Je ne veux pas.
Je me retournai dans mon lit une première fois. De la sueur coulait sur mes tempes, la chaleur m'étouffant tout en contrastant avec un froid puissant qui voulait me tétaniser. Je me secouai légèrement, tentant de me délivrer de ce cauchemar qui n'en était pas vraiment un.
Je ne veux pas.
Mon hurlement silencieux résonna dans mon esprit. Mais j'étais le seul à l'entendre. Mes bourreaux imaginaires l'ignoraient, le réfutant d'un simple claquement de doigt. Mon souffle commençait à se saccader tandis que les images qui défilaient dans ma tête étaient plus proches du souvenir que de l'imagination fertile d'un adolescent troublé. Des mains sur mes épaules me tiraient fermement alors que je venais de faire un nouveau coup d'éclat durant le cours d'un des mes professeur. Je n'ai que treize ans. Mais je sais. Je sais que je ne veux pas être cet homme qu'ils veulent que je sois. Je ne veux pas aimer la peinture. Je ne veux pas devenir médecin. Je ne veux pas abandonner mes rêves. Mes rêves à moi. Alors je lutte. Je proteste. J'affirme que je ne veux pas de cette vie. Et on m'entraîne, silencieusement, vers le plus profond des abysses.
Je ne veux pas.
Mais personnes ne m'écoutent. On me fait subir des séances de rééducation ayant pour but de me rappeler que je ne m'appartiens pas. J'appartenais à la société et plus encore à ses dirigeants. Ils décidaient de tout. De notre avenir, de nos goûts, de nos passions, de nos métier, de nos places dans la sociétés, de nos désirs, de notre orientation sexuelle et même de nos fantasmes. Notre seul droit ? Choisir notre conjoint parmi une petite sélection qu'ils établissent d'eux-mêmes. En sommes, nous n'avions aucune liberté. Ils nous criaient haut et fort que nous n'étions que des poupées de chiffons. Dociles. Sages. Obéissantes. Personnes ne se révoltaient jamais. Personnes ne songeaient à trouver leur méthode injuste. Personnes ne se plaignaient. Tous s'affichaient dans un bonheur que je ne pouvais que voir comme factice.
Je me secouais plus fort, les tremblement devenant des spasmes de terreur. Mais moi je l'avais fait. Moi je m'étais opposé à leur décision. Je voulais devenir musicien. Je voulais avoir un tempérament furieux. Je voulais hurler, crier, me battre. Je voulais agir à ma guise. Alors on m'avait fait comprendre que je n'en avais aucun droit. Les sévices physiques et psychologiques qui en avaient découlé m'avaient changées. Pas suffisamment pour que je cesse d'être différent, mais assez pour que je cesse de hurler et de me débattre. Mais, pourtant, une même phrase revenait battre dans mon crâne, écrasant toute autre pensée :
Je ne veux pas.
Enfin je parvins à m'extirper de ce cauchemar me replongeant dans un passé trop proche. Je me redressai dans mon lit vivement, faisant tomber la fine couverture qui recouvrait mon corps mâte. Le souffle court, de la sueur dégoulinant sur ma peau et ce sentiment si furieux qui broyait mon estomac. De la colère. Une colère sombre. Noir. Et pourtant une colère qui me faisait peur. Je passai ma main dans mes cheveux, tirant mes longues mèches noirs, indomptables, en arrière. J'étouffai. J'étouffai de plus en plus.
Je jetai un œil à la petite pendule blanche qui reposait en face de mon lit et constatai avec dépit qu'il n'était que cinq heure du matin. Les cours ne commençaient pas avant deux bonnes heures. J'étais épuisé. Pourtant, je n'eus aucune envie de me rallonger et de tenter de me rendormir, trop certain que le rêve reprendrait. Alors je me résignai à quitter mon matelas couvert de drap. Blancs. Tout était blanc ici. Ce qu'ils tentaient de nous faire assimiler à un « chez-nous » ressemblait plus à un asile. Mais, au fond, c'était sans doute bien un établissement pour des fous. Fous de se laisser faire. Fous de ne pas comprendre que nous n'avions aucune existence. Nous étions fabriqués, pièce par pièce.
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Freedom
RomanceTout est différent. Ce monde n'est pas le vôtre. Il n'est pas non plus le mien. Ni le leur. Appartient-il seulement à quelqu'un ? Je ne saurais le dire. Nous n'existons même pas dans cet univers. Nous ne sommes rien de plus que des poupées, que des...
