Comme tous les matins, mon réveil sonna et je l'éteignis. Comme tous les matins, je m'emmitouflai dans ma couverture, peu décidée à me lever. Comme tous les matins, ma mère toqua à la porte et appela mon nom. Comme tous les matins, je me précipitais devant le miroir de la salle de bain attenante à ma chambre, remplie d'espoir. Mes yeux étaient gris : j'avais sommeil. Comme tous les matins, je souhaitais avoir assez peu dormi pour qu'ils restent de cette couleur presque banale. Si j'y parvenais, je n'aurait plus à essuyer les moqueries de mes camarades de classe. En pensant à ce que je subissait durant mes journées de cours, mes yeux virèrent au violet. Comme tous les matins. Dépitée, j'allai dans la cuisine prendre mon petit déjeuner.
Plus tard, dans le bus, je gardais la tête baissée, ma capuche camouflant en parti mon visage. Je ne voulais pas que l'on voit mes yeux. Depuis toujours, ils étaient changeant. Et depuis mon passage à l'adolescence ils étaient restés violet, la couleur de la souffrance. J'avais tout un tas de photos de moi petite. Mes yeux jaunes devant mon gâteau d'anniversaire, rouges dans une grosse colère, indigos quand mon doudou avait perdu une patte, verts fluo parfois quand ma mère me faisaient manger des épinards. Jamais petite mes yeux n'avaient été violets. Je secouais la tête, chassant ses pensées trop douloureuses pour moi.
En descendant du bus, je m'arrêtai quelques secondes, le temps de prendre une grande inspiration. Je marchais ensuite vers mon lycée, d'un pas lent et peu assuré. Je montai directement jusqu'à ma classe: pas besoin d'aller dans la cour quand on a pas d'amis. J'attendais devant la salle que la sonnerie retentisse et que le professeur vienne m'ouvrir. Je sortis mes écouteurs pour patienter en musique.
«Eh la sorcière ! »
Entendis-je au loin
Les cours n'avaient même pas commencé que j'avais déjà des ennuis. Le groupe des "populaires" arrivait dans le couloir, face à moi. J'avais essayé les lentilles de contactes colorées, pour cacher mes yeux changeant, mais je ne supportais pas de les porter plus d'une heure. Sans cette incompatibilité, je n'aurais pas eu à encaisser les moqueries des autres adolescents. Je fermai mon carnet et me redressai. Je fixais mes yeux violines dans ceux verts du "leader" du groupe. Je me préparai mentalement aux moqueries qui allaient suivre. J'avais l'habitude maintenant d'être traitée de sorcière, de démon et autres créatures surnaturels rarement amusantes et câlines. Je m'attendais au piques des garçons et aux rires suraiguë des filles qui les accompagnaient. Après une liste non exhaustive de monstres mythologiques, je reçus un coup de poing au niveau de l'œil qui me fit basculer en arrière, accompagné d'un "rentre chez toi la harpie !" haineux. Si je m'étais préparée à toutes les piques, moqueries voir insultes, celle là je ne m'y attendais pas. La sonnerie retentit comme ma sauveuse. Je me relevai tandis qu'un flot d'élèves assaillait les couloirs et que les professeurs rejoignaient leurs classes. Notre professeure nous fit entrer et quand je passai devant elle, elle m'arrêta. Elle examina mon visage et je devinai qu'un bleu commençais déjà à apparaître autour de mon œil. Ma peau marquait facilement malgré sa couleur légèrement mate. La professeure me fit signe d'entrer et ferma la porte derrière elle. Je m'installai à ma place, tout devant et tout à droite, seule sur une table pour deux. La professeure se posta devant son bureau, les mains appuyées sur celui-ci. Elle embrassa la salle de classe d'un regard et pris la paroles :
« Je suppose que vous savez tous que, au lycée, certaines aides sont mises en place pour les victimes de harcèlement ou de violence physique. elle me regarda avec insistance avant de reprendre. Je suppose aussi que vous savez tous qu'il ne faut pas se taire si, chez vous, vous subissez des coups ou autre maltraitance. elle me regarda à nouveau avant de continuer. Je suppose également que vous savez que ce n'est pas parce que quelqu'un est différent qu'il est forcément mauvais. »
Mon cœur se tordis et le regard de ma professeure se posa encore une fois sur moi. Une lueur passa furtivement dans ses yeux et je devinais qu'elle avais vu mon mal-être. Elle se tourna vers la classe.
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La Couleur de la souffrance
ParanormalAmbre n'est pas une adolescente comme les autres. Sa différence pousse les autres à la mettre à l'écart ou à la maltraiter. Pourtant avec un peu d'aide, elle pourrait apprendre à vivre avec sa différence.
