PREMIERE PARTIE
L'été arrivera, khar avait réussi avec brio son baccalauréat. Elle se réveilla très tôt le matin pour accompagner sa mère sur le trottoir de "buntu" Pikine, afin de vendre Les pains que Coumba sa mère avait préparé avant que le muezzin n'annonca la prière de l'aurore. Elle aurait aimé passer l'été à fêter sa réussite, en allant à Saly, à la plage de Ngor et sortir la nuit comme les jeunes de son âge,mais les obligations obligent.
_khardjata fait vite, il est bientôt six heure. A chaque fois que tu dois m'accompagner, j'arrive en retard.
_maman j'arrive, je mets juste mes boucles d'oreilles.
Comme toutes bonnes griottes, Khar aimait s'occuper d'elle, de son teint ébène, de ses ongles, ses cheveux. Elle essayait tout le temps de parfaire son image. Elle parvenait à rendre des vêtements de frippes plus classe que des vêtements de marque. Le charme qu'elle dégageait était inégalable au point où même les vieux la voulaient comme compagne. Elle était la bonne caricature de la femme sénégalaise et plus particulièrement griotte de par ses rondeurs, sa peau ébène bien entretenue, ses dent d'une blancheur immaculée qui rendait sont sourire majestueusement radieux.
Avant que l'obscurité de la nuit ne s'évanouit, Khar et sa mère étaient déjà arrivée à buntou Pikine. Elles quittaient Cambèrène qui est un peu éloigné de buntou Pikine. La navette entre les deux lieux n'était pas facile mais mère Coumba était obligée de le faire.
Khar aida sa mère à exposer les pains sur un plateau recouvert d'une toile afin que les mouches ne jouent pas dessus.
Coumba ne vendait pas que des pains, elle préparait également des beignets de mil à côté (beignets dougoup). Les gens adoraient les beignets de mère Coumba, elle était réputé pour sa propreté et son sourire charmeur. C'est d'ailleurs ce que les clients aiment voir chez un vendeur. Un vendeur surtout d'aliment, doit être propre et ouvert. Mère Coumba regroupait toutes ces qualités. Même les hommes à cravates et les femmes en pompeux appareils achetaient les beignets de mère Coumba. Parmi eux, il y avait madame Gaye. Une très belle dame qui habitait à "gueule tapée". En allant à son boulot à Mbao, elle s'arrêtait pour achetait des beignets chez Coumba. A chaque fois qu'elle voyait khar,elle la surnommait "sama kharitt" (mon amie). Elle adorait Khar et chantait partout la beautè de cette dernière. Elle avait même tissé des liens avec mère Coumba au point où cette dernière était devenue sa griotte et l'accompagnait partout.
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Petit à petit, la chaleur avait laissé place à l'hiver. L'hiver africain. Pendant cette période les africains optent pour des vêtements lourds pour se protéger du froid car n'ayant pas l'habitude. Les émigrés revenus aux pays se moquent en disant que Notre hivers est leur été. Cependant à chacun ce qu'il connaît, nous sommes africains et nous connaissons le soleil.
Tout au long des vacances, Khar avait aidé sa mère dans son commerce. Mère Coumba devait entretenir seule ses enfants. Elle était veuve. Son mari était était décédé en côte d'ivoire lors de la guerre la laissant seul avec trois enfants. Elle était illettrée et n'avait point de boulot stable. Elle avait placé tout son espoir sur son aînée, khar.
Khar était une amoureuse de la langue de Molière. Parfois dans la solitude, elle sculptait les mots de cette charmante langue en des textes envoûtants. Son plus grand rêve était de devenir journaliste en ayant pour idoles, Mamadou Ibra Kane, Astou Mbène Thioube et Raphaël Bacquè. Son amour pour les débats était immense, la voix et les mots qu'elle utilisait quand elle argumentait un sujet reflétait son amour pour la langue de Ronsard...
Ses camarades de classes ainsi que son prof de français l'appelaient la fille de Fatou Diome, car elle avait une facilité de fermer la bouche de ses co-dèbateurs.
Elle avait fait ses études secondaires au lycée Seydina Issa Rouhou Lahi ex lPA. Durant ses années d'études au sein de ce lycée, elle fréquentait le CLAP (Club de Littérature d'Art et de Philosophie) d'où son amour pour la langue de Molière et les débats.
