Dehors la pluie battait contre les vitres de la maison où vivait Emeraude Rosenbash. A l'intérieur de celle-ci dormait paisiblement la jeune fille dans sa chambre, emmitouflée dans ses couvertures brune et kaki pour se tenir chaud. Quelques heures plus tard, elle se frottait les yeux en se réveillant, baillait bruyamment et finit par se lever de son lit d'un bond sur le parquet en bois d'ébène. Elle se dirigeait en direction de son grand miroir sur pied décoré par quelques photos accrochées avec du papier collant.
Dedans, Emeraude se regardait afin d'observer les dégâts de la nuit comme elle avait l'habitude de les appeller. Cette fois-ci, ses longs cheveux noirs étaient défaits et plusieurs nœuds s'étaient formés dans son épaisse touffe. Ses grands yeux verts se démarquaient de sa peau assez blanche, la jeune femme n'aimant pas vraiment le contact du soleil sur sa peau. Elle s'habillait comme à son habitude en couleur foncée. Ce jour-là, elle avait porté un jeans bleu foncé avec un gros pull marron. Elle descendait ensuite prendre son petit-déjeuner où elle retrouva sa grand-mère, Aimée, chez qui elle vivait à cause des multiples voyages de ses parents. Toutes deux avaient une très bonne relation et partageaient beaucoup. Par exemple, Aimée fut la première à savoir qu'Emeraude était amoureuse de son meilleur ami et ce fut la seule à le savoir d'ailleurs. Elle fût pour la jeune fille celle qui l'avait élevée de manière sévère mais comme sa grand-mère avait pour habitude de répéter, c'était pour son bien. Elle n'était pas non plus vieillotte, elle s'était mise au goût du jour et avait accepté par exemple que sa petite fille puisse fréquenter un garçon sans que celui-ci ne la demande préalablement en fiançailles. Cependant, elle a tout de même exigé qu'avant qu'elle puisse le voir en dehors des cours, celui-ci doive passer un repas en sa compagnie afin qu'Aimée puisse juger s'il était apte à se mettre en couple avec sa tendre protégée. Ce n'était pas encore arrivé pour l'adolescente, ais au moins c'était clair et elle savait à quoi s'attendre.
Aimée était la mère de Fabrice, le père d'Emeraude, et était à présent à la retraite depuis quelques années. Elle n'avait pas eu un travail fabuleux puisque celle-ci avait travaillé durant toute sa vie dans l'atelier de couture de la ville de Tournai. C'est d'ailleurs la ville où elle avait vécu depuis sa plus tendre enfance. Les deux femmes vivaient au centre de cette ville moyenâgeuse surplombée par une grande place centrale très active où se déroulait souvent des activités telles que le sublime marché de Noël, le carnaval de Tournai ou encore les divers marchés auquels participait régulièrement Aimée en vendant des vêtements qu'elle faisait elle-même afin d'arrondir ses fins de mois. En effet, il n'était pas facile pour la vieille femme de s'occuper de deux personnes avec la retraite miséreuse qu'elle recevait. De plus, elle ne touchait même pas les allocations qu'Emeraude devait recevoir car ceux-ci étaient directement reversés à ses parents qui les utilisaient pour on ne sait quoi on ne sais où.
Sur la table en bois foncé dressé avec une belle nappe blanche recouverte de motifs floraux cousue par sa grand-mère, Emeraude apercevait comme tous les jours le petit-déjeuner dont elle avait l'obligation d'engloutir avant d'aller à l'école. Un tas de crêpe recouvert par une sauce brune qui faisait penser à du chocolat fondu. Par chance, la jeune femme ne se laçait pas rapidement des aliments qu'elle mangeait, au contraire, elle aimait retrouver une routine dans ses repas. Adorant les crêpes, Aimée n'avait jamais dû forcer sa petite fille à manger avant d'aller à l'école. Vêtue de son tablier fétiche où était représenté des ustensiles de toute part, la grand-mère fit un sourire à Emeraude.
