirait pas trop confiance.
C'est sur cette pensée qu'elle trébucha sur un câble qui sortait des murs pour disparaître sous terre, et s'étala sur toute sa longueur. Une douleur la fit grimacer.
- Vous m'avez sauvé
Lilith regarda l'ombre qui sortait derrière le mur, pâle, mince, très mince, ses longs cheveux graisseux tombaient jusqu'aux fesses, ses mains avec des longues oncles noires acérées comme des lames. Elle était sale, dégageait une odeur répugnante.
Mais c'est ses yeux qui la troublèrent; des yeux de prédateur.
- Donnez-moi votre mobile Lilith chan
La voix grinçante de la jeune femme lui donna des frissons.
Lilith se remit péniblement sur pied, se violenta pour marcher.
- Lilith chan
Chaque pas était une torture!
Elle se mit à courir.
- Mauvaise fille, chantonna l'inconnue
Elle mordit jusqu'au sang la douleur qui terrassait sa cheville. Elle était sure qu'elle s'était tordu. Elle allait s'en sortir, il le fallait!
La jeune femme ne tarda pas à la rattraper.
- A l'aideeeeeeeeeeee!
Son cri se percuta dans les murs, mais Lilith savait d'avance que personne ne l"entendrait.
Alors que la femme incrustait ses ongles autour de son cou, sa dernière pensée fut pour son père.
Puis ce fut la noirceur totale.