On raconte qu'autrefois, les feuilles bruisseront de mille contes et qu'il suffira de tendre l'oreille pour entendre l'histoire d'un monde pas si lointain. Avec un peu de chance, parmi les intarissables babillages des forêts, plaines et prairies, vous arriverez à distinguer une histoire au milieu des autres. Peut-être serait-ce celle du commencement du monde, de la recette de l'étrangement délicieuse tourte aux pommes et patates douces de la tante Marge, ou encore de la révolutionnaire découverte que feront vos arrières-arrières-arrières-arrières-et-peut-être-un-peu-plus-petits-enfants trois jours et 9 secondes 3/4 avant que la fin de votre monde commence. Une histoire d'ailes de papillon apparemment. Enfin, le futur c'est comme les mathématiques ou les magasins Ikea : pas toujours clair et on s'y perd très vite.
Mais, il vous faudra un surplus de chance pour découvrir une histoire en particulier, celle d'un prince maudit. Il y en a des milliers de ces légendes, on ne pourrait pas moins mentir. Pourtant, sur toute la superficie de cette planète, pas un seul végétal ne contera une autre que celle-ci. Si une petite pousse souffle à votre oreille le mot malédiction, ou bien le nom «Ryel», arrêtez vous, installez vous près d'elle et écoutez attentivement. Car une sorcière s'est penchée sur le berceau d'un tout jeune enfant, et qu'ainsi, l'amour est devenu sa malédiction.
On raconte parfois l'histoire de Lysandre. Prince aimé de tous, héritier du trône très prometteur et attendu. À l'aube de ses vingt et un ans, ses parents lui laissaient déjà une bonne partie de leurs devoirs, en attendant le jour où ils lui confieront complètement leur rôle. C'est ainsi que le jeune homme se retrouvait à présider la majorité des conseils, des auditoires publiques et dirigeait chaque projet d'ampleur minime ou qui pouvait se passer de l'intervention des souverains.
En vérité, il s'appropriait lui-même tout ce qu'il pouvait. Et si on lui refusait la charge d'un quelconque sujet, pour alléger sa pile déjà vertigineuse de travail, il se vengeait aussitôt en s'acharnant sur une autre tâche. Certains concluraient toutes sortes de théories par rapport à ce comportement, expliqueraient le pourquoi du comment de cet entêtement qu'ils qualifieraient d'obsessionnel, voire presque maladif, mais le jeune prince aimait simplement ce qu'il faisait.
Ses parents, conseillés et ministres -sous l'œil amusé quoique contrit des domestiques- désespéraient de le voir faire, juste une fois, une nuit de repos complète, pour remplacer celles éclairées à la bougie. Enfin, ils avaient tous abandonné l'idée même depuis un moment.
Alors, quand sa palefrenière découvrit que Lysandre s'arrangeait pour quitter le château, plus ou moins régulièrement pendant quelques heures, un véritable branle-bas de combat se mit en place pour connaître l'origine de cette distraction.
Et, optionnellement, savoir si c'était enfin une source de repos (ou au moins de détente) pour leur prince.
Et pour ce faire rien de mieux que les bonnes vieilles techniques, les filatures n'étant pas le système de renseignement le plus compliqué à mettre en place pour des souverains. En outre, le jeune prince ne pouvait guère être considéré comme la personne la plus discrète du palais, ce qui n'était pas pour compliquer la tache de ses vigiles. C'était à peine s'il changeait de tenue pour mieux se fondre dans la foule des quartiers périphériques. Toute la cour pourrait le reconnaître en un coup d'œil mais, en vérité, il n'avait pas besoin de plus pour se balader en ville sans jamais être remarqué. Il ne faisait donc face à aucune difficulté pour atteindre un petit quartier, plutôt modeste, en particulier.
Rien ne le différenciait vraiment des autres, même agencement autour d'une petite place, mêmes maisons, une boulangerie dans un coin, une forge pas loin. Tout pour plaire à l'âme tranquille de Lysandre, en soit. D'ailleurs, aucun habitant du château ne fut surpris d'apprendre qu'il s'était dégoté une place d'apprenti au près du forgeron. Finalement, tout le monde s'organisa pour que la jeune altesse puisse profiter amplement de ses escapades. Et c'est ainsi qu'il n'y eu plus de réclamation ou dossier à traiter, ni de réunion à présider, et que même les dîners de courtoisie disparaissaient, laissant un étrange trou dans l'emploi du temps du futur souverain, une fois toutes les deux semaines en moyenne. D'accord, d'accord, il pouvait arriver, parfois, de temps en temps, que ce ne soit qu'une fois par mois, il est vrai.
YOU ARE READING
Thanateros
FantasyOn raconte qu'autrefois, les feuilles bruisseront de mille contes et qu'il suffira de tendre l'oreille pour entendre l'histoire d'un monde pas si lointain. Avec un peu de chance, parmi les intarissables babillages des forêts, plaines et prairies, ar...
