La véranda de la propriété Caldwell était sans aucun doute la pièce que Daphné préférait. On y retrouvait un mélange de parfums et de couleurs. Une cinquantaine, une centaine de plantes et de fleurs s'éparpillaient dans tous les coins, sur toutes les étagères. Les grandes baies vitrés donnaient vue sur le jardin infini et le soleil tapait si fort à travers les fenêtres du plafond que la jeune fille avait dû quitter sa veste en laine pour travailler.
Penchée au dessus d'un établi et perdue ses pensées, Daphné se redressa tout à coup, le doigt en sang. La plante qui l'avait mordu la regardait d'un air mauvais. Daphné lui tira la langue. Une réaction qui pouvait paraître bien enfantin mais qui atténua légèrement sa douleur.
— Ne t'ai-je pas toujours dit de porter tes gants en plumes de harpies lorsque tu manipules une telle fleur ? rouspéta le professeur Caldwell en entrant dans la véranda. N'as-tu dont rien appris ces deux dernières années ?
Daphné n'avait pas vu le professeur arriver. Il portait son habituel manteau marron en velours qui lui arrivait aux genoux, sa barbe blanche semblait pousser de jour en jour et cachait son cou à la peau pâle et vieillit. Il avait mis sa calotte olive, celle que portait tous les grands hommes de la ville, ce qui signifiait qu'il attendait probablement de la visite aujourd'hui.
Daphné porta son doigt à sa bouche et grimaça. La fleur entrouvrit à nouveau ses pétales en forme de flammes aussi oranges que la couleur des cheveux de Daphné et ses petites dents claquèrent.
— Je suis désolée, professeur. Elle semblait endormie et je... je n'ai pas fait attention.
— Les reines-diables sont beaucoup plus malines que ce qu'on pense. Va te désinfecter, lança-t-il en désignant la porte. Il ne faudrait pas qu'un nouveau doigt te pousse par-dessus l'autre.
Daphné ne prit pas le temps de demander si le professeur Caldwell plaisantait (il avait cette mauvaise manie de faire des blagues sur un ton très sérieux) ou non et elle sortit de la pièce avec hâte.
— Quelle idiote, grommela Daphné en arpentant les couloirs de l'immense maison qu'elle connaissait si bien désormais.
Deux ans. Voilà deux ans qu'elle était devenue l'apprentie du professeur Caldwell. Un homme éminemment respecté pour ses travaux en botanique et en herbologie et elle venait à nouveau de s'humilier devant lui. Le professeur finirait par croire qu'elle n'était qu'une bonne à rien, incapable d'arroser une fleur correctement.
— Tu parles encore toute seule, lui fit remarquer Donyo qui traversait le mur avec nonchalance.
Daphné sursauta. Le fantôme d'à peine dix ans la fixait sans ciller.
— Je t'ai déjà dit de ne plus passer à travers les murs sans prévenir.
— Un fantôme digne de ce nom n'a-t-il donc plus le droit de faire la seule chose dont il est capable ? Ou alors tu préfères peut-être que je m'annonce avant de traverser un mur. « Attention fantôme en approche ! Veuillez dégager la voie s'il vous plaît ! »
Le visage translucide de Donyo s'éclaira d'un sourire moqueur et Daphné le chassa d'un mouvement de la main.
— Va t-en d'ici. Je n'ai pas la tête à jouer aujourd'hui.
Donyo n'insista pas et partit dans la direction opposée en voletant à quelques centimètres du sol. Sûrement pour se plaindre à madame Caldwell. Oh et puis tant pis.
La chambre de Daphné se trouvait à l'étage, juste à côté de la salle de bains. Elle était certes modeste mais bien assez confortable pour une seule personne. La jeune fille l'avait décoré selon ses goûts. Autrement dit, des pots et des plantes traînaient sur les meubles et des croquis étaient affichés sur les murs. De la terre jonchait le sol et son lit était recouvert d'un tapis de vêtements froissés.
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Les carnets de voyage de Daphné Lovelace
FantasyDans un monde qui place le savoir des sciences au-dessus tout, Daphné Lovelace est apprentie en botanique dans un vieux manoir appartenant au professeur Caldwell. Elle apprécie la tranquillité de sa vie parmi les plantes qu'elle connait par cœur mai...
