Chapitre I

23 2 2
                                        


L'hiver a toujours été ma saison préférée. J'adore l'ambiance dégagée par cet univers blanc et glacial. J'adore sentir le froid sur ma peau. Et quand je n'ai rien à faire, j'adore me blottir sur le fauteuil en osier de notre petite terrasse, mon ordinateur sur les genoux et une bonne tasse de chocolat chaud à la main. C'est justement ce que je suis en train de faire, quand Maman sort de la maison, une couverture dans les bras.

- Je t'ai apporté une couverture Pris, annonce-t-elle joyeusement. Elle me couvre les épaules avec, avant d'ajouter : Tu risques d'attraper froid et de tomber malade ma chérie !

- Merci Maman mais ce n'est pas nécessaire. Tu sais très bien que je suis insensible au froid, je réponds, sans lever le nez de mon ordinateur.

- Ton père dit à chaque fois la même chose ! S'exclame-t-elle avec ravissement. T'ai-je déjà raconté que tout comme toi, il adore les températures glaciales de l'hiver et peut rester au froid pendant des heures sans tomber malade ?

- Oui Maman. Tu me l'as déjà dit au moins des milliers de fois.

Je soupire en levant un regard exaspéré vers son visage qui, comme à chaque fois qu'elle évoque mon père, rayonne de bonheur. Maman n'arrête pas de me parler de lui. Elle ne manque jamais une occasion de m'abreuver d'histoires ou d'anecdotes le concernant. Les yeux brillants, elle parle, parle, parle... jusqu'à ce que je trouve un prétexte pour m'éclipser et échapper à ses monologues. Difficile de ne pas remarquer qu'elle est vraiment très amoureuse de mon père. Et pourtant, j'ai cru comprendre qu'il l'a quitté bien avant ma naissance.

- Il ne nous a pas quittées Pris ! Proteste farouchement ma mère à chaque fois que je lui en fais la remarque. Tu ne comprends pas... Il a dû partir pour notre sécurité ! Mais il va revenir !

Petite, j'ai écouté et cru ces paroles maintes et maintes fois répétées avec conviction. Mais voilà, il se trouve que mon père ne s'est jamais manifesté : aucun appel, aucune lettre, aucun mail... rien. J'ai fini par ne plus me faire d'illusion. Il y a longtemps que je n'espère plus aucun signe ni aucun « joyeux anniversaire » de sa part, et encore moins pour mes 19 ans.

Coupant court à mes pensées, je détourne les yeux du visage toujours aussi rayonnant de ma mère et me lève. Je la contourne pour rentrer à l'intérieur en marmonnant :

- Il faut que j'y aille. Et ne m'attend pas pour le dîner, je finis le travail assez tard aujourd'hui.

Un éclair de déception passe dans les yeux de Maman, avant d'être vite remplacé par une lueur conspiratrice tandis qu'elle me suit à l'intérieur.

- Tu ne serais pas en train de me cacher un rendez-vous galant Pris ? Me demande-t-elle d'un air comploteur, alors que je suis en train de rassembler mes longs cheveux noirs en une queue de cheval haute. Ça me fait penser que tu ne m'as encore jamais présenté de garçons ! Pourtant, j'aurais bien aimé rencontrer un de tes petits amis...

C'est d'un ton exaspéré que je la coupe dans ses divagations.

- Maman, je n'ai pas de rendez-vous galant d'accord ? Et je n'ai jamais eu de petit ami, alors arrête de m'embêter avec des idioties pareilles s'il te plait !

J'attrape mon sac et jette un dernier coup d'œil à mon reflet dans le miroir du vestibule. Maman en profite pour déposer un manteau sur mes épaules. Je lève les yeux au ciel, tandis que son reflet me sourit tendrement.

- Tu es magnifique ma chérie, murmure-t-elle en effleurant ma queue de cheval. Tellement parfaite...

Elle me le dit souvent. Et à chaque fois, je ne peux m'empêcher de me détailler dans le miroir d'un œil critique, en me disant qu'elle a tort. Je ne me trouve ni parfaite ni magnifique. Pour moi, je ne suis que contraste et mélancolie : une silhouette trop longiligne, une peau trop blanche, des cheveux trop noirs, des yeux trop bleus, un regard trop fermé... Tout le contraire de ma mère avec ses joues rose, son épaisse chevelure rousse, et ses yeux verts toujours pétillants de bonne humeur. Difficile de croire qu'on a un lien de parenté...

- Bon, à ce soir Maman, je lance avant de m'en aller.

- Je t'aime ma puce ! Gazouille-t-elle, avant que la porte ne se referme dans mon dos.

PRISTINE - Livre I : MurmuresStories to obsess over. Discover now