Florence (Italie)

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12 décembre 1498:

Mon nom est Angelo. J'ai eu la chance de rencontrer un artiste renommé pour ses terracotta inveltriata, Giovanni della Robbia, et de gagner son amitié. Je suis à présent apprenti dans le fabuleux atelier dirigé par son père, qui appartiendra sans doute bientôt à Giovanni, puisqu'il est transmis de génération en génération depuis sa création.
À la suite d'un mois de mai marqué par l'exécution du moine dominicain Savonarole, la région est apaisée et Florence s'est tourné vers la venue du Salvatore. À l'approche de Noël, Giovanni m'avait avoué avoir un ambitieux projet. Cette déclaration éveilla ma curiosité, bien qu'il me fît souvent des confidences...

Le lendemain :

Je la connais bien la jeune Vanina, mais jamais je n'eusse imaginé que Giovanni nourrissait de douces bises pensées à son égard ! Lui, issu d'une famille célèbre et aisée, courtiser une fille pauvre ? Je ne pus dissimuler ma stupéfaction et m'insurgeai contre mon maître dont l'amour me paraissait insensé. Giovanni, conscient de cela, m'écouta patiemment puis me dévoila son projet: il n'avait pas l'intention de se faire connaître de la jeune fille, mais simplement de lui témoigner son attachement par un présent , une statuette en terre cuite, un berger assis jouant de la musette qui prendrait sa place dans la crèche de Vanina. L'idée me parut plaisante et assez raisonnable, c est pourquoi j'acceptai d'aider mon ami. Il me fit alors jurer de tenir le reste de sa famille dans l'ignorance, puis nous nous mîmes au travail discrètement sans bavarder davantage.
Giovanni avait déjà dessiné une ébauche de la statuette que je jugeai fort bien faite et très précise. Je l'observai quelques instants, alors que Giovanni avait commencé le façonnage. Ses mains expertes creusaient, taillaient, sculptaient vivement la terre qui glissait sous ses doigts agiles. Je restai subjugué devant un tel spectacle, mais mon ami me rappela à la réalité. Je m'activai donc près de l'immense four et, quand il fut assez chaud, j'y plaçai délicatement le modelage.

16 décembre :

Il y a quelques jours, au sortir de la première cuisson, la terre avait pris un charmant ton rosé que nous conservâmes pour le visage, les jambes et les mains du petit berger. Giovanni avait ajouta de la poudre d'émail jaune sur les chaussettes ainsi que sur le sac de la musette  j'appliquai à mon tour de l émal vert formé à partir de cuivre, sur le haubois. Toutes ces jolies teintes semblaient donner vie au petit berger et j'aurai pu, en fermant les yeux, entendre la subtile mélodie de son instrument...
"Angelo, l'interpella Giovanni, il nous manque de la poudre bleue et un peu d'émail vert !..."
Je pestai intérieurement, mais partis tout de même en chercher. Le trajet était court jusqu'à la boutique de l'apothicaire et, bientôt, mon petit paquet sous le bras, je courais à nouveau dans les rues de Florence. Une vision terrible me fihea soudain : était-ce bien elle, Vanina? Je n'osais le croire... Et quel est cet homme qui lui prenait la main et la regarderait tendrement ? À l'atelier, j'arrivai essoufflé et racontai à mon pauvre ami ce que j'avais vu. Ce fut un choc. Giovanni pâlit et me remercia dans u' souffle.
Le jour suivant, il ne se leva pas, plongé dans une profonde déprime. La statuette restait inachevée, dissimulée sous un voile blanc. La famille Della Robbia s'étonna de la soudaine affliction de Giovanni. Il refusait toute nourriture, ses joues se creusaient. En deux jours, il avait vieilli d'une dizaine d'années. Comme son état ne s'améliorait pas, je décidai de mener mon enquête auprès de Vanina.
Lorsque je l'interrogeai sur l, homme que j'avais aperçu, elle éclata de rire. Cette réaction me laissa perplexe, ce qui augmenta la gaité de la jeune fille ! Enfin , elle m'assura que le garçon était son cousin et nia tout sentiment à son égard. Je me sentis alors soulagé et mon ressentiment disparut. Je me blâmai même d'avoir douté de Vanina. Elle me parut d'ailleurs charmante dès cet instant et nous conversâmes encore longtemps. Puis, je retournai, pleinement rassuré, à l'atelier et me mis au travail car, sur la route, une idée folle m'était venue, un projet tentant pour un jeune apprenti, et... pour un jeune coeur!

