Quentin et Hiro

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Une rame de métro. Des froncements de sourcils. Des regards méprisants rivés sur deux mains entrelacées. L'une noire ébène, l'autre blanche ivoire.

Voici le quotidien de Quentin et Hiro.

Ils s'étaient rencontrés deux ans auparavant, un soir d'automne, à la supérette du coin. Une rencontre qui semblait prévue, programmée par le destin lui-même. Leurs histoires étaient contraires, pourtant elles se complétaient. Et c'est cette magie qui a poussé ces deux êtres à se parler, à engager une première discussion.

Etait-ce la soif de connaître l'inconnu qui a permis ce rapprochement ? Ou bien une force interne qui aurait pris le contrôle de leur propre corps ? Eux-mêmes ne le savaient pas, et ils ne le sauront jamais.

Quentin avait fini par proposer à Hiro de passer la soirée chez lui. Sacs de courses en mains, le bruit des voitures en fond, ils se dirigeaient vers le petit appartement du parisien. Sur le chemin, les langues se déliaient. Elles racontaient des souvenirs, des déceptions, des joies. Elles exprimaient des craintes, des souhaits et des rêves. Elles avaient tant à dire !

Voici donc comment Quentin, jeune parisien de vingt-et-un ans, a fait la connaissance de Hiro, un réunionnais de vingt-quatre ans.

Quentin est né en France, un quatorze juillet, fête nationale. Ses parents, Nathalie et Maurice, travaillent dans un cabinet de médecin du seizième arrondissement de Paris. Un cadre parfait pour une famille qui semble l'être également. De loin en tout cas.

Hiro, quand à lui, est né à la Réunion. Fils d'une femme de ménage et d'un chômeur, il a vécu une enfance dans la misère et la ruine. Une cadre moins idyllique, mais qui a laissé libre cours à l'imagination du jeune garçon qu'il a été. C'est d'ailleurs ce qui l'a poussé à partir. À quitter le pays de ses ancêtres. À partir vers l'inconnu, l'étranger : la France.

Après une dizaine de minutes de marche, ils arrivèrent enfin au pied de l'appartement de Quentin. Un immeuble construit après la guerre, et recouvert de graffitis de toutes les couleurs. Une mémoire à la fois éphémère et éternelle, écrite par des gens, sans aucune distinction sociale faite. Des gens égaux, qui ont décidé qu'un  jour, ce serait à eux de marquer l'Histoire. Alors ils ont raconter à travers les dessins, les mots, les affiches, les images ce qu'ils avaient à dire.

Quentin poussa finalement la porte de l'habitation, sortant Hiro de sa contemplation. Il avait rarement vu un mur aussi beau, autant dans son apparence que dans son fond. Il se disait que, finalement, ça a valu le coup de tout plaquer du jour au lendemain, comme ça, et de prendre le premier avion pour Paris. Ce qu'Hiro voulait, c'était du changement. Et il était servi.

Quentin sortit les clefs de la poche de son jean, les inséra dans la serrure et abaissa la poignée. La porte s'ouvrit dans un crissement légèrement strident, laissant apparaître un couloir recouvert de tapisseries fleuries. Les deux hommes s'avancèrent silencieusement sur le parquet grinçant. Il pénétrèrent alors dans une pièce assez spacieuse : un canapé vintage, installé sur le mur ouest de l'appartement, faisant face à une table basse en carton recyclé entourée de poufs et fauteuils colorés, puis de l'autre côté une cuisine équipée de plaques de cuissons et de placards en tout genre, complétant ainsi ce grand méli-mélo d'informations. 

Hiro détaillait cette pièce avec attention. Il la trouvait belle et harmonieuse. Elle s'accordait parfaitement avec son propriétaire. Quentin proposa d'ailleurs à son nouvel ami de s'assoir. Hiro choisit le pouf bleu délavé, comme la couleur de ses iris. Ses yeux firent une seconde fois le tour de la pièce, et aperçurent deux portes supplémentaires. L'une semblait mener à la salle d'eau, l'autre à la chambre.

Quentin revint les mains chargées d'un plateau garni de biscuits et de bières. Il le déposa sur le table basse, saisit le décapsuleur accroché à ses clefs et enleva les opercules des boissons. Il tendit alors une des bouteilles à Hiro.

Ils ne s'arrêtaient plus de parler. Ils se racontaient leur vie, se posaient des questions. Ils se découvraient, comme on découvre la première page d'un livre.

Quentin a appris que son père trompait sa mère à quinze ans. A seize ans, ses parents ont divorcé. Le mythe parental venait d'être brisé. Lui qui voulait devenir docteur pour satisfaire ses géniteurs, le voilà qui se rebelle. Adieu la fac de médecine, bonjour la fac d'art. Ses parents n'étaient pas d'accord avec ses choix, jugés trop "bas de gamme". Le petit bourgeois a qui on veut couper les ailes, mais qui va finir par couper les ponts ; Quentin est aujourd'hui graphiste et tatoueur à ses heures perdues, mais il n'a plus jamais vu sa famille.

Hiro, lui, en avait marre. Marre de son père qui se soûlait sept jours sur sept. Marre de sa mère qui le délaissait. Trop pauvre pour aller à l'école, il n'avait pas d'ami. Alors il partait, tout seul, dans la nature verdoyante. Puis il s'allongeait, fermait les yeux et rêvait. Il s'imaginait des mondes fabuleux et des paysages extraordinaires. Seul face à lui-même, petit homme face à l'univers gigantesque. Mais un jour, il a dit stop. Et il est parti. En quête de savoir, en quête de relations sociales, en quête d'épanouissement. Et maintenant il était là, chez son premier ami, en France.

Il était déjà minuit passé, et la fatigue se faisait ressentir chez les deux jeunes hommes. Alors Quentin proposa à Hiro d'aller se coucher. Il lui montra le chemin jusqu'à sa chambre : au centre un lit double recouvert de draps aux motifs animaliers, sur les côtés une armoire en bois de chêne, un chevalet de peintre avec à droite des cartons remplis de matériel d'artiste, et à gauche une vieille guitare.

Quentin ouvrit son armoire et en sortit un t-shirt gris et rose à trous, qu'il lança vers Hiro en guise de pyjama. Ils se déshabillèrent tous les deux en silence, enfilant par la suite leur tenue de nuit puis se glissèrent sous l'épaisse couverture. Et, comme par un réflexe inouï, ils s'enlacèrent tendrement avant de se plonger dans le royaume des rêves. Une rencontre incroyable, un amour éternel.

Mais aujourd'hui, ils subissent quotidiennement des regards haineux, des insultes odieuses, et parfois même des coups violents. Toutes ces atrocités sont donc produites pour la seule raison d'un amour réciproque ?

C'est pour ça qu'aujourd'hui, ils se tiennent la main en public, ils se câlinent sur les bancs des parcs, et ils s'embrassent à la sortie du cinéma. Ils veulent faire changer les mentalités, ils souhaitent faire évoluer la société. Ils montrent aussi un acte de résistance par leur attitude, en ignorant toutes les personnes qui veulent les priver de les libertés.

Et c'est pour cela qu'Hiro et Quentin filent le parfait amour.

Quentin et Hiro [BxB]Where stories live. Discover now