MERCREDI 24/06/2020 - 18H15
J'étais assise, seule, sur un banc, face à l'immeuble où vivait Maya. J'étais assise, seule, depuis des heures sur ce banc. Chaque personne entrant et sortant de cet immeuble me donnait la boule au ventre. J'espérais la voir, j'avais hâte de découvrir qui elle était devenue mais j'étais aussi très nerveuse.
Quatre ans qu'elle ne m'avait pas donné signe de vie, quatre ans qu'elle n'avait répondu à aucune de mes lettres lorsque j'étais hospitalisée. Nos vies s'étaient séparées devant un immeuble comme celui-ci ; nos vies s'étaient brisées à cause d'un accident. Nos vies étaient totalement différentes désormais.
Je la vis enfin ! Habillée d'un simple jean, d'une veste oldschool noire et jaune avec des chaussures montantes. Elle s'arrêta devant l'immeuble et regarda son téléphone. Elle sourit ; sûrement quelqu'un d'important qui venait de lui écrire un message touchant. Elle mit quelques secondes pour répondre à son interlocuteur et entra dans le bâtiment.
Ça aurait était le bon moment pour me lever et aller lui parler, mais j'en étais incapable, comme paralysée. Mes jambes ne voulaient plus obéir à mon cerveau. Alors je suis restée là, seule sur ce banc, devant l'immeuble où vivait Maya.
JEUDI 25/06/2020 – 19H48
Depuis ma sortie, je redécouvrais la ville. Ses monuments historiques, ses magasins, ses bars, ses restaurants et ses habitants.
J'avais à peine de quoi m'acheter un sandwich alors, comme hier et le jour d'avant, je piochais dans les poubelles. Jamais je n'aurais cru faire ça un jour ! Vous seriez étonnés de savoir la quantité de produits comestibles que l'on peut trouver dans les poubelles de Paris.
Et puis je me suis retrouvée de nouveau assise sur ce banc, seule, face à l'immeuble. Je regardais les passants, un par un. Certains étaient pressés, d'autres avaient l'air heureux, énervés ou même terriblement malheureux.
Notre corps parle, nos expressions et généralement nos yeux sont les premiers à nous trahir lorsqu'on veut cacher quelque chose à quelqu'un. Mes yeux devaient certainement en dire long sur moi. Une vieille dame m'avait donné une pièce de deux euros, une jeune fille m'avait laissé son fond d'Ice Tea et un homme m'avait offert un sandwich. Je les avais tous remerciés de leur générosité.
Quelques pas plus loin, un homme d'une quarantaine d'années était allongé à même le sol avec son chien. Il était aussi mince que son animal de compagnie. Même si j'étais dans le besoin, cet homme avait plus d'appétit que moi. Son corps parlait à sa place. Sans le réveiller, je lui laissais la nourriture que les passants m'avaient généreusement offerte.
VENDREDI 26/06/2020 – 20H58
Trois jours. Trois jours que je suis assise sur ce banc, seule, à regarder ce bâtiment face à moi. A voir ma sœur rentrer et sortir de celui-ci. Trois jours que je n'ai pas eu le courage de me lever et d'affronter la réalité. Maya avait l'air d'être heureuse et d'avoir réussi dans la vie. Depuis quatre ans, je n'ai pas arrêté de m'imaginer cette scène ; cette fameuse scène où je me retrouverais face à elle. Dans mon imagination, cela paraissait toujours simple et facile, mais le souci avec la réalité c'est qu'elle est dure à accepter...
Elle était là, la réalité. Face à moi, de l'autre côté de la route. Maya venait de sortir de l'immeuble, un carton plein de bouteilles en verre vides dans les bras. Elle se dirigeait vers la poubelle de tri et commençait à les jeter, une par une.
Quand on y est confronté, il ne faut jamais laisser passer nos opportunités. Il arrive parfois qu'on en ait plusieurs mais on ne sait jamais quand ce sera la dernière.
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SKAM FRANCE - BECCA
FanfictionQuatre ans que Maya ne m'avait pas donné signe de vie. Elle n'avait répondu à aucune de mes lettres. Je devais lui dire certaines choses, cela me paraissait impossible. « Rien n'est impossible tant qu'on ne l'a pas tenté » me disait-elle, alors Maya...
