"When it comes to you, there's no crimes..."
C'était bien la seule phrase que Hyun avait été capable de retenir de la chanson ! Il chantonnait distraitement, plus concentré sur sa conduite que sur la musique diffusée à la radio. Le col impeccablement plié de sa chemise dépassait de sa veste d'uniforme. Une écharpe bordeaux reposait sur le siège passager de sa voiture de fonction. La pluie coulait à flots sur le pare-brise alors qu'il se garait sur le parking d'un endroit qu'il n'aurait jamais pensé revoir : sa fac.
Les lieux étaient bien différents de ce dont il se souvenait, c'était déjà un long moment auparavant. Il avait perdu le compte des années. Cinq, sept... Peut-être même dix, tiens. Les dortoirs n'étaient plus visibles depuis sa place, les tags ornaient les bâtiments comme les tableaux ornent les murs et les toitures semblaient s'être multipliées depuis qu'il était entré dans la police, en quittant l'académie. Il grinça des dents en constatant que les gouttes avaient l'air de redoubler d'ardeur depuis qu'il s'était arrêté. Lui qui avait espéré passer entre les averses, c'était clairement fichu. Il souffla et passa son écharpe autour de son cou.
La portière claqua en aspergeant un peu plus le goudron d'eau. Hyun ne réfléchit pas plus d'une seconde pour se glisser dans le premier bâtiment qu'il aperçut, ses rangers couinant atrocement sur le linoléum pastel. Ça, au moins, ça n'avait pas l'air d'avoir changé. Il s'avança dans la bâtisse, sur la pointe des pieds. Il régnait un silence quasi-religieux, si on excluait le tapotement aléatoire de la pluie sur le toit et les fenêtres. Quoiqu'en tendant l'oreille, on percevait quelques chuchotements, des cliquetis de touches d'ordinateurs, le déchirement de pages qui se tournaient... Hyun était visiblement arrivé en plein coeur de la bibliothèque universitaire ! Lui qui avait eu l'espoir vain de reconnaître le hall d'un seul coup, c'était plutôt raté.
Quitte à être ici, il s'avança vers le bureau de la documentaliste, histoire d'obtenir quelques indications. La place semblait vide. Une tasse de café fumait sur le rebord du bureau, l'ordinateur était allumé sur un logiciel d'emprunt et un journal trônait sur le clavier. En somme, la table que le jeune homme avait sous les yeux n'avait rien à voir avec le bordel incessant dont il se rappelait. La dame qui occupait le poste quand il avait vingt ans était l'image même qu'il se faisait d'une vieille chouette bohème : pas foncièrement méchante mais autoritaire, bordélique et toujours avec un accessoire ou un vêtement qu'on aurait dit choisi au pif ou encore bourré de la veille. Le souvenir lui arracha un petit sourire.
Ses yeux sombres parcoururent rapidement le gros titre du journal. Les coins de ses lèvres retombèrent. "Une étudiante retrouvée morte dans le parc". Évidemment, la nouvelle avait déjà fait le tour du campus... Il avait oublié à quel point les rumeurs pouvaient aller vite entre de jeunes adultes. Son besoin d'indications se fit bien plus nettement sentir. Il s'appuya contre le comptoir et toussota. Une fois. Deux fois. Trois fois.
"Oui, oui, j'arrive !"
La voix qui lui répondit était bien plus jeune que la dame dont il avait souvenir. Elle devait sûrement être à la retraite. Il pianotait impatiemment sur le bois reconstitué de la console quand on le percuta d'un coup sec. La même voix se confondit en excuses et une pile de bouquins aussi épais que les bras de Hyun se posa sur le bureau. Il haussa les sourcils et une brune apparut derrière les volumes. Elle replaça une mèche ondulée derrière son oreille, remit la pince qui tenait le reste de sa chevelure et toisa le jeune homme avec aplomb. Ses yeux pâles paraissaient sonder l'âme de son interlocuteur.
"Alors, qu'est-ce qui vous amène ? lança-t-elle d'une voix claire malgré le faible volume sonore."
Elle phasa une minute en dévisageant le policier qui lui faisait face. Ce dernier réprimait déjà le sourire qui menaçait de s'étendre jusqu'à ses oreilles. La jeune documentaliste qui lui faisait face avait un visage constellé de taches de rousseur, quelques rondeurs assumées et un regard gris unique qui était sans doute le seul capable de faire sursauter jusqu'à l'âme de Hyun. Il ne lui avait pas fallu plus pour reconnaître Éléanor. Elle se mit à sautiller sur place comme une enfant qu'on amenait à Disneyland.
STAI LEGGENDO
Vestiges des coeurs abîmés
Fanfiction"Les années passaient, les gens avançaient et la vie suivait son cours à la faculté. Hyun Simon ne pensait jamais avoir à y remettre les pieds jusqu'à ce que son commissaire l'y envoie pour résoudre le meurtre d'une étudiante. "Une histoire vite ré...
