4 Juillet 1860

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Nous quittâmes le pont à 14h30 avec deux heures de retard. Nous sommes partis du Sud-Ouest de la France ; de Toulouse, ma ville natale. Tous mes souvenirs d'enfance, tout mon bonheur, mon innocence, désormais perdus dans les méandres de l'océan. Nous avions fait une longue route. J'étais avec mes parents et mon fiancé Pierre Misérabilis âgé de 24 ans. Bourgeois et pathétique dans l'âme.

Je sentais le vent effleurer mes cheveux blond cendré. Le ruban en dentelle qui les retenait volait avec eux. Je sentais l'humidité de mes pieds nus remonter jusqu'à ma poitrine. Je regardais au loin les puissantes et magnifiques vagues. J'ai toujours été passionnée par l'océan et son immensité. Je me rappelais la sensation qui m'envahissait à chaque fois que je nageais. Un sentiment d'ultime liberté et de paix intérieure. Comme si le seul endroit où je pouvais être moi même ce n'était que dans l'eau. Je fus coupée dans mes songes quand mon fiancé arriva, avec son sourire fier habituel. C'était un homme grand, mince et brun aux yeux noisettes. Il était habillé de son couvre-chef et de son costume noir et blanc : tout ce qu'il y a de plus ennuyant. Il me pria de venir dîner puis il me déposa un baiser sur la joue. La table était magnifique comme toujours, ma mère y veillait avec soin. Elle me disait qu'un repas ne servait pas qu'à se nourrir mais aussi à montrer notre richesse et notre "soit-disant" puissance. Je trouvais cela tellement pathétique. Quelques heures plus tard, j'étais dans ma chambre. Je me tournais et me retournais dans mon lit sans arriver à trouver le sommeil. Je me levai et allai chercher l'ancien carnet de bord de ma défunte grand-mère. C'était un magnifique livre en cuir. Sur la couverture était écrit : "carnet de bord de Paulette Aldebert". Sur le dos, plusieurs roses avaient été dessinées, faites vraisemblablement à partir d'un sabre ou d'une flèche. Je l'avais lue et relue. Mais je le trouvais toujours plus intéressant. Elle avait vécu tellement d'aventures, plus folles les unes que les autres : elle parcourait les océans et les mers, les îles paradisiaques et souvent désertiques. Sa vie était faite de vols, de périples et de batailles. A la dernière page, il y avait un dessin. C'était un sabre dont le fourreau était orné de pierre bleue, qui, je suppose étaient des saphirs. Le dessin n'était pas très clair : elle n'était pas doué pour ça. Ma lecture fut interrompue par le lever du soleil. Je décidai alors d'aller me coucher. Mais je ne dus dormir qu'une heure ou deux.

Carnet de Voyage de Rosaline Winson. Stories to obsess over. Discover now