Chapitre I

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Hellena était seule chez elle, comme d'habitude. Aussi loin que remonte ses souvenirs, elle a toujours vécu en solitaire et ne quittait que très rarement son appartement. Et depuis toujours, sa vie est une interminable routine, où le même programme se répétait chaque jour à l'identique.

Elle se lève vers huit heures, prend sa douche, écrit jusqu'à midi où elle déjeune, se remet à écrire jusqu'au soir où elle dîne, ce qui signifie la fin de sa journée de travail, puis après lis quelques romans avant d'aller dormir, pour se relever le lendemain et répéter la même boucle indéfiniment. Cependant, il y a de rares moments qui sortent de l'ordinaire : lorsqu'elle reçoit une lettre, dont elle connaît le contenu à l'avance à chaque fois à quelques détails près. Mais ces lettres n'arrivent qu'à de très rares jours, et le 17 septembre 2019 faisait partie de ces derniers.

Quand Hellena se leva, ce matin de septembre ensoleillé, elle ne portait qu'un pantalon de tissu et un débardeur des plus classiques, sur lequel retombait ses longs cheveux châtains encore ébouriffés. Et tous les matins elle passait devant sa porte, comme une sorte de rituel quotidiens. La lettre qui était au pied de la porte était d'un blanc pur, fermé d'un cachet de cire rouge sur lequel on pouvait apercevoir la forme d'une simple plume, il n'y avait rien d'autre dessus, ni écriture, ni timbre, rien. Elle décacheta la lettre, l'ouvrit et en sortit une feuille blanche plié en deux. Quand elle l'ouvrit, elle put y voir un nom, un prénom, une date et une heure, ni plus ni moins.

                                                           Pâris
                                                    
   Montello
                                           17 septembre 2019
                                                          6h48

Hellena se dirigea alors vers son bureau, une grande pièce uniquement composée d'une bibliothèque presque entièrement vide au fond et d'un grand bureau en bois massif au centre, sur lequel était disposé une importante panoplie de stylo et quelques livres éparpillés. Il y avait également, dans un coin de la pièce, un placard fermé. En dehors de ça, la décoration était plus que sommaire, c'est à dire deux ou trois plantes disposées à divers endroits.

Elle ouvrit le placard, et en sortit un livre au hasard parmi tous ceux présents dans le meuble, étant donné qu'il n'y avait à l'intérieur que des livres contenants des milliers de pages vierges, reliés entre elles par un dos, une première et une quatrième de couverture brun clair, également vierges. Elle le posa sur le bureau, saisit un magnifique stylo plume noir rayé argent, et inscrivit sur la couverture ce qui était marqué sur la lettre mot pour mot, et de même sur la tranche en omettant uniquement l'heure. Après cela, Hellena sortit du bureau pour déjeuner, puis se doucher.
Le café était toujours aussi insipide, et le pain qui l'accompagnait avait toujours aussi peu de goût. Une fois sous la douche, sans qu'elle s'en rende compte, des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Elle savait que ce n'était pas normal, tous ses frères et sœurs étaient différents. Ou plutôt, c'était elle qui était différente. Mais ils ne le savaient pas, et c'était mieux ainsi. Elle ferma le jet d'eau, saisi sa serviette et se sécha avant de s'habiller. Elle ne se maquilla pas étant donné qu'elle ne sortirai sûrement pas aujourd'hui, mais malgré cela, on ne pouvait pas se douter qu'elle avait pleuré. Elle avait l'habitude de le cacher maintenant, pour que personne ne se doute de quelque chose.

Hellena retourna dans son bureau, et s'installa dans son fauteuil noir des plus classiques, mais confortable. Elle empila devant elle onze livres qui étaient éparpillés sur le meuble, pris celui qui était en haut du tas, l'ouvrit, et commença à rédiger à l'intérieur avec un stylo, blanc celui-ci, décoré de simples dorures.
Sur la couverture était noté le nom de Jessica Barret, ainsi qu'une date et une heure. Et Hellena était en train d'écrire sa journée, et ce sera ainsi tous les jours jusqu'à la mort de Jessica.

HellenaWhere stories live. Discover now