"Un royaume dépend de son armée, son armée de son peuple, son peuple de son roi."
- Sir Hodrik
***
Il scrutait des tableaux et des tapisseries de ses ancêtres depuis un moment. Il faisait clair dans le long couloir où il se tenait.
Il se recueillit quelques instants devant le tableau de son père, un homme fier au visage dur qui restait à jamais son modèle. Il s'arrêta sur quelques détails de la peinture. L'accoutrement cérémonial de son père lui donnait un air très sérieux. Dans ses souvenirs, il était joueur. Du moins, il l'avait été, avant la guerre de Damir d'où il n'était jamais revenu. Il ne restait qu'un cercueil vide qui avait pris sa place dans la caveau royal.
Machinalement, ses doigts effleurèrent la petite amulette qu'il gardait secrète et il fait une courte prière à Soya. Elle était la grande guide des défunts, une divinité propre à Lacryma, chargée de guider les morts à travers le vaste monde de l'Après-Vie. Elle était souvent représentée comme une grande gemme aux cheveux noirs, avec des vêtements amples et d'une blancheur éclatante. Soya ne jugeait jamais les morts; elle ne faisait que les guider. Il se retira poliment, après lui avoir demandé de continuer de veiller sur le père qu'il avait perdu.
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Ce jour-là, Hodrik avait rendez-vous avec sir Malik,un petit chef de village situé au nord de Melas, la capital de Lacryma. Malik était un homme plein de bonne volonté et toujours prêt à soutenir le royaume. C'était un homme âgé qui devait se ménager, mais il avait insisté pour venir au rendez-vous en personne. Quelle que soit la raison, elle devait être grave.
L'après-midi touchait à sa fin quand Malik entra dans la salle de réunion du roi. Il était muni d'une canne et d'un long chiffon. Il avait le visage terrifié, à croire qu'il venait de rencontrer le démon Dumorot en personne. Désormais, sa barbe était peu entretenue et il semblait très faible.
"Malik, mon ami! Quelle folie t'a poussé à entreprendre le voyage pour venir jusqu'ici?" dit Hodrik d'une voix fraternelle en ouvrant ses bras.
"Sir, " répondit Malik en tremblant, les yeux pleins de larmes, "mon village ... votre peuple ... Nous sommes victimes d'une malédiction. Que dis-je, mon seigneur ... De sorcellerie! Damir a détruit nos récoltes, nos femmes sont devenues stériles et plusieurs enfants sont tombés malades. C'est de la sorcellerie, votre majesté!"
"Allons mon ami, reprends-toi. " conseilla Hodrik d'une voix douce et amicale. "La sorcellerie, c'est pour les enfants. Les sorcières, la magie et les malédictions n'existent pas."
"Mais mon seigneur, je suis venu avec une preuve." Mali sortit de son chiffon une épée de Damir. Elle était longue et fine. C'était de loin l'œuvre la plus incroyablement parfaite. Sa prise en main et sa garde étaient irréprochables. "C'est une lame de Damir. Voyez par vous-même, sir."
Hodrik observa la lame. Pas de doute, il s'agissait bien d'une lame de Damir. " Effectivement ... Où l'as-tu trouvée? "
"Dans mon grenier, sir. Cachée. J'ai demandé à mon fils si c'était lui qui l'avait mise là, mais il m'a déclaré qu'il ne l'avait jamais vue. "
" Je ne vois pas le rapport avec la magie..."
"Vous ne sentez pas la magie noire qui se dégage de cette arme? Le sang qu'elle a versé, les vies qu'elle a volées ?! ..." s'étonna Malik, agacé.
"Mon frère, toutes les armes tuent et versent le sang. C'est la guerre, pas de la sorcellerie." déclara calmement Hodrik en posant sa main sur l'épaule de son vieil ami.
"Bien ... Je comprends. Tu dois me prendre pour un vieux fou... Mais Hodrik ..." Malik regarda un instant le roi droit dans les yeux, " Je sens quelque chose. Je te le dis. Ton père m'a toujours fait confiance. Cette arme n'est pas normale ... Retiens-le. S'il te plaît."
Déconcerté, Hodrik avait réussi à parler avec assurance.
"Je n'oublie pas mon ami. Tout comme je n'oublie pas ton passé, tes services rendus à la cour. Tu peux partir en paix."
Il était surpris. Pour la première fois en quinze ans, Malik le tutoyait.
"Sir."
Le vieux chef du village fit une révérence. Épuisé, il sortit de la salle en laissant l'épée qu'il avait apportée,derrière lui.
Seul, le regard perdu sur l'épée abandonnée sur la table, le roi resta pensif.
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