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Cinq Novembre deux mille quinze. J'ai trépassé. Certes, de l'intérieur. Je n'étais vivante qu'extérieurement. Ton message, ta réponse m'a tué. Clairement. « Oui ». « Oui », tu me quittais. « Oui », toi et moi c'était fini. « Oui », ton amour pour moi n'existait plus. « Oui », ''nous'' était désormais sans valeur. « Oui », tu partais. Tu n'étais pas là, toi, quand j'ai lu ce « Oui ». Généralement, quand on dit « Oui », c'est « oui » on s'aime pour la vie, non ? Et bien là, à priori, c'était '' « Oui » je te quitte''. J'ai reçu ton message, il était seize heures trente-quatre. On était le jeudi cinq novembre deux mille quinze, seize heures trente-quatre. J'étais dans le hall du bâtiment D du lycée. Elle était avec moi. J'ai lu, lu, et relu une troisième fois ton message. Je me souviens très bien, c'était sur les chats de Snapchat. Je n'y revenais pas. « Oui ». Je relu. Une fois. Deux fois. Trois fois. Quatre fois. Cinq fois. Sur le coup, je ne crois pas avoir bien compris. Alors je relu encore. Une fois. Deux fois... Cette fois ? J'avais très bien saisi. C'était clair. Net. C'était fini. Terminé. J'ai lâché le téléphone de ma pote. Il tomba. Ma vision se troubla sous l'apparition des larmes. L'une d'elles s'évada de mon oeil. Puis une deuxième. Puis, toutes se sont mises à couler en trombe. J'ai hurlé. « Nooooooon ! ». Elle s'est retournée ; m'a toisé. Ses yeux me questionnaient. Je savais ce qu'ils me demandaient : « Qu'est-ce qu'il se passe ? ». Mais tu vois, même mon regard était incapable de répondre. Mon cri avait raisonné dans le hall. Tous, se sont retournés un à un. Tous, m'ont dévisagé. J'étais immobile comme paralysée. Elle m'a emmené dehors. « Tu dois prendre l'air », m'avait-elle dit. En effet, j'en avais besoin. Respirer un peu... Respirer ? J'en étais incapable. J'avais l'impression que chacune des bouffées d'air qui me pénétraient me glaçaient les poumons, le coeur, la gorge, les veines, jusqu'à mon cerveau...
« Mon père ». C'était à peu près tout ce que j'avais réussi à murmurer. Il fallait que je l'appelle. Je ne savais pas exactement ce que j'avais à lui dire, mais je devais lui parler. Qu'est-ce que je voulais lui dire ? Je n'en savais rien. J'ai composé le numéro : 06.62... Première tonalité. Mon estomac, encore survivant à l'apocalypse de ma vie, se refroidissait et se tordait, lui aussi. Deuxième tonalité. Mes intestins en faisaient de même, s'entremêlant. Troisième tonalité. Il n'allait pas tarder à répondre. En effet, la quatrième tonalité n'a pas retenti.
- Allô ?
- Papa !
- Oui ?
- Il est parti, papa. C'est fini. Il est parti. Il est parti. Il est parti, papa ! C'est fini. C'est fini j'te dis ! Il est parti...
- Mais non, ce n'est rien. Il va revenir. Laisses faire le temps.
Le temps ? Je n'en avais pas ; je n'en avais plus. C'était fini, pour moi aussi. Elle comprit donc alors le pourquoi de mes pleurs, de mes cris, et de mon manque d'oxygène. Elle me prit dans ses bras. J'avais – en effet – besoin qu'on me prenne dans des bras, mais c'était les tiens que je voulais autour de moi. Je me suis mise à trembler. Beaucoup. On aurait pu penser à une crise d'épilepsie, mais ça n'en était pas une. Mes paupières se sont mises à papillonner... En l'espace de quelques instants, je m'endormis...
Dix-sept heures huit. « Le réveil ». Non ! Je ne voulais pas me réveiller. Ce quart d'heure de « sommeil » m'avait été fort agréable. À un point si tu savais ! Tu sais pourquoi ? Parce que tu étais là. Avec moi. On était tous les deux. Comme avant. J'étais dans tes bras, contre toi. Tu me murmurais « je t'aime », comme avant. Nos doigts étaient entremêlés, comme pour ne jamais se lâcher. Or, à mon réveil, ils étaient, et nous étions séparés.
Je ne parlais toujours pas. Du moins, tenir une conversation n'était pas dans mes
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capacités du moment. Je ne voulais pas et ne pouvais plus parler. Sauf à une personne. Elle seule était en mesure de me comprendre. Peut-être. Il m'a suffi de murmurer son prénom pour que mon amie comprenne : Karine. Son numéro était enregistré. Elle cliqua. Ça sonna.
- Oui ?
- Karine !
- Oui ma puce ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Il est parti, Karine. C'est fini, tout est fini. Tout. Absolument tout. J'peux plus, moi. C'est fini, il est parti. C'est fini. Fini, il m'l'a dit ! « Oui » qu'il m'a dit ! J'ai l'droit d'partir, moi aussi...
- Quel... !
- Laisse tomber... C'est fini...
- Respire ma puce. Je vais lui parler. Reprends-toi.
« Reprends-toi ». Elle avait dû entendre au timbre de ma voix que je tournais dingue, sans réelle raison de respirer, à présent.
« À présent » ? Quel présent ? Il n'y en avait plus. Plus rien n'avait de sens. Même ton « oui », perdait son sens. Étais-tu sérieux ? Pensais-tu vraiment ce que tu m'avais balancé les derniers jours ? Est-ce que tu reviendrais sur tes paroles ? Est-ce que tu reviendrais, tout simplement ?
« Oui », tu pourrais revenir, comme ça, sans un mot, sans rien dire. Juste me prendre dans tes bras, me serrer contre toi, en m'embrassant. Putain, ouais ! Reviens...
Cette pensée était à la limite de m'offrir du rêve, mais la réalité me submergea soudainement, et douloureusement. Mon amie me rattrapa, à la limite d'à nouveau m'endormir. Elle m'accompagna jusqu'au bus 214.

A Travers ToiWhere stories live. Discover now