Taehyung

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Avez-vous déjà vu cette couleur, celle de l’ambre ? Celle d’un sable doré ou du bois d’un arbre solitaire, dans une forêt aux allures magiques dont les effluves d’une pluie passée en coule lentement, gouttes par gouttes, glissantes contre ce bois habité de mille et une créatures invisibles à vos yeux ? Figurez-vous cette couleur chaude, celle d’un café laiteux au coin d’une cheminée pendant que l’hiver prend place au rebord de vos fenêtres, glacé et givreux. Remémorez-vous cette teinte, celle du banc de votre parc, de ce bois, celui où vous aviez gravé votre prénom et le sien puis les aviez entouré d’un cœur maladroit. Vous l’avez ?


Faites-en sa peau.


Savez-vous cette courbe, celle qui hante le rêve de ces peintres morts trop tôt, celle qui dicte chacune des feuilles de ce chêne perdu sur cette route solitaire, celle qui répond à des formules mathématiques que même les plus savants ne sauraient résoudre ? Savez-vous ce cercle si imparfait qu’il en devient charmant, ces cils, pères de vos vœux les plus sincères, ceux de l’aimé, si longs que vous rêviez d’y déposer de la poussière d’étoiles. Visualisez-vous ce cercle en spirale infinie qui vous hypnotise et dont la source vous échappe ? Saisissez-vous cet éclat chaleureux d’un disque laissé à la porté d’un filet de lumière curieux ?


Dessinez-en ses yeux.


Rappelez-vous de ceci ; cette matière douce qui vous couvrait la nuit alors que vos corps s’entrelaçaient. Celle de votre peluche préférée, perdue sur une aire d’autoroute. Travaillez, faites fonctionner votre mémoire. Figurez-vous ce toucher presque invisible, sa main sur votre joue, rappelez vous cette empreinte. Fermez vos yeux, entendez-vous cette voix maternelle qui vous raconte des abeilles et des fleurs, votre tête reposant sur un oreiller, vos mains jointes sur votre torse et cette voix qui vous enroule, vous étreint avec douceur ? Ça y est ?


Déposez-la dans son regard.


Oh, cette odeur, souvenez vous, cette odeur d’air frais après la pluie ? Celle d’un silence agréable, allongé sur le sol froid de cette maison de vacances, celle où le bruit des vagues berçait vos doutes ? Sentez-vous ce parfum de vacances ? Celle du soleil qui embrasse votre peau, celle du rire de l’autre, cette odeur d’ailleurs ? De l’herbe coupée, cette même odeur du livre que vous aviez retrouvé, dont les pages jaunies s’étaient presque froissées au toucher de vos doigts.


Couvrez-en sa peau.


Entendez-vous ? Ces oiseaux qui virevoltes, ces arbres qui frétillent alors que vous vous étiez perdu dans cette forêt pas si dense. Cette mélodie que vous chantonniez en vous faufilant entre la foule pressée, celle du vrombissement du car qui vous emmenait en ville, ou l’autre, celui d’un piano que vous rêviez de toucher, délaissé dans une gare vide. Ce même son, celui d’une campagne vide, d’un champ ou vous rêviez d’entrer. Ces mêmes notes, celles des couverts qui s’entrechoquent autour d’une discussion animée, des verres qui trinquent à la santé de tous, aux « Joyeux Noël ! » scandés par ceux qui comptaient, ont comptés, comptent.


Faites-en sa voix.


Avez-vous déjà eu l’expérience de ce tissu qui sous votre main semble fondre, couler, effleurer votre peau presque sensuellement ? Avez-vous déjà eu ce goût en bouche ? Celui de ce fruit trop mûr dont le jus vous coule le long de la mâchoire, celui de ce thé qui réchauffe votre gorge rougie ? Avez-vous déjà eu la folie de vouloir vous allonger sur un nuage et d’en imaginer une volupté telle que vous vous en étiez presque mit à somnoler ?


Tirez-en ses lèvres.


Visualisez-vous cet arc-en-ciel, celui dont vous aviez tenté d’en apercevoir le bout par la fenêtre de la voiture. Souvenez-vous de cette fenêtre dont le soleil traversait le verre salit par le temps, celui qui s’allongeait sur votre visage et réchauffait vos joues rougies par le froid. Avez-vous souvenirs de ce trésor trouvé dans vos vieux cartons, de cette lumière qui vous donnait envie de vous envoler à sa source, loin dans le ciel, une belle après midi de printemps.


Composez-en son sourire.


Avez-vous déjà eu expérience de la nature ? À tel point qu’elle vous en a presque fait mal ? Avez-vous déjà regardé l’horizon au point de vouloir en pleurer ? Au point de vouloir le fuir du regard ? Avez-vous déjà regardé si loin au dessus de vous & vous êtes alors senti si petit que baisser vos yeux vous a semblé difficile ? Avez-vous déjà plongé votre tête sous l’eau, à la recherche d’un silence total, et rêvé de ne plus jamais en sortir ? Avez-vous déjà fermé les yeux, si fort que vous pouviez distinguer des formes aux courbes et aux couleurs si aveuglantes que l’envie d’y sombrer s’est éprise de vous ?


Connaissez-vous ces sensations ?


Mélangez-les à celle du soleil après la pluie, à celle de cette joie qui vous envahie, puérile, lorsqu’une coccinelle s’installe doucement sur votre doigt. Celle-là même qui vous pousse à sourire aux inconnus, à chantonner des mélodies aux rythmes décousus tard dans le métro, à rire après le commentaire débile de votre père alors que le film a à peine commencé. Celle qui fait frémir et presque pétiller votre peau lorsque ses yeux rencontrent les votre par accident, qu’il sourit. Celui qui vous donne envie de soulever les montagnes, danser avec le vent et nager avec le plus fort des torrents. Celle qui vous ordonne de prendre une bouffée d’air, la plus grosse, celle qui vous dit « respire »

Vous comprenez ?

Comprenez-vous Taehyung ?

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⏰ Dernière mise à jour : Dec 29, 2017 ⏰

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