Un pas. Un souffle. Une obscure obscurité. Un air asphyxié. Au fond s'illumine une lumière.
Aucun bruit. Aucun pas. Aucun souffle. Un engrenage mal réglé.
« C'est peut-être la mort, pensé-je, ce vide éternel qui ne s'arrêtera jamais. »
Je sens l'étouffement, intense et intensément étouffant. Je respire, écarte les bras, ouvre mes yeux pour lever ce voile qui m'aveugle et capter la moindre lumière. Je balance ma tête et décolle mes pieds nus du sol, séchés par la mort.
Je sais que je suis seul, à arpenter l'endroit de ma nouvelle vie. Un seul adolescent trahi par ses sentiments, tiraillé par son destin. La peur, la tristesse, la honte, l'amour. Une conscience en mouvement. Morte, comme moi. Il en reste. Il reste des souvenirs. Ils fuient pour retrouver la noirceur. Ils baissent la tête. Ils profitent de la mince silhouette de mon ombre. Je ferme les paupières un instant pour chasser ces gouttes salées que sont mes larmes. Se meurt. Plus le choix. Plus le temps. Plus le droit de se laisser vivre. Si je ferme les yeux trop longtemps, je risque de me perdre à nouveau et de me retrouver dans un nouveau néant. J'ai retenu la leçon. Il fallait vivre, et tout oublier. Oublier mes amours. Oublier mes blessures. Oublier ce nœud au fond de mon corps. Oublier mes joies et mes tristesses qui se collaient à mon cœur parce que je n'avais pas d'autre choix que de me laisser souffrir, sans me perdre. J'ai été fort. Avant, on venait me demander pour savoir si j'allais bien. Après ces semaines de souffrance, réduit à mes propres expressions, je trouve la force de parler encore, malgré ma solitude. Souffert depuis des semaines dans cette vie mondaine. Mais convaincu qu'à la fin de la vie il y a de la lueur. Que tout sera beau. Que je trouverais un jour le bonheur. La joie, l'amour, le désir. Tenir. Continuer. Echapper à ces souvenirs sauvages, haineux à force de jaillir dans mon esprit. Ne pas craindre le destin qui s'abat au hasard sur moi. Oublier les effroyables amours qui hurlaient : « Jamais je ne t'oublierais. Toujours je t'attendrais. » et s'acharnaient sur moi encore. J'ai passé des épouvantables nuits jusqu'à ma mort. « Tiens bon ! »
Je me renforçais à la vue des autres lycéens et de leur joie de vivre devant moi. Il faudrait devenir comme eux un jour. Rigoler. Faire mentir le passé. Prouver que la vie à un bon côté. La vie est belle ! Si seulement c'était vrai.
Cette année, le retour de la tristesse me réveillait chaque matin dans mon lit. Je la retrouvais, malgré une bonne humeur. Le destin. Le chagrin. Les souvenirs d'un passé gâché.
Mes chevilles étaient trop frêles. Elles ne pouvaient pas supporter mes fardeaux. Ces destins croisés de deux personnes que j'aimais, mes amours. Les images de mes souvenirs changeaient. Mon esprit franchit un nouveau pas. Il flanchait. Mes neurones étaient pourris. Encore une fois.
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Se meurt
RomanceJe crois que je n'aurais jamais dû vivre, parce que je n'ai pas ma place dans ce monde. Si seulement tout pouvait être bien, si la vie pouvais être simple. Je suis différent, je le sais.
