Il me tendit un petit paquet contenant quatre photos.
Ces quatre images firent écho dans ma mémoire. Sur la première j'étais assise dans un champ, un sourire scotché aux lèvres, prenant la pose. Ce jour-là, Mathias m'avait prêté son chapeau, celui que l'on voyait sur la photo, afin de me protéger du soleil tapant du Pérou. Un long frisson me parcourut.
La suivante me montrait à nouveau, de dos, les cheveux au vent, face à la mer. Les vagues déferlaient, le temps était couvert, et pourtant, nous avions passé une journée formidable. Je me rappelais la violence du vent et notre première fois dans cette eau froide. Ça avait été un échec, et pourtant, j'en gardais un souvenir merveilleux. On avait pris un bain bien chaud pour se remettre de nos émotions.
Une larme roula sur ma joue, elle avait le même goût que cette mer en Grèce que l'on voyait sur le cliché suivant. C'était lui. Capturé dans l'action. Il l'avait adoré, il l'avait gardé comme photo de profil pendant plusieurs mois. La photo était très belle. Le détail des nuages, la profondeur de l'eau et les rayons du soleil rasant la paroi de la falaise, rendaient le cliché digne d'un grand photographe.
Et la dernière... La dernière me serra la gorge. Nous étions allés en Ecosse. L'image nous montrait moi et Mathias, au premier plan d'une montagne, assis sur un muret. Le soleil se couchait, on avait marché toute la journée, j'avais eu mal aux pieds et je l'avais supplié de faire une pause. Nous avions croisé un groupe de personnes âgées qui avaient gentiment accepté de nous prendre en photo. Ma mère n'avait d'ailleurs pas compris le principe de se faire prendre en photo de dos. Je l'avais alors épinglé sur son tableau à l'entrée de sa maison, avec les trois autres clichés, pour l'embêter. Elle ne l'avait jamais retiré.
- C'est tout ce qui a résisté au ravage des flammes, déclara Mathias.
Maman, tu me manques.
