Elise était allongée sur la banquette du salon de notre minuscule appartement en train de surfer sur le net. Je lui jetait quelques coups d'œil de temps en temps, elle était définitivement enjouée à l'idée d'entrer à la faculté d'histoire le lendemain matin. Elle avait toujours été comme ça : débordante d'énergie et de joie. Quoi qu'elle entreprenne, le succès lui souriait toujours. Son secret ? Le travail, l'acharnement, l'optimisme. Et c'est ce côté qui m'a toujours plu chez elle, être à ses côtés était une grande chance pour un garçon comme moi.
De mon côté, j'appréhendais cette rentrée. Après une réorientation, les études dans l'art semblaient être ma voie, du moins c'est ce que j'espère.
J'ai toujours été plus angoissé que ma petite amie. Pourtant, j'ai eu une vie heureuse et tranquille. Vous pourriez trouver ça ennuyeux. Evidemment, j'ai deux ou trois anecdotes sympathiques à raconter aux inconnus. Des anecdotes qui ont ce don incroyable de me faire passer pour "le garçon trop stylé" que je ne suis pas bien entendu.
-Léo, tu veux bien préparer à manger ? Je meurs de faim !
-Bien sûr, que désirerai la demoiselle ?
Elle se laissa tomber sur le côté du canapé en regardant le plafond d'un air hésitant.
-Aucune idée. On a quoi dans le frigo ?
Je me suis donc baissé afin d'être à la hauteur du minuscule frigidaire d'étudiant avant de l'ouvrir et d'être forcé de constater qu'il était désespérément vide.
-Il nous reste du jus de fruit. C'est nourrissant ça non ?
Elle me lança un coussin en pleine figure avant de me lancer sur le ton de l'humour ;
-Qu'est-ce que tu es bête ! Je vais m'occuper des courses si tu veux, on risque de manger un peu tard mais bon, c'est le prix à payer si on veut se remplir l'estomac ce soir !
-Ca me convient, on se dit à dans une heure du coup, le temps que tu prennes le métro..
-C'est ça ! Du coup je ne tarde pas plus, j'y vais de ce pas !
Elle attrapa ses bottines, se vêtit de son long manteaux beige, déposa un bisous sur mes lèvres et la voilà partie.
Je me suis précipité vers la fenêtre veillant à ce qu'elle soit bien partie, et me suis rué vers la salle de bain en toute hâte.
J'ai claqué la porte derrière moi et me suis enfermé à double tours avant de sortir mon smartphone et j'ai ainsi commencé à me vouer à de sombres nécessités.
Elise m'avait toujours rendu raide dingue d'elle. Au départ, nous n'avions jamais réellement rencontré de difficultés dans notre vie intime, puis depuis quelques mois, elle a commencé à devenir hermétique à tout cela, ça ne l'intéressait plus. Je n'ai jamais réellement compris pourquoi, en réalité c'est arrivé du jour au lendemain. Alors j'ai respecté ça, et j'ai commencé à me débrouiller seul.
Ne pas avoir de vie sexuelle partagé n'est pas une fin en soi, c'est juste.. particulier.
Alors que je m'activais à la tâche, j'ai commencé à ressentir comme une frustration. Comme si je ne me suffisait plus. Mon désir était bien supérieur au plaisir que je ne me procurais. J'étais avide de sensation, assoiffé de jouissance, je serrais mon sexe de toute mes force entre mes doigts, mes dents étaient plantées dans ma lèvre inferieure, j'étais impuissant. J'ai donc donné un grand coup de pied dans l'étendoir qui se renversa. Tout plein de vêtements à son bord se retrouvaient désormais à terre.
-Léo ?! Tout va bien ?
Un sursaut électrique pris possession de mon corps.
-Elise ?
-Je suis allée à l'épicerie juste en dessous finalement, je n'avais pas le courage de prendre le métro jusqu'au super marcher, il fait trop froid. Je.. Tu veux bien ouvrir cette porte ?
Elle força à plusieurs reprises sur la poignet faisant un vacarme sourd.
-Oui oui c'est bon, j'arrive.
-Tout va bien au moins ? J'ai entendu du bruit.
J'ai donc ramassé du mieux que je le pouvait l'étendoir ainsi que la pile de vêtements, avant de me rhabiller et ouvrir la porte. Elise m'attendait derrière les bras croisés.
-Quoi ça va, j'étais juste aux toilettes et en m'asseyant je me suis cogné à l'étendoir c'est tout.
-C'est marrant ça, je n'ai pas entendu la chasse d'eau, en revanche la chute de l'étendoir était limpide. Bref, j'ai acheté de quoi faire des crêpes ce soir, ça te va ?
Elise a toujours été une reine des fourneaux ainsi que du contrôle. Rien ne peut lui échapper. Ses crêpes comme toujours étaient parfaites, c'est fou à quel point cette fille ne rate jamais rien. J'aimerai bien l'y voir, juste pour une fois.
J'ai passé la soirée sur mon smartphone a regardé les actualités de mes amis du lycée. C'est fou ce que ça me manque d'être entouré, de rire sur des choses débiles, d'avoir quelqu'un à qui raconter mes petites histoires nulles de garçon peu intéressant. Vous allez me dire, j'ai toujours Elise, mais je trouve que c'est quand même très différent. Ma copine me connait par cœur, elle sait déjà tout de moi. Elle n'a plus rien à apprendre et je n'ai plus rien à lui raconter étant donné que depuis que l'on vît ensemble, ma vie tourne autour d'elle et les seuls scoops que j'ai à lui transmettre s'arrêtent au fait que j'ai croisé la voisine en pantoufles dans l'escalier. De plus, elle ne veut même plus coucher avec moi. (Elise, pas la voisine évidemment.)
Mais bon, que voulez vous espérer de mieux que madame parfaite pour vous accompagner dans la vie ?
Parfois je suis tenté de penser que la vie ne me réserve plus aucune surprise, qu'elle en a fini avec moi et qu'elle m'a déjà fourré dans les affaires classées sur lesquelles on ne reviendra pas car c'est très bien comme ça et pourquoi voudrai-je que cela change ? Pourquoi quitter cette existence tranquille alors que je suis un privilégié ?
Parfois, le destin a deux coups d'avance sur vous, souvenez vous en, c'est important pour la suite.
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Bubble Gum
RomanceLéo était un étudiant ayant la vingtaine, un appartement avec sa petite amie, un talent en dessin inouï qui lui a permis d'intégrer l'une des écoles d'art les plus réputées du pays. Avec une vie aussi bien tracée, des parents aimants et une situati...
