Depuis la crête de ce toit, face à mes yeux, je scrute le ciel, je laisse mon esprit errer dans les airs, je me colonise mon corps afin que les infimes particules que draine le silence me soient perceptibles, qu'aucune substance dont est fait l'invisible n'échappe à la lecture que je souhaite faire du temps matinal.
Sur mon visage, la vie paraît fade, une certaine lassitude cerne les contours de mon regard, une inquiétude prend de l'ampleur puisque l'instant, quoiqu'il me semble propice, reste indécis, la fécondité textuelle n'est pas instantanée, la spontanéité dont j'ai toujours fait preuve s'affiche dubitative, elle est claudicante, sa valeur herméneutique ne me convainc pas, les mots que j'use pour dire ce que me raconte l'instant matinal ne sont pas à la mesure de ce que perçoit mon esprit libéré de la légèreté de la chair.
Je ne force rien, bien au contraire, je laisse toute la liberté au poète qui me hante de s'élever afin saisir la lettre que respire le vent frais, d'où je hume le tendre parfum de l'herbe fraîche et verdoyante, répandant à l'air libre l'odeur de sa régénérescence ; je m'enivre de la tiédeur dont se couvre le temps avec la belle lumière de ce soleil timoré cajolant un amas de nuages remplis des nuances colorées, que je ne sais distinguer avec exactitude de quelle teinte il est fait.
J'attends que la magie se produise, que mes oreilles se remplissent des murmures de la vie, qui se meut au-delà de ce que mon regard ne sait suivre, mais que mon esprit peut percevoir dans toute sa splendeur et la plénitude de ce qui se construit derrière les apparences. Quand j'atteins le summum de ma perplexité, c'est là que l'étincelle s'allume et que le texte incendie la paroi de mon cerveau. Comme un beau cadeau de la Providence.
