Chaque pas est un supplice.
Chaque fois,
je me dis que ce sera le dernier.
Le dernier avant de m'écrouler.
Dernière danse avant de m'effondrer.
Ultime sacrifice au prix d'une vie.
Je me retourne dans un minime espoir de ne retrouver qu'une simple pente neigeuse.
Une pente nappée de blanc,
couleur révélatrice de paix.
Cette paix inexistante.
Tout est sombre,
obscurément sombre.
Ils sont là, bel et bien là.
Stoïquement présents, vissés dans le silence accablant.
Et nous, on se retrouve tous là,
figés dans le temps.
Et elle, elle est là.
Son parfum et sa silhouette sépulcrale savançant, rôdant, plongeant, fondant à travers les méandres des ténèbres.
Un mélange inquiétant formé de corps agonisants et de sang tapisse le sol, révélateur de l'enfer qui règne sur Terre.
L'Enfer.
Lui qui s'est invité dans ce chaos humain.
Lui qui ouvre ses entrailles et cueillent les âmes perdues,
accueillant les défunts dans cette atmosphère irréelle teintée d'un rouge cardinal.
Malheureux soient ces pauvres hommes, la nuance amarante ne leur apparaîtra pas.
Ils tomberont dans l'oubli, tu sais.
Telle une fleur fanée.
Ils resteront celés dans la nuit de la mort.
Cette flamme élégante, pourpre et envoûtante, n'existera plus.
La vie n'est plus.
Ils ont perdu espoir.
On détache ce grain de sable et toute la plage s'effondre.
Autrefois, la Terre était solide,
elle ne tremblait pas sous le poids des bombes et des corps qui, par milliers, s'effondrent.
Elle ne tressaillait pas au passage des cris de dysthanasie.
Les Kères violentes ne s'étaient pas encore présentées aux portes de l'humanité.
La lune éclairait notre innocence de son halo doré.
On était heureux, tu t'en souviens.
Tu t'en souviens ?!
Ou n'était-ce qu'une illusion ?
Qui suis-je ? Qui étais-tu ? Qu'ai-je donc fait pour subir cet enfer ?
Suis-je encore cette personne qui vivait naïvement à tes côtés ?
Et moi, je te fuis.
Et moi, je la fuis.
La guerre me hantait, me hante et me hantera à jamais.
Elle et ses marionnettes me suivent, me poursuivent, s'agrippent.
Et moi, je les fuis.
Je fuis ce monde barbare où Force est unique loi.
Où seule, Violence règne.
Où les hommes ayant encore une part d'humanité en eux,
ceux qui n'acceptent pas de tuer,
sont considérés comme des traîtres, des déserteurs.
Aujourd'hui j'en suis là.
Tourmenté jour et nuit,
me raccrochant aux fantômes du passé,
attrapant les dernières poussières de vie virevoltant dans le jardin du souvenir.
Perdu dans cette brume vaporeuse des Songes recueillis,
je tente de surpasser ces montagnes de douleurs.
Le monde, la vie, vous, tu, je me manque.
Tout disparaît.
Plus rien n'est réel.
Alors que Éros nous a quitté, Thanatos, lui, nous rejoint, s'inscrivant dans le tableau des Ténèbres.
De son emblème, il l'éclaire.
De son flambeau, il l'illumine.
Obéissant à ce signal rouge,
je l'attends.
Je n'attends qu'elle.
Je l'appelle dans un ultime souffle désespéré.
Je la supplie de venir me sauver.
Je suis esclave de la guerre.
Empreint de la pire des psychoses, celle que l'on pourrait nommer drapétomanie.
S'enfuir et retrouver la paix auprès d'elle, unique obsession qui me reste.
De terreur en terreur,
De douleur en douleur,
Je me dois de crever l'abcès.
Seule prière que je fais,
celle du trépas.
Plonger dans cet océan de feu,
océan de vide,
à la recherche des autres naufragés.
Qu'elle vienne à moi et m'emporte dans ses bras apaisants.
Ne résiste plus.
Les portes tremblent, et c'est vous.
Le ciel est noir, et c'est vous.
Recueillez ce disparu.
Amie, vers toi mon âme se lève.
D'un ultime soupir, je te supplie.
Viens,
Viens.
Viens !
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Psychose
PuisiChaque pas est un supplice Chaque fois je me dis que ce sera le dernier Le dernier avant de m'écrouler Je me retourne dans un minime espoir de ne retrouver qu'une simple pente neigeuse Une pente nappée de blanc, couleur révélatrice de paix Cette pa...