–Comment vas-tu ma cocotte ? demanda Aimée alors qu'elle finissait sa vaisselle du matin.
–Ça va mamie, je dois me dépêcher je suis déjà en retard pour l'école, on se voit ce soir ?
Elle fit une grimace en faisant grincer ses dents alors que déjà elle était occupée d'emballer les quelques crêpes de sa petite fille dans un sachet en papier qu'elle déposa aux côtés d'un autre sac contenant cette fois-ci son déjeuner. Elle lança ensuite un regard furieux à Emeraude en voyant celle-ci partir sans lui avoir accordé un bisous. Sentant le regard pesant de sa grand-mère alors qu'elle partait vers la porte, elle se retourna, les joues pourpres, afin de déposer ses lèvres sur la joue de sa grand-mère en lui souhaitant une bonne journée et en lui disant que ce soir elle ne rentrerait pas trop tard car elle n'avait rien de prévu après les cours.
–Salut Emeraude ! cria une voix de l'autre côté du parking menant au lycée.
Elle se retourna en direction de la voix jusqu'à remarquer un garçon lui faisant un signe de la main alors qu'il se rapprochait. La jeune femme se pinçait les lèvres, ne voulant pas croiser ce personnage. Une fois qu'il fut face à elle, elle s'était contentée de lui faire un sourire forcé avant d'engager la discussion.
–Comment tu vas Simon ? On ne s'était pas vu depuis... mais le jeune homme la coupa.
–Depuis la fin des cours l'année passée, oui je me rappelle. Tu n'as pas répondu à mes textos, j'ai eu peur que tu ne veuilles plus me parler.
Elle repensait alors aux sentiments qu'elle avait pour lui. Depuis qu'ils sont enfants, Simon et Emeraude ont toujours été comme les doigts de la main. Lorsqu'ils étaient entrés à la petite école, la jeune femme dessinait, c'était quelque chose que tous les enfants faisaient beaucoup, puis brusquement un élève à saisi le crayon qu'utilisait Emeraude sous prétexte qu'il en avait besoin. Du haut de ses cinq ans, Simon avait brandi tout son courage pour reprendre le crayon des mains du mal-élevé et l'a rendu à sa future amie. Ses yeux verts pétillants de reconnaissance ont plu à l'enfant et depuis ce jour, ils ne se sont plus quittés. Cependant, tout s'était compliqué l'année passée où Emeraude s'était rendue compte qu'elle était amoureuse de son meilleur ami de toujours, Simon. Honteuse, la jeune femme baissait la tête. Si elle n'avait pas répondu à son meilleur ami c'est parce qu'elle essayait de l'oublier. Elle avait été jusqu'à lui faire croire qu'elle était partie durant tout l'été rejoindre ses parents en Amérique. Au fond de lui, il avait su que ce n'était pas vrai, ayant plusieurs fois croisé Aimée au marché de la place où elle lui avait indiqué qu'Emeraude se portait bien mais ne sortait pas beaucoup durant cet été, ce qui l'inquiétait.
Après avoir dit bonjour à tous ses amis, il était déjà l'heure pour les étudiants de commencer leur journée. Elle était contente, dans la plupart de ses classes elle parlait un peu à toutes les personnes qui y étaient. A l'heure du déjeuner, elle s'installa à une table où se trouvait Simon, James, un ami qu'elle côtoyait depuis quelques années aussi et Luna sa meilleure amie. A l'autre bout de la table étaient placés d'autres étudiants avec qui elle parlait de temps à autres. Alors qu'elle avait presque finit ses sandwichs au jambon et à la mayonnaise, elle manqua de s'étouffer en entendant James lancer un sujet qu'elle n'aimait pas aborder.
–Alors les amours cet été ? Qui a pécho à cette table ? il avait un air triomphant et toute la table avait deviné qu'il parlé de ça pour pouvoir parler de ses conquêtes sûrement rencontrées sur les plages.
