C'était un jeudi soir d'octobre ma foi comme les autres, l'homme, fatigué par sa journée, était attablé seul à la table de la terasse d'un petit snack.
Il était précisément 19h20, il avait commandé un kebab et patientait dans le brouhaha léger de l'endroit. Il profitait de la brise légère de début d'automne qui lui caressait la nuque.
À 19h25 on lui servit son kebab qu'il s'empressa d'entamer car il ressentait comme un creux dans son estomac, pour cause, il n'avait pas mangé ce midi et s'était contenté d'une pomme au petit déjeuner.
C'était un kebab basique, on ne peut plus simple et nourrissant et il faut noter qu'il était très bon. L'homme le dévorait avec entrain et bonne humeur, alors que le jour commençait doucement a décliner. Il faisait sec pour un mois d'octobre, et sans le vent frais qui parcourait délicatement les rues il ferait presque étouffant.
Mais alors qu'il était absorbé dans la dégustation de son repas et dans l'analyse du climat il sentit un regard insistant sur sa nuque. Il se retourna vivement mais ne vit rien, que des gens comme lui attablés a manger. L'homme se dit qu'il avait rêvé et retourna à son plat, grignotant la feuille de salade tombée dans son assiette et reprenant ses considérations météorologiques.
Mais très vite cette sensation d'être observé revint. Plus forte, plus désagréable, a vrai dire cela l'agaçait d'être ainsi importuné. D'un mouvement vif il se retourna et cette fois-ci il le vit, c'était un type assis non loin à une table derrière lui, il l'avait vu, avec son air insistant, presque... menaçant. Mais à peine l'homme avait cligné un oeil que le type n'était plus que simple client du snack et mangeait son panini de l'air le plus calme.
De plus belle il tenta de se convaincre avec un succès relatif que tout cela n'était qu'illusion. Dérangé cependant il s'empressa de finir son grec et se dirigea vers la caisse afin de régler l'addition, tandis que le regard de plus en plus insistant le poussait presque vers son objectif. Sa bonne humeur avait sauté au profit d'un stress désagréable et agacé.
Et alors qu'il relevait la tête il vit le serveur en charge de la caisse, et ce fut un choc. Le même regard, intrusif, malsain, les mêmes yeux noirs. Notre homme s'immobilisa, une trainée de sueur lui coula dans le dos alors que le serveur semblait être revenu a son occupation, son regard dirigé vers un tas de papiers.
-Vous allez bien monsieur ?
C'était lui, il l'avait vu figé de stupeur à deux mètres du bar.
L'homme répondit d'un air hésitant et fragile :
-Je... oui, pas de souci, je... je voulais payer l'a..., il inspira un grand coup, l'addition.
Impossible il rêvait, ce ne pouvait être possible.
-Ah très bien, vous avez pris quoi ? demanda le serveur d'un air quelque peu amusé.
-Un, un kebab, répondit l'homme qui reprenait son assurance.
-5 euros 50 s'il vous plaît.
L'homme paya, sans dire un mot de plus et s'apprêta à sortir, guère calmé, du snack. Mais avant de mettre ses deux pieds et ses yeux dehors il jeta un dernier coup d'oeil en arrière. Le lieu semblait cependant parfaitement normal, rien ne semblait être arrivé, il s'en convainquit du moins et sortit l'esprit un peu plus tranquille
Et à peine eut-il refermé la porte derrière lui qu'une impression d'oppression violente s'abattit sur lui. En une poignée de secondes, il se retrouva submergé par la peur.
Il ne sut d'abord déterminer d'où venait la menace. Il jeta de furtifs coups d'oeil, personne ne semblait le remarquer dans la rue piétonne, mais pourtant, cette sensation...
Il mit quelques minutes à s'en rendre compte, c'était un regard global, la foule entière le regardait de sa centaine d'yeux. Partout on le regardait, tous les passants, il le savait, tous et aucuns à la fois.
Il les voyait déja avec ce regard...ce regard sur lequel il avait du mal à mettre les mots justes.
Ce regard était à vrai dire indescriptible, aucun des films "d'horreur" qu'il avait pu voir dans sa vie n'aurait pu contenir ce regard , jamais, jamais au grand jamais il n'aurait pu imaginer ce regard, et pourtant, il était braqué sur lui.
Plongé dans ses réflexions inquiètes, tête baissée pour ne croiser les yeux de personne, ce qui devait arriver arriva.
VOCÊ ESTÁ LENDO
Les regards
ParanormalL'homme s'était pourtant assis lors d'une soirée normale, dans un snack normal, à une table normale, il a commandé un kebab normal, avec de la salade normale et de la sauce normale. Mais il a suffit d'un regard.
