« Cette fille est différente ». C'était le titre du livre qui menaçait de tomber du gros chariot débordant de livre à l'entrée de la bibliothèque. En lisant le titre j'ai pensé à elle. « Elle ». Évidement. Comment ne pas y penser ? J'ignore pourquoi mais depuis plusieurs semaines mon esprit ne cesse de faire des liens avec elle. Elle occupe mes pensées le jour , se promène dans mes rêves la nuit et je la reconnaît à travers n'importe quelle objet. Comme ce livre. Perdu dans le labyrinthe de souvenir que je partage avec elle, je ne m'étais pas rendu compte que Alexia était revenu à notre table avec un énorme dictionnaire.
- Adri ? Ça va ? T'es avec moi ?
- Oui excuse moi, je suis fatigué c'est tout.
Elle me sourit et secoue doucement la tête en provoquant une charmante valse de boucle blonde.
- Je comprend, je commence à fatiguer aussi... Elle lève les yeux au ciel en soupirant et reprend :
- On a qu'à continuer le reste en classe, je reprend le dico chez moi pour faire une liste ça te vas ? Elle se leva avec l'élégance d'une comtesse. Elle regarda les rayons de livres avec mélancolie comme si elle avait passé toute sa vie là et que les quitter lui faisait mal. Gêné par ce silence nostalgique je lui dis :
- Vas y, je dois encore chercher quelques livres pour Français. Elle me regarda, surprise sûrement que je fasse des recherches pour ce cours que je déteste.
- Pas de soucis, on se voit demain ?
- Si on est toujours là. Ai je dis en souriant. Son sourire à elle c'est décomposé un instant avant que son masque de porcelaine ne revienne.
- À demain Adrien. Elle me souria à nouveau, d'une manière triste cette fois et s'en alla. Mon esprit redirigea son attention sur le livre qui était maintenant à côté du chariot. On distinguait sur la couverture rouge, une fille au cheveux brun, qui danse. Je pourrai imaginer qu'elle ressemble à celle qui occupe ma tête sans relâche mais cette dernière est bien trop exceptionnel pour la comparer à une simple photo de couverture. Elle n'est pas seulement belle, son charme dépasse l'imaginable. Ses yeux sont si foncé que son regard reste inaccessible, trop occupé à dévorer les moindres choses sur les quelles il se pose. Je m'arrête. Oui. Je dois arrêter de penser à elle, qui ne pense certainement pas à moi d'ailleurs. Il faut que j'arrête de la visualiser : son corp, son sourire, le pli sur son front, ses falanges qui deviennent blanche lorsqu'elle s'énerve, sa parole, son rire et jusque la légère trace de boue qui ne quitte jamais ses chaussures. S'en est trop pour aujourd'hui. Elle va finir pas m'envahir, tout entier, jusqu'à ce que mon esprit ne puisse plus détaché ses pensées d'elle.
