Gouttelettes

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T'es tu déjà senti comme ça ?Sentir ton corps parcouru de fourmi. Non, je ne fais pas allusion àc elles qui sont désagréables, douloureuses, après avoir été dans une même position.

Je parle de cette sensation qu'on aime sans doute trop. Oui, trop puisque on reprends ce rituel régulièrement. Normalement tous les majeurs connaissent, même si j'avoue que les adolescents connaissent trop tôt cette chose...


L'amour ? Non, à côté de la plaque. L'orgasme ? ... Nop !


Imagine.


Ferme les yeux, imagine ton corps qui respire. Ta vie. Là, dans cette petite chose qui contient ton esprit. Imagine. Simplement.


Tu es là debout, sur tes deux jambes.Les bras le long du corps. Tu sens tes vêtements toucher ta peau,quand tu respires ?

Tu ressens le poids de ce que tu tiens dans ta main forte ?

Cette bouteille, ton co-pilote des belles et mauvaises journées. N'importe prétexte lui offre le partage de ta vie.


Alors ? Cette bouteille de houblon dont la condensation, te rends les phalanges glacées. Peut-être même...humide. Tu la sens ?


Avoue, tu regardes ta main qui enlace le verre qui contient la dernière goutte du breuvage ensorcelant ?

Bref, tu es debout, là avec ta bouteille. Tu ressens un tas de choses. Bla bla bla. Tu es un peu couillon comme un pic au milieu de ta pièce. Alors bouge, et vas vers la fenêtre. Tu sais ? Celle qui es à quelques étages pour te donner une vue sur le monde, dans ta résidence. La vue ?Simple mais, une rue en sens unique où les voitures sont stationnées d'un côté. Un trottoir assez large pour deux poussettes et être ornée d'un arbre, un lampadaire, un arbre, puis un lampadaire et encore un arbre, ainsi de suite... Passons à ce qui a de plus sympa.Un mur typique des siècles passés qui a été restauré. Son grillage en fer et ses dorures qui clôture et embelli ce parc.Surtout ce portail immense digne d'une grande famille.

De là haut, derrière ta fenêtre, tu vois tout le parc. Les sentiers, les bordures, les fleurs, les arbres, les bancs, les oiseaux se poser dans la verdure entretenue.Tu peux même voir un point d'eau avec une petite fontaine qui a son charme. C'est sympa des fois de regarder les sportifs, promeneurs,passants emprunter ces sentiers.

L'heure tardive, coupe les éclairages du parc, le plongeant dans un noir absolu. Le nombre de lampadaires dans la rue double. Non, pas avec l'effet de la bière... Les toits des voitures reflètent ces globes dorés.

Oh ? Tu entends ce délicat bruit ? La nature qui déferle sur les toitures, dans les gouttières et dans les caniveaux. La pluie, oui. A la fois mélancolique et qui pourtant révèle d'autres perspectives quand elle laisse sa trace à l'aide de flaques.


Des phares se projettent dans la rue.La voiture passe dans un roulement d'eau, appréciable qui résonne dans l'appartement.

Ton regard se pose sur la voiture rouge, garée juste en bas. La pensée part et se bloque sur un cliché. Si, si un cliché ! Ca ne sera pas une voiture de luxe,ni une sportive. Non. La voiture rouge, c'est la voiture qui traverse les générations. La voiture qui a vécu autant de choses que la famille qui se la partage. D'ailleurs, elle tousse un peu maintenant au démarrage. La fumée blanche c'est pas tellement celle du café qui laisse une bonne odeur...

Bon ! Ce carrosse, alors il appartient à un étudiant qui galère à se payer des pâtes ?Après des semaines de dingues à courir entre les bancs de la fac et les petits boulots ?

Et pourquoi, ce ne serait pas une mère célibataire, qui profite de ce que la vie lui laisse après un divorce dont le mouchoir à couter cher ?

Oh non ! Juste un passionné de la troisième génération, qui gardera la voiture de sa grand mère même quand les roues prendront le large.


Tu sais quoi ? La goutte qui vient de surgir dans ton champ de vision et qui glisse et bouscule les autres sur ta fenêtre ? Elle stoppe ton jugement. Mais pas ton imagination. Alors ? Ta huitième bouteille de bière de la soirée que tu as dans ta main. Tu la ramène à ton œil et tu joues au corsaire. Alors la longue vue ? Sympa, non ?


Tu le vois le SUV brillant du banquier ou de la mère parfaite ultra classe ? Les autres qui se suivent de Monsieur et Madame tous le monde, où seulement les goodies suspendus au rétroviseur intérieur les personnalisent ?

Celle qui est bâchée depuis que la rue a été mise en sens unique. Assez d'argent pour se payer un bel appartement mais pas suffisamment pour avoir un garage. C'est un peu con.

Et enfin la préféré de tous !La ventouse. Celle qui est en bon état et qui pourtant n'a jamais bougé. Même les feuilles font du composte au gré des saisons, sur les grilles d'aération et sur le toit.


Un flash surprenant suivi d'un grondement, te fait baisser ton attirail qui veux être échangé contre une plus fraiche.

Tournons les talons dans ce fracas de pluie sur les vitres, pour s'éblouir avec la lumière blanche du frigo.


Tu les sens encore les fourmis ?Tes lèvres endormies ? Que tu aimes pincer avec tes dents en souriant et rigolant brièvement ?

C'est pas mal, mais allons y pour la dernière. Bien fraiche. Decapsuleur. Le bruit du métal qui ricoche sur le plan de travail en bois. La trace de cul de bouteille, qui se transforme une trace de main glissée.


Qui suis-je pour juger à quel type de personne correspondrait des voitures dans la rue, alors que je bois seule plusieurs bières durant la nuit ?

L'excuse qu'elle soit négative ou positive, tout est bon pour justifier ce gaz alcoolisé et désaltérant.


Comment se lasser, de cette sensation agréable. Cette manière de sentir son corps, son esprit dans une légèreté digne d'un nuage. Qui j'avoue parfois peut-être accompagné de pensées néfastes. Pourtant, les cadavres en verre permettent de dormir paisiblement.

Les maux du lendemain, donnent naissance à des promesses qu'on ne tient jamais. Pourquoi vouloir arrêter pour de bon, quand ça fait du bien et du mal. On aime bien ça. C'est humain après tout ?

Si, c'est humain ! Juger en évitant sa propre remise en question. Eviter d'assumer les conséquences.


Passer à travers les gouttes...


Vous avez jamais continué de parler à quelqu'un qui vous a fait du mal ? Cette même personne au final vous lui trouvez toujours des excuses pour poursuivre les interactions avec elle. Ca vous fait du bien en vous faisant du mal.

L'alcool c'est un peu la même chose.Ca vous apaise puis, le lendemain , modération vous laisse regretter les levées de coudes. Et pourtant, vous allez recommencer.


L'humain aime la souffrance.


Pour te dire...Stories to obsess over. Discover now