Ch

48 2 1
                                        


Héron sans titre

Héron le Héron (comme d'autres sont autres) il erre il se pavane comme d' comme d' comme d'habitude. Héron n'est-ce pas ? Il n'y croit pas. Des tas de choses qu'on lui a (inculquées). Il n'y croit pas il se souvient, jadis, il était peu de choses (c'est émouvant : il s'en émeut) petit oiseau chétif qui couinait lamentablement réclamant quelque chose à manger alors maman, qui était veuve ou divorcée on ne sait plus (mais si on sait : son père passait une ou deux fois par an avec une belle voiture décapotable, une MGB blanche, et une jeune femme portant de grosses lunettes de soleil), à peine sortie du travail (elle ravaudait des hardes dans un gourbi) elle se précipitait dans les magasins en quête de quelque chose de bon mais elle ne savait pas quoi le gamin réclamait toujours plus n'était jamais content. Parfois elle le haïssait. Elle en avait eu d'autres, avant. Des morts. Ça n'avait jamais pris, on ne sait pas pourquoi. Le menuisier, le fils du garagiste, le fils d'un entrepreneur en bâtiment... Il a fallu ce gitan ! N'empêche, elle se perd dans le magasin, sans idées, sans envie. Et ce n'est pas un magasin, c'est — vous savez bien, quand on lève les yeux et qu'on observe le faux-plafond. C'est tout comme. Ventilation, chauffage, fils électriques qui pendouillent. Mme Héron est une dame très comme il faut. Alors elle s'inquiète car cet endroit ne lui plaît pas. Il n'y a pas de marchandises. Des courants d'air, de la poussière, des boulettes de plâtre et des bâches en plastique, oui ; mais pas de marchandises. Elle regarda dehors, par les ouvertures béantes (la guerre) ; le soleil, dehors, les gens en contrebas qui ne la voyaient pas. Elle chassa une pensée idiote. L'envie de sauter. La remplaça par une autre non moins : ça n'est pas assez haut. Mais oh, qu'est-ce que j'en sais ? Elle regarde dehors, ça l'amuse. Je pourrais rester là. Je n'ai pas faim. Et puis elle pense à son petit Héron son petit avorton. Disons que j'étais morte. Il faudra bien qu'il se débrouille. Qu'il sorte de ses langes et accepte son âge. Oh je le vois d'ici : le premier endroit où il viendra traîner... c'est dans ce magasin, juste au coin de la rue, ou au bar, comme son père. Je ne serai pas là je serai — dans une caméra, comme un bruit parasite presqu'inaudible, fantôme pâlichon.

Ensuite elle minaude. Chaussée de ses kroumirs, elle esquisse quelques pas de danse. Grotesque. Elle déteste ça. Si quelqu'un la voyait !

Et pendant ce temps-là, petit s'est endormi. (Le ventre vide.)

Petit rêve mais

il ne le sait pas.

C'est confus. Dans la rue une femme criait. On espérait le pire quand c'était juste une dispute. Un autre grabotte dans les poubelles. Il y a cet — avion, au loin. Une porte qui claque sobrement. On ne sait pas toujours pourquoi on a peur. On ne sait pas. Quand il n'y a plus rien c'est pire. Très légers craquements dans l'escalier. Quelqu'un. C'est maman ?

Oui c'est maman, elle sourit beaucoup, elle a juste acheté un grand couteau. Il est neuf, atrocement aiguisé — tu vas voir.

Mais il ne sentait rien. Elle coupait des tranches et ça ne saignait pas (et c'était d'autant plus effrayant). — Tu vois ? Il en restera même pour demain.

Petit s'amenuisait. Il ne restait que sa tête chauve et son cou. Ça va pas être facile, pensait-il. Déjà il regrettait les promenades qu'il n'avait jamais faites, les amourettes, son premier emploi. Les loisirs, les vacances — ah ! faire du kayak ; ce ne serait plus possible.

— Tu as vu ? Elle avait artistement arrangé les tranches roses et ajouté un brin de persil. C'est joli coassa-t-il faiblement.

Elle était radieuse.

Il y avait sur ta table une belle lumière : on voyait bien les miettes.

— Tout à l'heure quelqu'un viendra ; j'espère que tu te tiendras comme il faut. Il opina du chef, ça n'était pas facile. Il n'aimait pas quand quelqu'un venait. Il s'ennuyait. Sa mère riait, montrait toutes ses dents. Ils parlaient de choses qu'il ne comprenait pas en jetant des regards subreptices dans les coins. Je vais aller faire mes devoirs, disait-il pompeusement ; « et n'oublie pas de te laver les dents ». Ça n'avait rien à voir. L'homme aussi riait. Il se mit à les détester (il marmonnait des malédictions, des ritournelles qui étaient aussi des obscénités aux rimes parfois bien maigrelettes) mais ça ne dura pas : il s'endormit.

L'assiette fut rangée dans le réfrigérateur, un peu au fond ; on l'oublia. Quand elle s'en aperçut elle eut une grimace, et le jeta prestement à la poubelle dans un sac en plastique, à cause de l'odeur.

 Quand elle s'en aperçut elle eut une grimace, et le jeta prestement à la poubelle dans un sac en plastique, à cause de l'odeur

Hoppla! Dieses Bild entspricht nicht unseren inhaltlichen Richtlinien. Um mit dem Veröffentlichen fortfahren zu können, entferne es bitte oder lade ein anderes Bild hoch.
magasin-fantômeGeschichten, die süchtig machen. Entdecke jetzt