Prologue

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PROLOGUE

Irlande -Province du Connacht - 1601


La flamme dansante de la bougie projetait deux ombres noires et tordues sur le mur, deux ombres aussi noires que les pensées des deux hommes silencieux. Caïn était assis face à Aron, le doyen du village. Ce dernier avait le visage décomposé par le chagrin.

C'est avec douleur que le jeune homme se remémorait, encore incrédule, les événements passés...

Caïn O'Brian s'était installé au village depuis peu. Comme de nombreux catholiques irlandais, il avait dû fuir la répression instaurée par les protestants anglais. Lui, comme tant d'autres, s'était vu repoussé vers les régions les plus désertiques de son pays. Au début, il avait eu du mal à s'habituer à sa nouvelle condition. Petit bourgeois issu d'une famille aisée, il avait toujours connu une vie facile, mais les habitants de ce petit village de la province du Connacht lui avaient fait un accueil chaleureux. C'était de fervents catholiques, et bien que vivant dans une misère prononcée, ils avaient su lui faire une place parmi eux. Là-bas, le vent et la pluie rendaient très difficile la culture, n'offrant pour toute ressource que l'élevage des moutons, et Caïn avait dû s'y faire rapidement. Puis la vie s'était écoulée paisiblement, et Caïn avait fini par apprécier cette vie simple faite non seulement de labeur, mais aussi de convivialité et de bonheurs simples. Les villageois l'avaient adopté et le considéraient comme un des leurs. Il travaillait pour Aron qui gérait le plus grand élevage de moutons de la région. Aron s'était lié d'amitié avec le jeune homme, c'est pourquoi il l'invitait souvent à partager ses repas en compagnie de sa plus jeune fille, Maureen. Caïn avait tout de suite été séduit par la fraîcheur de la jeune fille de seize ans. De longs cheveux bruns encadraient un visage au teint de porcelaine, rehaussé par l'éclat de grands yeux couleur pervenche. Une grande complicité était aussitôt née entre eux, et très vite, les deux jeunes gens s'étaient avoué leur amour. Caïn, surmontant alors son appréhension, avait demandé à Aron la permission de l'épouser, et le vieil homme avait accepté avec une joie non dissimulée. N'ayant jamais eu de fils, il avait fini par éprouver une tendresse toute paternelle pour ce jeune homme, qui, malgré sa naissance, faisait preuve d'une simplicité désarmante. Soupirant d'aise, il avait toutefois demandé aux deux jeunes gens d'attendre un peu afin d'apprendre à mieux se connaître. Caïn, ne voulant pas aller contre les décisions de son futur beau-père, avait accepté de patienter. Ils devaient se marier à l'automne prochain et le printemps était déjà bien avancé. L'attente ne serait donc pas trop longue. Les mois passèrent alors, consolidant un peu plus chaque jour l'amour des deux fiancés.

Mais à l'approche du mois d'août, Caïn avait été surpris de constater un changement dans le comportement de Maureen. Elle qui d'habitude était si sereine et si gaie, s'était subitement renfermée sur elle-même et paraissait triste. La plupart de ses compagnons avaient également changé d'attitude, si bien qu'il crut qu'ils lui tenaient rigueur de quelque chose. Pourtant, il avait beau y réfléchir, il ne se souvenait pas avoir fait quelque chose de répréhensible. Puis il remarqua avec stupeur que les habitants commençaient à barricader portes et fenêtres, aussi, dès qu'il en eut l'occasion il ne put s'empêcher d'aller consulter Aron à ce sujet :

- Que se passe-t-il ici Aron ? Les villageois ont un comportement inhabituel et Maureen semble m'éviter. Qu'ai-je fait de mal ? Et si ce n'est pas de ma faute, je veux savoir ce qu'il y a ! S'il se passe quelque chose de grave dans ce village, je veux en être informé, après tout j'en fais partie à présent, à moins que vous me considériez encore comme un étranger, dit-il en lui lançant un regard suspicieux.

Caïn sentait qu'il commençait à s'énerver tandis que le visage du vieillard restait impassible, les yeux rivés sur sa pipe. Assis à la grande table en chêne de sa maison, ce dernier continuait à bourrer sa pipe calmement, c'est à peine, s'il semblait avoir remarqué sa présence. Puis Caïn aperçut sa jeune fiancée qui s'avançait vers eux, le visage tout aussi inexpressif que celui de son père. Elle avait probablement entendu ce qu'il venait de dire. Elle posa doucement ses mains sur les épaules de son père :

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