Prologue

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C'était le moment. Les oreilles légèrement bouchées, Alice regarda le paysage parisien. Rien à voir avec le faste new-Yorkais, elle voyait des champs à perte de vue, des maisons et des voitures minuscules qu'elle imaginait comme des Playmobil comme lorsqu'elle était enfant. Elle déglutit péniblement, une technique que les plongeurs connaissent pour déboucher les oreilles lorsqu'il y a de la pression, et qu'elle appliquait à chaque fois que son avion dans lequel elle se trouvait atterrissait.

Elle adorait les phases de décollage et d'atterrissage, c'était pour elle comme une attraction, avec un début et une fin, comme une histoire. Cette fois-ci c'était la fin, la fin d'une année entière passée à New York, qui s'écoula trop vite à son goût. Elle eut un léger sourire lorsqu'une femme à côté d'elle se pinça fortement le nez en soufflant pour déboucher ses oreilles.

Alice voyait le sol se rapprocher avec appréhension, et s'il était trop tôt pour rentrer ? Et si elle faisait une erreur en voulant recommencer ce qu'elle avait laissé il y avait un an ? « Il est trop tard de toute façon, pensa-t-elle, il est trop tard de serrer les fesses quand on a chié dans son froc », elle remercia silencieusement son grand-père de lui avoir laissé cette expression en héritage. Elle regarda le ciel qui s'éclaircissait légèrement au gré des minutes, la journée allait être ensoleillée en ce début septembre, cela l'a réjouit. Les trains d'atterrissage touchèrent le sol, il y eut deux ou trois rebonds, puis l'immobilité totale. Le commandant de bord passa son annonce de bienvenue, et commença à amener l'avion jusqu'au terminal. Alice depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne avait toujours trouvé cela long et ennuyeux. Mais cette fois-ci du fait de son angoisse de revenir en France, le temps fut étrangement raccourci. Tout en s'étirant, elle enleva sa ceinture de sécurité et se leva. Elle se mit à genoux sur son siège et regarda la rangée de derrière. Son amie Louanne semblait somnoler, elle lui tira gentiment les cheveux, puis lui pinça le nez pour lui signifier qu'elles étaient arrivées.


« -Laisse-moi tranquille ! dit-elle d'une voix plaintive.
- Nous venons d'arriver à Paris, bouge, ils vont bientôt ouvrir les portes de l'avion, s'exclama Alice.
-Je te trouve impatiente pour quelqu'un qui n'a fait que de nous retarder pour prendre cet avion, soupira Louanne en ouvrant un œil.»


Elle n'avait pas tort, Alice attendait avec beaucoup d'appréhension les retrouvailles, un an s'était écoulé, et pourtant elle n'éprouvait aucune joie d'être rentrée. Elle secoua la tête, pas la peine de se stresser avant même qu'elle ne descende de l'avion. Quelques minutes plus tard (et des efforts titanesques pour extirper Louanne de son siège.), les deux amies sortirent de l'avion. Le commandant de bord et une hôtesse de l'air se trouvaient à la sortie, et les saluèrent avec un accent américain. Louanne lorgna avec insistance le commandant, les yeux papillonnants. L'hôtesse vit l'échange de regards et parut irrité. Alice tira par le bras son amie, elle n'avait aucune envie d'un scandale, mais elle avait l'habitude de ce genre de situation. Son amie avait tendance à draguer tout ce qui bougeait et de sexe masculin. Heureusement, c'était bientôt la fin de leur périple, arrivée au tapis des valises, elles attendirent avec patience, la première valise sortie, et tourna durant une demi-heure, sans trouver preneur. C'était la fameuse valise qui n'avait pas de propriétaire comme si les porteurs de bagages mettaient une valise « blague ». Quelques minutes plus tard, celle de Louanne arriva, elle était reconnaissable entre mille. Bien plus grande que la moyenne, elle était de couleur rose fuchsia, et portait des autocollants qu'on pouvait trouver dans les magazines Vogue Voici. Comme à son habitude, Alice attendait la sienne, et comme toujours depuis aussi loin qu'elle s'en souvienne son bagage arrivait toujours le dernier sur le tapis, ou pas du tout. Elle se rappelait en souriant de la première fois qu'elle était partie en Israël, sa valise avait fait un aller simple pour Singapour, une erreur qui lui avait valu d'emprunter les caleçons et les t-shirts de son ami Martin durant une semaine. Heureusement, elle avait pu la récupérer et redonner les affaires du pauvre Martin qui était à court d'habits. Souvent, les amis d'Alice étaient étonnés de voir à quel point elle pouvait jouer de malchance, un « mauvais karma » comme dirait l'une de ses meilleures amies Tamara. La jeune femme n'était pas superstitieuse, mais il était vrai que régulièrement elle se posait des questions. Elle se précipita sur le tapis lorsqu'elle vu sa valise bleu marine toute cabossée, et elle fut soulagée. Peut-être qu'après tout la roue pouvait tourner, que c'était un bon signe pour le futur. Sans vouloir s'attarder, Louanne et Alice se dirigèrent vers la sortie, un petit groupe les attendait, pancarte à la main « Bienvenue Lou et Ali ». Une grande masse blonde courue vers Alice et lui sauta dans les bras :

«- Tu m'as trop manqué, ne repars plus jamais aussi longtemps s'il te plaît !» s'exclama Perrine sa petite cousine. Alice se recula pour la regarder, elle avait 17 ans maintenant, et avait bien grandit. Elle se fit la réflexion que plus les années passaient plus elle devenait jolie, elle avait un nez fin, de beaux yeux bleu azur, une bouche pulpeuse et de longs cheveux blonds qui lui tombaient sur les épaules. Perrine lui souriait, elle n'avait plus son appareil dentaire et dorénavant elle était plus grande qu'elle. Alice se tourna vers le reste du groupe, ils étaient tous là, sa mère, son père, sa grand-mère, et la famille de Louanne. Après une brève étreinte à ses parents, sa grand-mère la prit dans ses bras et la serra tellement fort qu'elle eut du mal à respirer :


« Alors ma petite chérie, c'était comment New York ? Ton cousin n'a pas été trop dur avec toi ? Est-ce que tu as bien mangé au moins ? Tu es toute maigrichonne ! On va remédier à ça, j'ai préparé des pommes de terre au beurre chez tes parents ! ».

Après un au revoir en coup de vent à Louanne et sa famille, Alice se dirigea vers le parking en compagnie des personnes qu'elle aimait le plus malgré son appréhension de les retrouver après un an resté loin d'eux. Sa famille.

Et ce n'est que le début des emmerdes ,ma pauvre fille, susurra la petite voix tapis dans l'ombre.


On ne badine pas avec la vieWhere stories live. Discover now