Le départ

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Un rayon de soleil se posa doucement sur la joue de la princesse endormie.
Artémis ouvrit un oeil, puis deux et d'un bond joyeux se leva :
_ C'est le grand jour aujourd'hui.
Elle s'y était préparée depuis des années et l'avait attendu avec impatience.
La jeune fille sortit de son lit et enfila la tenue qui n'attendait que ce jour. C'était un collant brun et une tunique grise mi-longue ressérée à la taille par une ceinture de cuir. Ensuite Artémis enfila un capuchon qui s'arrêtait au dessous des épaules et de belles bottes luisantes de propreté.

Artémis se regarda dans le miroir et fut très satisfaite de son allure. Elle attacha ses cheveux châtains et ondulés en une tresse pendant sir son épaule.
En se voyant ainsi, elle eut une pensée pour son jumeau Arthur qu'elle aurait tant aimé connaître. S'il avait vécu, il serait là, lui aussi, prêt à partir. Une larme parlait au coin de l'oeil d'Artémis. Mais il en fallait plus pour la décourager. Elle prit dans un écrin le pendentif de la famille royale que sa mère lui avait offert à sa naissance et l'attacha autour de son cou. Puis la jeune fille regarda une dernière fois sa chambre, ces grandes tentures recouvrant les murs et la grande fenêtre qu'elle n'atteignait pas quand elle était petite.
Poussant la grosse porte de chêne, elle sortit, traversa les couloirs froids et déboucha dans les cuisines. Ces cuisines alors, quelle légende pour elle ! De là sortaient continuellement des odeurs alléchantes qui titillaient son nez depuis toujours. Habituellement seuls les domestiques y entraient, mais elle, la petite princesse curieuse, avait l'habitude d'y fourrer son nez et de dénicher quelques sucreries. Aujourd'hui, c'était différent: elle regardait chaque recoin pour ne rien oublier pendant la longue année qui l'attendait. Au passage elle prit un bol de lait et trois grosses tartines de miel.
Elle ressortit et pénétra dans la salle à manger aux côtés de Baldwin. Artémis ne put s'empêcher de poser divers questions qui lui trottaient dans la tête depuis quelques temps:
_ Quand tu as traversé le Gouffre, as tu eu peur ?
_ Non jamais, un prince n'a peur de rien.
La jeune fille baissa les yeux... Depuis quelques temps Baldwin n'était plus le même.
_ En tous cas si je peux te donner un conseil: ne te fais pas d'amis à l'Epée. Si tu ne veux pas que l'on sache qui tu es, sois discrète.
_ Ce sera difficile mais j'observerai ton conseil. Baldwin, je regrette que tu ne m'ai pas parlé de ton année à l'Epée, je regrette que tu aies changé... Mais maintenant c'est trop tard, je dois y aller.
La jeune fille se leva. Cependant elle ne pouvait pas quitter son frère comme cela. Elle se blottit dans ses bras et l'implora:
_ Prie pour que je réussisse. De mon côté je penserai à toi tous les jours, mon grand frère adoré.
Baldwin embrassa sa soeur sur le front et dit:
_ Arthur serait fier de toi.
Que répondre à cela ? La jeune fille sentit cette phrase la vivifier, elle qui faisait tout en pensant à son frère. Neuf mois ensemble les avaient unis pour toute la vie.

Artémis quitta la salle à manger et descendit l'escalier en colimaçon qui débouchait sur la salle de garde. Là bas elle trouva son père, le roi, assis dans un vieux fauteuil vert émeraude.
_ Bonjour Père !
Tirésias se leva et regarda sa fille. Elle avait tellement grandi... Si belle, si pure, si franche... Quelle fierté pour un père !
_ Bonjour ma chérie. Le grand jour est arrivé ! Tes amis ne vont pas tarder. Sois fière de ton nom, de ta famille, de ton royaume et reviens nous saine et sauve, maniant la lance et la fronde comme un jeune chevalier.
_ Je ne faillirai pas.

De dehors se firent entendre des pas et des voix. La porte s'ouvrit laissant entrer deux jeunes filles au teint frais.
_ Lörh, Aaricia ! s'écria Artémis en les voyant entrer.
Lörh était de taille moyenne, coiffée d'une chevelure aussi bouclée que des serpentins de fête. Son caractère était celui d'une jeune fille sûre d'elle même, dépassant ses peurs et prête à affronter quelque ennemi pour défendre la bonne cause. Son père était le premier conseiller de Tirésias, un homme d'affaires savant et preux.
De son côté, Aaricia était plu grande, plus élancée, pleine de vie de incarnant la bonne humeur. Elle adorait partir avant le lever du soleil et s'exercer au tir à l'arc dans la forêt voisine. Aaricia était audacieuse, pleine de fougue et de bonté. Sa mère, Sybille, était la cousine de la reine toutes deux liées par une amitié solide. Elles avaient élevé leurs filles ensemble, leur apprenant le travail d'une mère, la lecture et l'écriture.
Malheureusement un malheur tomba sur Lörh: sa mère disparut, on ne sait comment. Cet évènement tragique bouleversa la vie de la jeune fille mais aussi de ses amies. Lörh, alors âgée de 5 ans trouva chez la reine, l'amour d'une mère. Depuis les trois jeunes amies vécurent comme des soeurs, unies par des liens très forts.
Lörh et Aaricia s'inclinèrent devant le roi qu'elles appréciaient beaucoup.
Quelques minutes plus tard la salle était remplie des futurs clandestins.

_ Chers enfants, dit Tirésias en obtenant un profond silence, c'est bien la dernière fois que je peux vous appeler ainsi. Je sais quels dangers vous allez affronter. Je vous souhaite force, courage, honneur. Le décor vous attend, je vais donc vous mettre par équipes de trois pour ce qui est de la traversée. Chaque équipe aura un leader. N'oubliez pas que l'union fait la force: Henri, Edouard et Anaïs avec Eroon le grand. Alberic, Thibault et Vincent avec Uniz l'adroit. Artémis, Lörh et Aaricia avec Aëlis la fougueuse.
...
Les trois amies se regardèrent en souriant. Elles allaient enfin découvrir celle que l'on surnommait l'amante du Gouffre.

Quand le roi eût fini il envoya les jeunes gens à la demeure de l'artillerie où l'aventure allait commencer.
Artémis reçut la bénédiction de son père et quitta sa mère non sans émotion.
Mais le temps passait et déjà on l'appelait.

Les Clandestins Where stories live. Discover now