Je suis réveillé, je ne bouge pas, le dortoir a beau être entièrement rempli, il est parfaitement silencieux, pas un souffle, pas un mouvement. Les lumières s’allument et la sonnerie retentit. Cette sonnerie me hante. Celle-ci est toujours synonyme d’une nouvelle dure et harassante journée. Je retire mon drap, me lève et enfile mes chaussons, je refais mon lit rapidement, les gestes sont mécaniques. Je regarde autour de moi, on dirait des automates, seuls les plus jeunes, les 4ème, ne tiennent pas la cadence, certains sont toujours dans leur lit, leurs voisins les réveillent d’un violent coup de pied dans un pied du lit, les belles au bois dormant se réveillent paniqués et se lèvent en quatrième vitesse. Les plus vieux sont déjà immobiles, droits, au pied de leurs lits attendant les Marcus. Je me presse de les imiter en entendant des bruits de pas dans le couloir. La porte s’ouvre dans un grand fracas détonnant avec le silence pesant qui suivit. Deux Marcus sont à la porte du dortoir, ils s’avancent dans les rangs en fixant chacun de nous avec leurs yeux froids et inexpressifs. Une fois passé devant moi je commence à écouter leurs pas, pesants et parfaitement synchronisés. Mais l’un des deux ralentit, jusqu’à s’arrêter net, je me retourne, un petit, arrivé il y a deux jours, dormant tranquillement sous les yeux du Marcus. Celui-ci lève doucement le pied et l’abat sur le sol d’une telle force que le claquement retentit en écho dans toute la pièce, le pauvre petit gars se réveille d’un coup en grognant, mais en ouvrant les yeux, il croise le regard de Marcus et se fige, il est coincé, comme un lapin acculé par un chasseur, le Marcus reprend sa marche laissant le petit tétanisé sur son lit. Une fois arrivé au bout de la pièce ils se retournent et appellent différent noms : Nick, Harry, Gin, Marco et Marth. Ils leur demandent de se rendre au bureau de Marc dans les plus brefs délais. « Quand à pierrot, continue-t-il, il peut d’ores et déjà rassembler ses affaires, son départ est prévu pour ce soir 18 heures » Le pauvre petit pierrot ne bouge pas mais une larme coule le long de sa joue. Personne ne sait réellement ce qu’il passe lors du départ, tout ce que l’on sait, c’est qu’on disparait sans aucune trace. Le dortoir entier se dirigea tel un seul homme vers les sorties, en prenant la direction du réfectoire. Je me place devant ma chaise assigné, chaque fois que je lève les yeux sur tout ces enfants au garde a vous devant leur place, je me pose la même question : « Mais punaise qu’est ce qu’on fout là » ? Mon incompréhension est telle que je l’ai chuchoté, mon voisin me donne un coup de coude discrètement. Je me remets immédiatement à fixer mon assiette, un Marcus prend un porte-voix et nous cria de s’assoir. C’est ainsi que l’horloge commence, un tic tac qui reprend et s’arrête, ce qui rend chacun des repas stressant comme pas permis, on prend une bouchée à chaque tic, de sorte que tout le monde doit avoir fini de manger au 55ème tic pour le petit-déjeuner. Il a retentit, l’horloge s’est arrêté. Marcus ne prend pas on porte-voix, j’observe le réfectoire, c’est un pur miracle, tout le monde a fini à temps. Personne ne s’ajoutera à la longue de sanctions aujourd’hui. Je sors dehors et m’échauffe tranquillement… « Neil, Levi, Corine et Anaïs, vous serez les têtes de file aujourd’hui » après avoir entendu mon je me dépêche de me placer sur la ligne de départ. Je jette un coup d’œil à l’horloge centrale, celle-ci est cœur de tout l’internat, au sens figuré comme au sens propre, elle est au centre du complexe et nous donne l’heure. Ici tout est gouverné par le temps, chaque minute compte et tout est paramétré a la seconde près. L’horloge est là pour nous aider à ne pas être en retard ainsi qu’à nous stresser car tout retard est puni sévèrement. 7h40, je commence à courir, les plus vieux me suivent, ils sont tous répartis en ligne derrière moi à distance équivalente. Notre parcours est plus long, je dois accélérer la cadence. A 7h45 on atteint le vieux chêne, je suis dans les temps. 7h51 je vois les salles de classes, ce n’est pas bon, il faut aller plus vite. 7h55, on n’a pas encore atteint le terrain d’athlétisme, je n’aperçois même pas la cantine, je me retourne et crie : « On est trop en retard, il va falloir sprinter !
-On avait deviné ! me répond le gars juste derrière moi.
Je commence à accélérer petit à petit. 7h57 je vois la piste, ce qui veut dire plus que 500 mètres, c’est faisable, mais est-ce qu’on va tenir la cadence ? Je ne veux pas risquer un coup d’œil derrière moi, de peur de perdre l’équilibre. Il faut que tout le monde arrive en même temps. Je cours, je cours, 7h59, la ligne d’arrivée est là, juste là. J’y suis, je m’arrête, reprend mon souffle, je ne me retourne pas, je n’ose pas le faire. Marcus se tient devant moi, je lève les yeux et croise son regard, il me sourit, ça veut dire quoi ? J’ai réussi ? Ou il trouve cela drôle de me voir dans cet état ? Il prend la parole, je retiens mon souffle
« Corine, Anaïs et Neil votre score est bon, Levi… Tu iras faire un tour chez Marc ce soir après le dîner.
-Comment ? Pourquoi ? Je ne suis pas dans les temps ?
-Oh non, Ton temps est parfait.
Je me retourne, mes voisins ont la même incompréhension que moi sur leurs visages,
-je ne comprends pas, quel est le problème ?
-Retourne-toi.
-Je l’ai fait et on est arrivé à temps !
-Retourne-toi. Son visage reste impassible
-Mais !
-Retourne-toi
Je me retourne encore une fois et je vois toujours pas où est le problème, je me décale et observe la file dans son entièreté. Quelque chose ne vas pas, Je commence à compter. Il manque quelqu’un, mais s’il manquait quelqu’un on le saurait ! Il y aurait un espace entre 2 personnes dans la file. D’un coup je comprends, le dernier de la file, ou plutôt la dernière, Leïla n’est pas à sa place, où est-elle ? C’est Marcus qui répond à mes interrogations
« Leïla est tombé au 2 tiers du parcours, tu es donc tenu pour responsable de sa chute »
C’est irréel, elle est tombée mais c’est ma faute ?! Malgré mon indignation je baisse les yeux et attend docilement la suite des évènements.
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l'internat
Science-FictionUn internat stricte, coupé du monde. Enfermé sans rien connaître de son passé ou du monde extérieur, il faut faire de son mieux pour y trouver une place.
