La chaleur écrasait les quelques passants à l'extérieur, se hâtant de fuir les températures estivales, en vaine quête d'un peu d'ombre ou de fraîcheur. Les chapeaux colorés des femmes n'offraient que peu de réconfort à ces dernières et la rue semblait s'assoupir dans une torpeur paresseuse. Même les garçons de café et les commerçants, d'habitude si bruyants, semblaient avoir rendu les armes devant l'assaut des températures caniculaires. On les voyait, avachis, aplatis à leurs tables ou leurs comptoirs, attendant un éventuel client qui se faisait bien rare.
L'homme écoutait la petite musique du monde, au-dehors. Les fenêtres étaient entrouvertes et un timide courant d'air jouait avec les fins voilages tirés. Les persiennes ne laissaient entrer que de minces filets de soleil, dans lesquels des grains de poussière dansaient. La chambre était petite et le lit défait sur lequel il était couché en occupait une bonne partie. Une petite penderie, ornée de miroirs passés, aux angles usés par le temps, ainsi qu'une petite table et une chaise complétaient l'agencement de la pièce.
Au plafond, un ventilateur poussif brassait l'air brûlant. L'homme aurait pu l'éteindre ; pour ce qu'il était utile ; mais il s'était habitué au léger bruissement des pales, et, après tout, pourquoi ne pas profiter de toutes les prestations que la chambre offrait...
Il tendit le bras vers sa table de chevet, la carafe d'eau qui s'y trouvait, et se servit un grand verre qu'il but d'une traite. Foutue chaleur.
Il se leva et s'approcha des fentes des volets. La chambre était au premier étage du petit hôtel et il pouvait voir l'ensemble de la rue. Il ne s'y passait rien de plus qu'une heure plus tôt, lorsqu'il avait déjà tenté de jeter un coup d'œil à l'extérieur. Il consulta sa montre, une fois de plus. Presque 3 heures de l'après-midi.
Viendrait-elle aujourd'hui ?
Il soupira et relut, une fois de plus, la courte lettre qu'on glissa sous la porte de son bureau, il y avait trois jours de cela.
« Cher Monsieur Midgard,
On m'a dit que vous étiez l'homme qu'il me faut pour la situation délicate dans laquelle je me trouve. Je vous expliquerai tous les détails lorsque nous nous rencontrerons, si vous l'acceptez, à l'hôtel Mirabeau, à l'angle des rues Trachel et Vivaldi, dans le 5e. Prenez la chambre 104. Je viendrai dans 3 jours, en espérant vous y trouver.
J'ai vraiment besoin de vous...
À très bientôt,
Mlle Mystery. »
Avait-il bien fait de répondre à cette invitation ? Mystery ne pouvait évidemment être qu'un nom d'emprunt. Pourquoi faire appel à ses services et ne pas donner son vrai nom ? Pourquoi ne pas frapper à la porte de son bureau, plutôt que de glisser un billet sous sa porte ? Et de quelle aide pouvait-elle avoir besoin ?
Quand il y pensait, c'était probablement à cause de cette accumulation de mystères qu'il avait cédé et était venu, malgré le peu d'éléments dont il disposait, dans cet hôtel miteux. « Foutue curiosité, un jour elle m'attirera des ennuis ».
Mais c'était la curiosité qui avait poussé Marc Midgard à choisir la profession de détective privé. Mettre son nez dans les affaires des autres. Tel était son métier. Métier dans lequel il pouvait se targuer d'exceller, par ailleurs. Mais il fallait bien reconnaître qu'avec les années qui s'accumulaient, il commençait à faire le tour du boulot. Au fond de lui, il espérait que ce n'était pas encore une de ces femmes qui voulait prouver les aventures extra-conjugales de son mari volage. Voilà qui représentait 90 pourcents de ses missions, mais aussi de son chiffre d'affaires.
Cependant, même si les statistiques étaient en faveur de l'adultère à prendre en photo, quelque chose, au fond de lui, était titillé, et il voulait en savoir plus.
Il n'y avait plus qu'à attendre, le plus patiemment possible. Impossible de sortir de la pièce, de peur de manquer l'inconnue. Les seules sorties, courtes, qu'il s'autorisait consistait à se rendre dans les toilettes qui se trouvaient sur le palier. Comment savoir, d'ailleurs, s'il n'avait pas manqué le rendez-vous pendant ses brèves absences ?
« Je dois me fixer une limite, pensa-t-il. Si elle ne vient pas d'ici 24 heures, tant pis, j'abandonne. »
Il regarda à nouveau sa montre. 16h15. « Donc demain à 16h15, je quitte les lieux. Et tant pis pour elle. Elle n'avait qu'à venir plus tôt. » décida-t-il.
La soirée s'annonçait aussi chaude que la journée. Il regarda à nouveau la rue qui se remplissait peu à peu de promeneurs tardifs et de fêtards bien décidés à trouver du réconfort dans une boisson dont le degré d'alcoolémie égalait ceux de l'air ambiant. Toujours pas traces de Mlle Mystery...
Quel nom d'emprunt ridicule, d'ailleurs ! Pourquoi ne pas signer X à la limite ?
Il réussit à s'endormir péniblement, entre les draps sentant la transpiration.
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La rue
ParanormalMarc Midgard est détective privé. Il a reçu un message mystérieux lui promettant une nouvelle enquête. Il doit attendre le passage d'une femme - Mlle Mystery - dans une chambre d'hôtel, afin d'en savoir davantage. Malheureusement pour lui, les chose...