Sa mère était fière d'elle, elle ne pouvait pas rêver d'une meilleure fille. Khar était toujours présente quand sa mère avait besoin de quelqu'un à qui se confiait, elle l'épaulait et la rendait heureuse. Son frère Mbaye et sa soeur Mbossè savaient les sacrifices que leur mère et khar faisaient pour qu'ils soit dans de meilleures conditions. Khar était la soeur idéale pour Mbaye et Mbossè. Elle prouvait également au gens que le griot peut faire autre chose que chanter et danser. Le griot peut être le plus brillant de sa classe.
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Le mois de novembre arriva et les cour à la fac commença. Ici au Sénégal, les difficultés que rencontrent les étudiants n'est un secret pour personne. Si tu ne pars pas Tôt, les emphitheatres seront pleins à craquer et tu n'auras pas de place. Khar qui devait quitter Cambèrène pour se rendre à l'UCAD se réveillait vers quatre heure du matin pour pouvoir arriver à l'heure, et ne rentrait qu'à la tombée de la nuit. Au bout de deux mois, elle n'en pouvait plus, elle était épuisée physiquement et mentalement et avait beaucoup maigri. Sa mère ne supportait pas de voir sa fille aussi faible. Cette dernière tombait malade tout le temps et toujours à cause de la fatigue. Elle ne pouvait plus assiter ses frères dans leur études et cela se répercutait sur leurs notes.
_Maman tu ne travailles pas ce matin ?
_non, la fille de Madame Gaye se mari aujourd'hui et elle m'a demandé de préparer des beignets et du jus de gingembre pour les hommes qui iront à la mosquée se soir.
_je vais t'aider alors
_non khardjata vas te reposer, tu n'as que le week-end pour le faire alors je ne vais pas t'en priver
_non maman je vais t'aider comme ça tu termineras avant quatorze heures.
Khar aida sa mère en préparant le jus de gingembre et comme prévu, elles terminèrent avant quatorze heures.
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_coumba habille toi et accompagne moi s'il te plaît, tu es ma griotte et j'ai besoin de toi à mes côtés. Tu es ma force.
_Aïssata "sama torodo bi" j'aurai aimé t'accompagner mais Khar est un peu souffrante et je ne peux point là laisser seule avec les enfants.
_malade ? Mba diam ?
_Elle tombe malade tout le temps. Je pense que c'est à cause du trajet de l'université avec ces bus qui sont pleins à craquer et qui tournent en rond dans tout Dakar.
_ah Coumba, Khar ne doit pas tomber malade. "sama kharitt bobou fèbar warouko''. Je peux m'entretenir avec elle ?
Coumba appela sa fille et cette dernière se montra quelques secondes plus tard.
_sama kharit qu'est ce qu'il y a ? Ta mère m'a dit que tu es tout le temps malade.
_je vais bien Tata c'est juste à cause de la fatigue et du manque de sommeil.
_coumba, tu sais qu'elle peux venir vivre chez moi. L'université et ma maison c'est juste quinze minutes de marche.
_non Aïssata, si elle part, je serai seule avec les enfants et tu sais très bien que je ne suis pas instruite. Si elle part qui va superviser leurs études.
_tu as raison. Cependant, si elle reste en étant malade tous les jours, elle ne pourra non plus superviser les mômes. Laisse la venir chez moi, ça sera bénéfique pour elle. D'ailleurs, elle pourra venir ici les samedis et rentre les dimanches soirs histoire de passer le s week-end avec vous. Coumba pense à l'épanouissement de ta fille.
_je vais y réfléchir.
_d'accord, moi je vais prendre congé de vous.
Khar aida Tata Aïssata à mettre la commande dans la voiture.
_khar parle à ta mère, essaye de la convaincre. Chez moi tu n'auras pas de mal à aller en cour. Ma fille, tu dois réussir, pas pour toi, mais pour ta mère et tes frères. Tu dois montrer le droit chemin à ta soeur et comment réussir honnêtement à ton frère. Parle à Coumba, je veux juste t'aider ma chérie.
_d'accord Tata, je parlerai à maman.
