Princesse

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Il était très vieux, le dos voûté et les cheveux argentés. Il n'était pas très haut, mais avait un physique assez musclé pour son âge. Mais il avait un problème. Il avait l'Alzheimer, comme une certaine portion de la population. Mais il n'en souffrait pas. C'était plutôt ses proches qui y voyaient un problème. Surtout la mère de la famille, Sophie White, fille de cet homme, Albert Lee. Elle avait toujours un air triste quand je la voyais sur la véranda, à travers ma fenêtre.

J'étais le voisin de la famille White depuis un an, mais je connais déjà tous leurs problèmes. Je parlais parfois à madame White et elle me racontait que son père ne sait pas où il se trouve. Elle a mentionné qu'il oublie très souvent ses proches et ne se rappelle pas de la mort de sa femme. Elle a dit qu'il croit parfois qu'on est encore en 1939. Il avait 15 ans quand la guerre a commencé et comme chaque personne avec l'Alzheimer, il possédait des trous de mémoire. Mais une chose était assez intrigante, il se rappelait de son chien, Princesse. Un petit corgi que la famille a acheté pour leur grand-père adoré après la mort de Suzanne Lee, femme d'Albert. J'ai entendu qu'il s'est vraiment attaché au chien.
Probablement, suite au décès de l'être aimé, monsieur Lee devait diriger son amour vers quelqu'un. Mais les premiers symptômes sont apparues bien avant.

Même si l'Alzheimer de monsieur Lee causé beaucoup de la peine pour sa famille, surtout dû au fait qu'il parlait peu à ses proches, car il avait toujours peur de quelque chose, et passait tout son temps avec Princesse, la vie de la famille White était assez régulière. Les proches d'Albert ont réussis à apprivoiser la maladie et vivre avec. Et tout allait bien jusqu'à moment où Princesse s'enfuit de la maison.
J'ai réussi à comprendre que le chien n'était plus à la maison, car trois jours consécutifs, je ne voyais plus monsieur Lee promenait Princesse à 7 heures du matin (il le faisait chaque jour, sans aucun retard). D'abord, j'ai cru qu'Albert n'était plus en vie. Cela expliquerait aussi pourquoi Sophie ne buvait plus de thé sur son patio. Mais, un jour, quand je m'en allais au collège, j'ai vu une affiche. Sur cette dernière, en lettre majuscule, était écrit:《Attention, chien perdu!》. Sous ce titre se retrouvait une photo de Princesse avec les contactes de Sophie. C'est à partir de ce moment, qu'on s'est rapproché avec la famille White. Avec Sophie, on cherchait tous les soirs les alentours. Mais aucun signe. Le chien avait comme disparu.

Albert ne sortait plus de sa chambre et refusait de parler à quelconque. Sophie m'a dit qu'il lui arrivait souvent de se réveiller au milieu de la nuit et de commencer à crier, parce qu'il ne reconnaissait plus sa chambre. Il refusait de parler à ses proches, les insultait souvent à cause de ses trous de mémoires et craintes constantes. D'habitude, Princesse réussissait à le calmer, mais comme elle s'est enfuie, ses crises devenaient de plus en plus graves. Sans Princesse, il se sentait probablement seul et perdu.

Un jour, le matin, en buvant un café et en se préparant pour aller étudier, j'ai vu monsieur Lee sortir de la maison. Avec une laisse. Alors j'ai cru que Princesse est revenu à la maison. J'ai souri en mélangeant mon café. Mais quand j'ai vu qu'est-ce qu'il promenait sur la laisse, j'ai failli m'étouffer avec ma boisson. Sur la laisse, il avait un pot avec un cactus. J'ai jeté un regard furtif vers l'horloge accrochée sur le mur. 7 heures du matin. Il promenait cette plante comme un chien! Comme Princesse! Il croyait probablement que c'était elle qu'il tirait par le cou. Il n'a pas mis de vêtements, il était seulement en sous-vêtements avec des pantoufles. Il tirait sur la laisse en tirant le cactus derrière lui. Son regard était perdu, j'avais l'impression que mentalement, il était absent. Il avait l'air d'être très loin. Trop loin pour être atteint par quelqu'un. C'est alors qu'une pensée a traversé ma tête. Si on ne retrouve pas Princesse bientôt, les conséquences seront horribles.
Rapidement, je suis parti à la recherche de Princesse. Je cherchais partout, dans la forêt proche de notre quartier, dans tous les parcs, dans chaque ruelle. Je cherchais longtemps, trois jours de suite et je dormais très peu. Je savais que je devais trouver le chien. Le chien...

Il ne sortait pas de ma tête. N'importe où je me dirigeais, je cherchais le chien. Je perdais espoir et j'ai arrêté de chercher.

Quand soudainement, le quatrième jour, j'ai entendu un aboiement derrière ma porte. Il n'était pas fort, mais très déplaisant. J'étais prêt à sortir de la maison, pour chasser le chien, quand soudainement j'ai remarqué un petit ruban autour de son cou. Ce dernier ressemblait extrêmement à celui que portait Princesse. Soudainement, j'ai compris que c'était Princesse, le chien enfuit. Extatique, j'ai attrapé Princesse et l'amène avec moi chez la famille White. Je priais que je ne sois pas en retard, que je pouvais encore sauver Albert.

Je suis parti en courant vers la maison de mes voisins, juste à travers la rue.
Je suis arrivé, mes jambes tremblaient doucement. De la sueur ruisselait sur mes tempes, tandis que je cognais de toutes mes forces sur la porte d'entrée. Des petits pas se sont faites entendre à la maison. La porte s'est ouverte lentement. Je m'attendais de voir Sophie, mais il n'y avait personne dans la maison. C'était comme si la porte s'était ouverte seule. Je suis resté paralysé pour un petit bout de temps, quand soudainement j'ai entendu des bruits. Ils n'étaient pas très forts, mais assez pour se faire entendre. Le son était étrange. Court. Sourd. J'avais l'impression que quelqu'un mastiquait de la viande et l'avalait rapidement.

Mon imagination s'affolait, des images de monstres carnivores qui dévorent leurs proies, leurs longues griffes et dents extrêmement pointues, capables de déchirer la chair. Mon coeur a accéléré. Mes doigts gelaient et mes jambes tremblaient davantage.

-Voulez-vous quelque chose? Dis-une petite voix douce.

Mes yeux sont tombés sur une petite figure proche de la porte. Une petite fille avec des cheveux noirs jusqu'au cou et des yeux bleu claire se tenait sur le seuil en mangeant des petits cubes d'ananas qui étaient dans un bol. Elle portait une petite robe blanche et des petites chaussettes grises. Mon coeur continuait de battre rapidement. Elle avait l'air d'un petit ange. Aussi douce. Une phrase, très courte et simple, a traversé soudainement ma tête:《à moi...》.

-Ta mère, est ce que ta mère est là? J'ai forcé ces mots à sortir de ma bouche.

-Oui!

À ce moment, j'ai entendu des pas dans la maison, derrière la petite fille. C'était Sophie. Elle était devenue plus maigre qu'avant avec des cernes sombres autour des yeux. Ses mains étaient croisées sur sa poitrine, comme si elle essayait de se réchauffer.

C'est alors que j'ai compris que c'était terminé. Son visage me le montrait. Nous avons perdu. Albert était parti... pour toujours. J'ai baissé ma tête, triste, et me préparais à partir, quand Sophie m'avait lancé:

-Les funérailles sont dans deux semaines.

Le coucher du SoleilStories to obsess over. Discover now