J'aurais aimé que les choses se passent autrement. J'aurais aimé ne pas sombrer dans les eaux profondes du désespoir non plus, ne pas m'y noyer, tenter de garder la tête hors de l'eau peut-être, aussi. Mais tout s'est écroulé, comme à chaque fois. Au départ l'herbe te transporte, et te réconforte. le ciel ne te paraîtra jamais aussi haut, et l'herbe aussi pure. La nuit devient fantastique, les lumières et la musique font parti de toi, et tu fond en elles, comme une nouvelle excursion incroyable, un voyage extraordinaire, au temps indéfini. Puis tu te rappelles. Et d'un coup, tout s'écroule. Tu ne pense qu'à te fondre dans le néant stupide de cet univers sans sens, et à cesser d'exister. C'est souvent à ce moment là que tu te rends compte de combien, chaque choses que tu entreprends, ou que tu as pu entreprendre, chaque choses qui t'arrive, où t'es arrivée, ne sont juste qu'un gros tas de rien. Voilà ce que je vis ces derniers temps. Je ne vais pas m'étaler sur le sujet, mais je m'appelle Azalée Brown, j'ai 17 ans et 5 mois, et ça fait deux ans que je sombre dans l'enfer de la dépendance. Le point est vite fait. J'ai des parents basiques, qui pensent que ma vie est parfaite et que je suis la fille la plus saine de cette planète de fourbes. Ils sont bien, mais alors, bien aveugles. et surtout trop occupés par leurs boulot et leurs petites gueules pour se rendre compte que je suis en pleine auto-destruction. Mais ça, ce n'est qu'un léger détail. Dans tous les cas je ne m'en sort plus, plus du tout. Hier soir, j'ai vécu la nuit la plus dégueulasse de ma pauvre vie de foutue merdeuse. J'ai été invitée chez Lucy, une bonne amie moi, pour une soirée "défonce". Je suis rentrée, j'ai posé mes affaires dans l'entrée et je me suis repomponnée devant le miroir du couloir qui mène au salon, puis j'ai rejoint tout le monde. La routine. C'est alors que j'ai senti l'odeur. J'ai failli m'interrompre au milieu d'une phrase, l'odeur était si forte. Lucy était à l'autre bout de la pièce mais je l'ai vue qui regardait autour d'elle et j'ai compris qu'elle l'avait sentie aussi. L'atmosphère devenait lourde, et je ne savais plus si je devais m'enfuir ou rester. Puis je me suis retournée et un des gars de la soirée m'a passé une clope de H. A partir d'ici, c'était déjà finit pour moi. Je voulais être battue, déchirée, défoncée comme jamais. Jusqu'à ce que je vois Lucy et Eden, son copain du moment, entrain de tâter de l'héroïne. Et puis l'excitation m'est montée en les voyant préparer les doses. La horse est une sensation géniale, différente de tout le reste. Je me suis sentie toute ensommeillée, au ralenti, merveilleusement légère, comme si je flottais au-dessus de cette réalité désastreuse, celle de tous les jours, très haut dans l'espace. Mais juste avant d'être trop défoncée pour savoir ce qu'il se passait, j'ai vu Lucy et cet espèce d'ordure avec qui elle sortait, changer de programme, et partir au speed. Sur le moment, je me rappelle m'être demandée pourquoi son ami s'énervait alors qu'il nous avait merveilleusement endormies, et c'est seulement après que j'ai compris que cet enfant de salaud nous avais traitées brutalement comme un sadique, et qu'il nous avait avait violées. Quand on est enfin redescendu sur terre, Lucy et moi, on en a discuté, longtemps. Et c'est là que j'ai disjonctée. Toute la saloperie qui marchait de pair avec la drogue commençait à rendre l'addition vraiment lourde. Alors j'ai décidé que j'allais être vigilante, et que j'allais stopper toute cette connerie, cet engrenage toxique, que j'allais en sortir, coûte que coûte, et que surtout, j'allais en sortir. Mais avant de commencer quoi que ce soit, il fallait faire un point sur ma vie qui dégringolait à vue d'œil. Alors ce point, je le fait au présent. J'ai seulement 17 piges, et j'ai déjà foutu en grande partie ma vie en l'air. Je n'ai personne dans ma vie, amoureusement parlant. Et non, l'acide ainsi que M.Pantoufle, mon ours en peluche, ne comptent pas, même si j'aimerais bien. Mais je pense qu'il me faudrait quelqu'un, bien que cela me fasse assez peur. La dernière personne avec qui je suis sortie, m'a permise de garder la tête hors de l'eau, de ne pas retomber dans les abysses de la dépendance, pendant un temps. Et enfin de compte, elle m'a noyée dedans, au moment où j'avais encore plus besoin d'elle pour ne pas être emportée par le courant. On apprécie. Donc non seulement, j'ai pas spécialement envie de me faire détruire une nouvelle fois, ça, j'y arrive largement seule, mais en plus, l'amour, ça me laisse un peu comme une gueule de bois: à vomir. Exemple: Le copain de Lucy là, Randen, Loden, Eden, j'ai déjà oublié comment il s'appelle, quand on va chez Murphy's Burger & Jam, et qu'il lui lance son portefeuille en disant:
KAMU SEDANG MEMBACA
au-dessus des nuages
Acak"J'ai essayé de vous l'raconter, de vous raconter à quel point mes nuits étaient devenues longues. J'ai essayé de vous l'raconter, de vous raconter à quel point mes pensées étaient devenues sombres." Azalée Brown a 17 ans et 5 mois. cela fait...