–Et bien moi, commença Luna bien décidée à clore le sujet, je pense que ce sont des choses que nous ne voulons pas savoir, garde tes amours pour toi et ne nous fait pas vomir à l'heure du déjeuner.
Depuis qu'ils se sont séparés avant d'arriver au lycée, les deux adolescents se faisaient une guerre sans merci. Cette situation faisait bien rire les personnes de leur entourage car tout le monde savait qu'au fond ils s'aimaient toujours l'un et l'autre sans se l'avouer. Durant ce bref instant, Emeraude souriait en contemplant les deux rivaux. Luna était une jeune femme de taille moyenne, plus bronzée qu'elle mais néanmoins plutôt blanche. Elle avait de longs cheveux blonds qui semblaient ne jamais se défaire tant ils étaient lisses. D'après Emeraude, Luna semblait être parfaite. Elle la jalousait parfois car beaucoup de garçons auraient rêvé de sortir avec elle. James quant à lui est un grand garçon assez mince, Luna lui reprochait toujours de ne pas faire de sport car avec un peu d'entraînement, elle était certaine qu'il aurait été musclé. Cependant, revenant de vacances il était bronzé ce qui le rendait encore plus attirant qu'il ne l'était avec ses cheveux bruns mi-longs qui lui donnaient un peu l'air d'un surfeur. Simon quant à lui était tout l'opposé de son meilleur ami. Il était aussi pâle que Luna et avait quant à lui des cheveux courts et roux. Il avait sur son visage carré des tâches de rousseur qu'Emeraude appréciait énormément. Lui était musclé dû aux nombreux sports qu'il pratiquait depuis tout petit.
–Moi aussi j'ai rencontré une fille.
Ces mots glacèrent le sang de l'adolescente qui se tournait immédiatement en direction de Simon.
–Oui oui, mais toi tout le monde le sait à l'école, répondit Luna sans arrêter de regarder James.
Emeraude n'osait rien dire, restant silencieuse sans bien comprendre la situation. Comment tout le monde pouvait-il être au courant d'une histoire à propos de son meilleur ami alors qu'elle n'en savait rien ? Ses sentiments étaient partagés entre le dégoût et la tristesse.
–Moi aussi j'ai rencontré quelqu'un cet été, il s'appelle Léo, s'écria l'adolescente à la chevelure noire ce qui surpris la table entière, même elle.
–Mais qui ? Tu ne m'as rien dit !
– Désolé Luna, c'était au tout début des vacances, avant que je ne parte en Amérique... Je n'ai pas eu le temps de vous en parler.
– On veut des détails ! les trois amis s'étaient penchés sur la jeune femme, voulant tous connaître les moindres détails.
Après cela, elle commença à leur inventer un garçon le plus précisément possible. Elle imagina un brun ténébreux comme dans les livres qu'elle lisait. Elle lui donna une grande taille ainsi que pas mal de muscles, inventant que celui-ci faisait de la musculation. Elle disait aussi qu'il avait deux ans de plus qu'elle et qu'il était très protecteur. Elle leur expliquait l'histoire de la cicatrice à la main droite du jeune homme, leur disant que petit il s'était blessé contre des pierres. Elle venait ensuite parler avec passion de sa garde-robe qui ressemblait beaucoup à celle qu'avait Emeraude, remplie de foncé. Elle avait aussi donné les détails de leur rencontre au marché ce qui fit tiquer Simon qui y allait toute les semaines sans ne jamais l'avoir vu elle où son petit-ami. Elle finissait ensuite par raconter leur premier baiser à la fin d'une promenade dans la forêt proche de la ville.