21 décembre :

Je manipulai la précieuse poudre bleue avec le plus grand soin et l'appliquai sur la partie non teintée du vêtement. Jamais je n'avais été si concentré. Pour la première fois, je me trouvais seul à exécuter une œuvre ! Toutes les étapes me paraissaient plus longues et fastidieuses. Redoublant de minutie, j'ajoutai l'émail violet à son capuchon. Enfin, le berger subit une seconde cuisson qui lui donna l' éclat propre à la terre cuite émaillée. Le résultat était éblouissant ; je ne me lassai pas d'admirer la fraîcheur et la vitalité de mon petit musicien.

23 décembre :

À partir de ce jour, la fierté me fit oublier Giovanni. Moi, qui avait promis de l'aider, je ne songeai plus qu'à mon œuvre et à la belle Vanina. Les jours défilaient et une idée s'imposaient de plus en plus à moi. Pourquoi ne pas offrir ma statuette à Vanina?

25 décembre :

Hier soir,  alors que les festivités de Noël battaient leur plein , je m'éclipsai de l'atelier.
Dans la ville ornée et illuminée, les Florentins, pleins d'allégresse, s'étaient réunis sur la Piazza Duomo. Ils se pressaient vers la magnifique cathédrale Sancta Maria del Fiore pour assister à l'office religieux. Les bas-reliefs de cet édifice avaient été en partie réalisés par un parent de Giovanni, Luca della Robbia. Il était aussi le fondateur de l'atelier Della Robbia où je travaillais. Il est mort ici, à Florence, il y a 17 ans.
Quand, ma statuette sous le bras, j'arrivai devant la petite demeure de Vanina, je la toruvai entièrement vide. Après avoir hésité longtemps à laisser mon présent devant la porte, je me décidai finalement à l'y déposer. Je regardai une dernière fois avec émotion mon gentil petit musicien.  Soudain, je crus que le regard du berger avait perdu sa douceur, et que ses yeux me fixaient à présent, accusateurs. Je détournai les miens vivement. Mais la pensée de Giovanni et l'engagement que j'avais fait me revinrent à l'esprit et j'oubliai toute gloire. Qu'étais-je en train de faire... trahir un ami? Renier un serment?

Mon orgueilleuse fierté se dissipa, j'avais honte de mon comportement.
Je sortis de ma poche une petite plume et une feuille. Après y avoir écrit le nom de "Giovanni Della Robbia", je la pliai et le glissai entre les bras et l'instrument du petit berger dont l'expression était maintenant rayonnante. Je contemplai encore longuement le beau santon et le déposai enfin devant la porte de Vanina.

Ce matin, elle est apparue sur le seuil de l'atelier et a demandé à voir Giovanni. Je souriai intérieurement, devinant le but de cette visite. Mais je lui répondis qu'il était dans sa chambre. Elle insista tellement que je l'ai finalement accompagnée jusqu'à mon ami. Là, elle s'approcha du malade et lui dit :
"Monsieur, je vous remercie sincèrement pour le magnifique cadeau que vous m'avez fait !".
Et, ne laissant pas le temps à Giovanni, éberlué, de répondre quoi que ce soit, elle continua :
"Je l'ai déjà placé dans ma crèche,et...".
Enfin, Giovanni commença à comprendre qu'il s'agissait de la statuette, mais, la croyant inachevée, restait perplexe. Je m'approchai alors et lui glissai à l'oreille :
"Joyeux Noël, Giovanni !"

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⏰ Terakhir diperbarui: Aug 29, 2018 ⏰

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