Partie 1

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Oscar ouvrit vigoureusement la porte vitrée, parcouru la terrasse de son habituelle démarche raide, héritage de son éducation militaire, et descendit la volée de marches menant au jardin. Où donc était encore passé André ?

Avec agacement, elle avait constaté que, ce matin encore, son compagnon ne se tenait pas dans la cuisine, prêt à la suivre quand elle quittait ses appartements une fois sa collation matinale avalée. Une fois de plus, elle allait devoir se rendre seule à Versailles où l'attendait son devoir ! Oser lui faire ça à elle, son frère d'arme ! Il avait bien choisit son moment pour se défiler, juste quand la grossesse de la reine Marie-Antoinette s'avançait, lui occasionnant un surcroît de soucis.

— Je ne vois pas pourquoi tu te mets dans des états pareils, avait baillé le jeune homme lors de leur dernière altercation à ce sujet. Sa Majesté ne doit plus quitter ses appartements, ce qui te simplifie grandement la tâche pour trois mois au moins. De plus, en raison de ma naissance roturière, je ne suis pas autorisé à approcher la famille royale. Aussi, au lieu de faire le planton devant la porte, en compagnie de nombreux autres soldats qui ne sont que trop ravis de faire leur cour, je puis bien m'accorder quelques jours de congé. Ce n'est pas comme si je faisais réellement partie des Gardes Royales après tout !

D'un geste crâne, André avait rejeté une mèche des lourds cheveux noirs qui lui tombaient devant les yeux. Malgré l'énervement qu'elle contenait de plus en plus difficilement –ou pour lui trouver un dérivatif, elle ne saurait le dire-, Oscar fut saisie par la brillance soyeuse de la mèche dont elle suivit le tracé du regard. Elle ne s'était pas rendue compte que son ami portait les cheveux si longs. Ni que ses yeux, qui la fixaient à présent d'un air d'ingénuité savamment calculé, avait un éclat pareil à celui de l'émeraude. Le frisson involontaire qui l'agita l'affola et attisa sa colère.

— Si tu avais daigné être présent ces jours derniers, tu aurais sans nul doute remarqué tout comme moi l'atmosphère oppressante qui règne au château. Il bourdonne une rumeur à travers les salons, l'on sent des regards appuyés sur la souveraine et son entourage. Cela ne me dit rien qui vaille.

— Sans doute des courtisans désœuvrés qui ont parié sur la date de la naissance ou sur le sexe de l'héritier et qui redoutent de perdre leur mise, avait affirmé André du ton lassé de celui qui a cessé de s'émerveiller de la cour et de ses fastes.

— Pardonne-moi de t'avoir fait perdre ton précieux temps, que tu consacres si utilement à vagabonder... Dieu sait où ! s'exclama-t-elle.

Irritée de voir son intuition dédaignée par son ami, Oscar avait tourné les talons et fait passer sa frustration au moyen d'une longue chevauchée à travers champs.

Depuis cet échange houleux, elle avait à peine échangé deux mots avec André. Celui-ci semblait passer la majeure partie de ses nuits hors de la demeure des Jarjayes et il était souvent endormi lorsque la jeune femme s'en allait à son tour prendre son service auprès de la reine. Mais chaque jour, elle entendait de nouvelles rumeurs concernant la venue au monde de l'enfant de France attendu depuis des années. Certaines histoires tenaient incontestablement de la fable mais d'autres étaient plus alarmantes, se basant sur la stérilité présumée de la Reine qui n'avait pas conçu en sept ans de mariage. La veille, Oscar avait reçu un rapport confidentiel des services secrets du Roi qui confirmait l'existence d'un complot : le duc d'Orléans faisait courir le bruit que la grossesse de Marie-Antoinette n'était qu'une comédie et qu'elle avait l'intention de prendre l'enfant d'une de ses suivantes afin de le faire passer pour le sien. Effrayée des conséquences d'une telle rumeur qui pourrait porter le discrédit sur la Reine et déstabiliser la couronne, elle n'avait quasiment pas fermé l'œil de la nuit.

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