Bam ! ... Bam ! ... Bam !
Trois coups retentissent, la lumière illumine la vieille scène du Théâtre des Variétés.
Un aviateur s'écrase en plein désert et...
"S'I vous plaît...dessine moi un mouton" le Petit Prince entre en scène.
D'une planète à l'autre, la Rose, le Roi, le Vaniteux, le Buveur et le Businessman défilent sur les planches. Chacun ajoutant sa note à la grande symphonie théâtrale.
Derrière le rideau, dans le secret des coulisses, les acteurs vont et viennent en tous sens sur la pointe des pieds. Certains s'accordent une ultime répétition, révisent leur texte et peaufinent chaque détail, avant de passer de l'autre côté.
Et au beau milieu de ce bordel silencieux, à quelques pas de l'immense rideau de velours noir, il y a la cadette du groupe.
Il y a moi.
Petite fille vêtue comme un croque-mort du siècle dernier : ma veste de costume noire, deux fois trop grande, recouvre presque entièremement le pantalon, tout aussi sombre, que Maman a raccourcit pour qu'il ai l'air à ma taille...pas comme la veste. Mes cheveux attachés en un chignon très approximatif, sont dissimulés sous un "chapeau rond" plus rond du tout. A mon poignet droit, une montre qui ne marche plus...il est 4 h 11 depuis trois semaines. Dans ma main gauche, une lampe tempête, une vraie de vraie comme celle des mineurs d'antan.
Wouaw ! C'est qu'il a la classe l'Allumeur de révèbères, vêtu comme un épouvantail...
Planquée derrière le rideau, comme un soldat dans sa tranchée, je n'ai que mon ouïe pour déduire le temps qu'il me reste à "vivre".
Scène 1 ... Scène 2 ... Scène 3..Scène 4, Scène 5, Scène 6, 7, 8 ! Plus les scènes se jouent, plus elles se jouent vite...trop vite.
Mais qu'est-ce qu'il a ce satané costume à produire un insupportable bruit de papier froissé chaque fois que j'inspire ?!
Déjà la scène 8 se finit.
Un renard roux aux cheveux hérissés s'approche, l'aînée de la troupe affiche un sourire bienveillant. Avec son visage orange et sa tignasse rousse dressés sur le crâne, elle à l'air d'une citrouille d'Halloween.
Une gentille citrouille d'Halloween.
- " Tout va bien ? " me demande t'elle.
Je hoche faiblement la tête mais je ne dupe personne.. Je fini par lâcher d'un toute petite voix :
- " J'ai un peur..Y a beaucoup de monde ?"
- " Sur scène, tu ne voix pas le public, à peine leurs yeux ou quelques reflets de lunettes dans l'obscurité. C'est comme des étoiles, et toi, tu es le soleil. " chuchote-t'elle.
- " Je suis le soleil. " je répéte bêtement d'un air robotique.
Sur scène l'aviateur clâme la dernière réplique que j'ai envie d'entendre ..
" La 5ème planète était la plus petite de toutes. Il y avait là juste assez de place pour loger un révèrbère. "
Qu-Quoi ?! Pas déjà !!
En me retournant, j'aperçois le renard..ou la citrouille je sais plus, elle met ses pouces en l'air et souri de toute ses dents.
"Maudite sois-tu ! Plus jamais, de toute ma vie, je remet les pieds sur une scène ! " ai-je pensé.
Je ferme les yeux et prend une grande inspiration, rassemblant tout mon courage je me lance.
Chaque pas est plus lourd et plus lent que le précédent, plus léger et plus rapide que le suivant.
Mes mains chaudes et moites (beurk) tremblent plus encore qu'une vieillarde atteinte de Parkinson, faisant tanguer la lanterne comme l'océan se joue d'un navire perdu dans la tempête ; mes genoux jouent des claquettes et mon souffle fait le bruit d'un réacteur d'avion.
Aveuglée par le projecteur, je met quelques temps à percevoir les millions de paires d'yeux ronds comme des billes qui me fixent. Il y en a tellement ! C'est comme si les gens du monde entier s'étaient tous regroupés en silence dans cette si petite salle, ici, à Hendaye !
Et ce silence ! Mon Dieu, ce silence !
Comme une possédée, je me répète mentalement toujours la même phrase " Jesuislesoleil", le plus lentement possible "Jesuislesoleil, jesuislesoleil, jesuislesoleil...".
Horribles interminables secondes, les plus longues que je passe. Les plus longues mais les plus belles. Une salle entière plongée dans le silence, que seule moi ai le pouvoir de libérer ou de délaissée.
Je la libère.
Et là ! Les mots ne se récitent pas, ils s'envolent comme des oiseaux et viennent fleurir le Théâtre tout entier. Je ne joue pas, je SUIS l'Allumeur de réverbères sur sa minuscule planète, avec pour seule compagnie sa solitude et son réverbère. J'explique alors au Petit Prince que " la consigne c'est la consigne " que comprendre ne sert à rien, qu'il suffit d'obéir et tenter de ne pas penser.
Nos voix laisse place aux applaudissements du public. Les lumières se rallument mais la salle est déjà éclairer par les étincelles que nous avons allumé au fond des yeux des spectateurs.
C'est en voyant cette flamme dans les yeux de tous ces gens, dans les yeux de mes parents et de mon frère, dans les yeux de ma maîtresse de CP et de ces inconnus qui ne l'étaient plus le temps d'une pièce ; que je comprend, que c'est ça que je veux faire de ma vie.
Et c'est ici, sur ces vieilles planches du petit Théâtre des Variétés d'Hendaye, que je jure, de mourir sur scène, avec cette flamme.
"Maudite sois-tu ! Plus jamais, de toute ma vie, je remet les pieds sur une scène ! ".
Nous sommes en 2017 et j'entamme ma 8ème année de théâtre.
Rideau !
" La vie est telle une théâtre, mais sans répétitions. Alors chantez, pleurez, riez, et vivez avant que le rideau ne se ferme et que la pièce ne se termine sans applaudissements. "
Charlie Chaplin.
KAMU SEDANG MEMBACA
" Acte Premier "
AcakTrois coups retentissent, la lumière illumine la vieille scène du Théâtre des Variétés [...]
