PROLOGUE

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Allister resserre ses doigts longilignes autour de son verre. Il y réside un reste de whiskey et quelques glaçons récalcitrants, qu'il fait tournoyer d'un geste du poignet - songeur. Il s'accole contre la paroi juxtant la baie vitrée de son luxueux appartement, laquelle lui offre chaque soir le spectacle des lumières d'un New-York débauché. Un New-York qui lui appartient.

Au loin gronde le plus gros orage que l'on eût vu depuis des décennies. Des éclairs strient les nuages qui s'amoncelaient depuis la veille, lui dissimulant le ciel nocturne et ses constellations laiteuses. Le grondement du tonnerre déchire le silence de la pièce, rompu seulement par le tintement des glaçons contre son verre - qu'il vide d'une traite. Mauvais présage.

- C'est l'heure, pas vrai ? murmure une voix féminine dans son dos.

Aussitôt un bras frêle enlace le sien, et le suave parfum de sa comparse est humé avec neutralité. Sa tête blondine repose sur son épaule, mais le géant élancé s'en indiffère. Il ne juge pas nécessaire de répondre ; le fait rarement. Il se contente de contempler les cieux, d'y lire l'inévitable fatalité qui leur fit promise à eux, terribles noctambules, des millénaires auparavant.


L'orage tonne.

La foudre balafre le firmament, d'une intensité prodigieuse.

Et Allister sait qu'elle frappera cinq fois, ce soir.


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