Que l'adolescente drague un garçon n'avait étonné personne du groupe. Emeraude était plutôt dévergondée et n'avait aucun problème avec ça. Ce qui les étonnait, c'était que ça avait été plus loin que la drague. A l'écouter, elle disait qu'ils étaient carrément sortis ensemble et qu'ils s'étaient malheureusement perdus de vue lorsqu'elle est partie. Ce genre de comportement n'était pas typique de la jeune femme car celle-ci s'amusait à draguer les garçons dans l'unique but de rendre jaloux Simon, sans succès.
Après le déjeuner, la journée continuait tranquillement et Emeraude se rendait compte qu'elle était plutôt satisfaite de ses classes. Une fois rentrée chez elle, sa grand-mère l'interpella pour lui annoncer qu'elle avait reçue une lettre. Intriguée, elle se hâtait d'aller ouvrir celle-ci pour y découvrir une invitation à la célébrissime fête de la rentrée. Comment avait-elle pu oublier ça ? Elle même se le demandait. L'adolescente demandait donc à Aimée si elle pouvait y assister, c'était à la fin de la semaine, le vendredi, et par chance elle accepta. Plus tard dans la soirée, alors que sa mamie était occupée de préparer le dîner, Simon sonna à la porte. Il semblait un peu plus calme qu'à son habitude mais Emeraude pensait que c'était peut-être les vacances qui l'avaient changé.
Il lui proposa de sortir tous les deux au lac qui se trouvait à l'autre bout de la ville. C'était un lieu important pour les jeunes de Tournai qui avaient pour habitude d'y passer leur temps même lorsqu'il faisait mauvais. Après avoir eu l'accord d'Aimée, ils partaient donc là-bas pour se poser dans un café juste à côté du point d'eau.
–Emeraude, je dois te parler, dit-il d'un ton presque glacial qui ne semblait pas rassurer la jeune femme.
–Ça ne va pas Simon ? Tu as été bizarre toute la journée.
De l'autre côté de la salle hurlait le patron du café car un autre étudiant du nom d'Harvey avait brisé une tasse en la faisant tomber. N'y prêtant pas attention les deux comparses continuaient à discuter en dévorant presque leur milk-shake.
–Et bien pas vraiment, non. Je me suis inquiété pour toi tout l'été et c'est à peine si tu m'as adressé la parole aujourd'hui. J'ai fait quelque chose de mal ? Il faut que tu me le dise.
Emeraude entendait à la voix de Simon que celui-ci se sentait mal, il avait d'ailleurs la voix tremblante et le teint assez pâle. Elle le savait, il était triste.
–Je suis désolée Simon, c'est juste qu'avec Léo j'ai beaucoup été préoccupée, mentait-elle alors qu'elle fixait le jeune homme dans le blanc des yeux.
S'enfonçant dans son mensonge, elle eut un pincement au cœur. Son meilleur ami s'inquiétait pour elle et la seule chose qu'elle trouvait à lui répondre était un mensonge, elle avait honte de ses actes.
–Donc ça y est, je passe après les garçons ? Vraiment si notre amitié ne résiste pas au premier venu, je ne vois pas pourquoi nous devrions rester amis, disait-il avec cette fois-ci un ton haineux.
–Mais tu mélanges tout idiot, tu oses me faire des remarques comme ça alors que toute l'année passée tu m'as laissée tombée pour passer plus de temps avec Shelley Dubois ? quant à elle, elle élevait la voix, lui criant presque dessus.
Aussitôt alerté par la dispute qui commençait, monsieur Ravenwood, le patron du café, accourait à la table afin de demander aux deux jeunes gens de se calmer ou de partir. Sans même sembler réfléchir, Simon agrippait son veston beige et sortit pour rentrer chez lui, laissant Emeraude seule alors qu'il l'avait amené.
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Emeraude
ParanormalEmeraude est une étudiante qui se qualifie de banale. Un soir de pleine lune, durant une fête un événement étrange se produit autour du lac de la ville. Depuis ce jour, la vie de la jeune femme s'est retrouvée bouleversée pour toujours.
