Ça faisait des jours que j'errais dans les rues, sans but précis, si ce n'était de m'éloigner. Je vagabondais, sans savoir où j'allais réellement, dans le froid de ce mois d'octobre.
Je n'avais pas pris de douche depuis une semaine, mes cheveux en bataille sur le sommet de mon crâne avaient fait des nœuds impossibles à démêler à l'aide de mes simples doigts. J'étais sale, le visage noir de crasse et les pieds endoloris à force de marcher.
Mais il fallait que je continue, Greenwood n'était qu'à quelques dizaines kilomètres derrière moi. Il fallait que je surpasse cette envie pressante de m'asseoir, de m'arrêter quelques heures, ou ils me retrouveraient.
Je n'avais sur moi que l'argent nécessaire à un ticket de train. Samuel ne savait pas que je venais et je n'avais pas eu le temps de prendre mon téléphone, j'étais partie dans la hâte. Il vivait dans le Michigan, très loin. Avant de me diriger vers n'importe quelle gare, je tenais à m'éloigner le plus possible de Greenwood, et prendre le train dans une grande ville où ils ne pourraient pas retrouver ma trace.
J'étais sûre que Caroline, la mère de Samuel, m'accueillerait les bras ouverts. Elle me l'avait promis. C'était le seul endroit où je me sentirai enfin en sécurité. Là-bas, on pourrait enfin commencer la procédure pour retirer ma garde à Fanny et Gilles, bien que je réalisais que la plupart de mes preuves étaient dans mon portable, que j'avais laissé à Greenwood dans la hâte. Je n'avais en ma possession que les vêtements sur mon dos, qui ne ressemblaient plus à rien. Mais je ne pouvais plus attendre une seconde de plus. J'avais trop souffert.
J'avais rencontré Samuel l'été de mes 14 ans. Ça faisait trois ans et poussières. Il était venu avec ses parents passer ses vacances à Greenwood, petit village perdu, loin de la ville.
Mes parents étaient encore en vie, c'était d'ailleurs leur dernier été, ils étaient morts au printemps, le jour de mon anniversaire.
Depuis trois ans, c'est un jour de larmes et de tristesse, pour moi.
J'adorais me promener dans le parc, l'été, une glace vanille à la main. Ce jour-là, Sam était assis au bord du lac, sa guitare à la main. Il écrivait une chanson. Le parc était vide, il faisait assez frais, pour un jour d'été, mais je n'avais pas voulu rester chez moi, et Delb non plus. J'étais allée lui parler, Delb dans mes bras, puisque je ne l'avais jamais vu dans le coin. Je m'en souviens comme si c'était hier. Il m'avait vu, m'avait sourit, et mon cœur avait fondu. Ses fossettes m'avaient conquises, ses magnifiques yeux miel, ses lèvres roses. Il était installé, là, comme s'il m'attendait. Delb, ce merveilleux tue l'amour, s'était mis à aboyer et avait sauté dans ses bras joyeusement.
Sam avait rit, s'était mis à le caresser en se présentant à moi. Lorsque vint mon tour, je restais muette quelques secondes avant de pouvoir enfin parler.
Nous avions passé l'été de nos 14 ans ensemble, sans se lâcher d'une semelle. Il était devenu mon confident et j'étais plus qu'heureuse. Mes parents l'adoraient et les siens m'aimaient comme la fille qu'ils n'avaient jamais eu. C'était magique, c'était parfait.
Puis, l'heure du départ avait sonné. Dans les bras l'un de l'autre, nous nous étions dit aurevoir, il m'avait promis de revenir l'année suivante. C'était notre dernière après-midi au parc. C'est alors que, juste avant de rentrer, il m'avait embrassé. Mon premier baiser. Depuis ce jour, j'ai toujours été sûre que c'était lui, et personne d'autre.
Il était revenu, l'été de nos 15 ans. Mes parents étaient morts 2 semaines avant. J'avais déménagé chez Fanny et Gilles, mes plus proches parents. Ma famille était tellement petite que je n'avais pas réellement le choix, à moins de vouloir intégrer un orphelinat.
Rien n'allait. Mes parents me manquaient horriblement, je pleurais à longueur de journée, mon oncle et ma tante n'étaient pas très consolateurs. Sam avait passé cet été-là à me consoler. J'avais découvert une facette de lui dont j'étais tombée follement amoureuse. Il avait été ma bouée de sauvetage. Il avait su trouver les mots justes pour me consoler.
L'été suivant, il était revenu, je l'avais appris plus tard. Mais on ne s'était pas vus. Fanny et Gilles m'avaient séquestrée, faisant croire au voisinage que j'avais préféré partir pour un orphelinat dans le Dakota du Nord. Pourtant, ils avaient trouvé en moi une fille à tout faire. Je n'allais plus à l'école, je passais mes journées à faire la vaisselle et le ménage, pour eux et leurs deux fils.
J'avais été violée de nombreuses fois. Les parents étaient au courant. Je me sentais mal, j'avais des envies suicidaires récurrentes. Fanny m'avait battue violemment un jour, lorsqu'elle m'avait surprise m'apprêtant à avaler de l'eau de javel.
Ma vie était devenue un enfer. Un an avait passé, puis l'été de mes 17 ans était arrivé. Comme l'année précédente, il n'y avait personne pour me soutenir le jour de mon anniversaire, celui de la mort de mes parents. J'avais du mal à remonter la pente. Pour un pas vers le haut, tout me tirait des kilomètres vers le bas. J'étais une loque. Au mois d'août, javais enfin réussi à apercevoir Samuel de la fenêtre de la chambre d'un des fils de Fanny et Gilles. Il était debout, scrutant toutes les ouvertures, 2 ans plus vieux que la dernière fois où nous nous étions vus. Il avait mûri, grandi, il ressemblait à présent à un véritable homme. Je m'imaginais dans ses bras, toute maigre que j'étais. Pourtant, je n'avais aucun moyen de lui parler, de lui faire signe.
Samuel était parti, les mains dans les poches de son jeans. Il s'imaginait sûrement que j'étais partie, que je l'avais oublié, et ça me brisait le cœur. Car s'il y avait bien une personne qui comptait encore pour moi dans ce monde, c'était bien lui.
Cet été avait été un enfer. Fanny avait augmenté sa dose d'ecstasy et était plus violente de jamais. Gilles était une plante verte. Leurs fils ne me menageaient pas et je n'essayais même plus de me défendre. Je n'avais plus de valeur, j'étais un objet.
J'étais tombée sur mon téléphone portable qui m'avait été confisqué depuis longtemps. Depuis que j'étais censée être dans le Dakota. Je l'avais pris discrètement du tiroir après avoir trouvé la clé. Tard le soir, quand enfin tout le monde était couché, car je n'avais pas le droit de me coucher avant, j'avais allumé l'appareil et étais tombée sur des milliers de messages venant de toutes mes anciennes connaissances. Et des centaines venant de Sam. Il me disait que je lui manquais, qu'il ne comprenais pas pourquoi je l'ignorais, et tellement d'autres messages qui m'ont faits pleurer. Cette même nuit, Fanny m'avait surprise avec mon téléphone. J'avais été battue comme jamais avant, jusqu'à en avoir des blessures partout et un cocard.
J'avais cassé la vitre de la fenêtre de ma chambre et m'étais enfuie le lendemain, la nuit. Ce soir-là, ils étaient absents et c'était la fête à Greenwood, pour je ne savais quelle occasion.
La seule adresse que je connaissais en dehors de Greenwood était celle de Sam, loin dans le Michigan. Mais il n'y avait que là que je pouvais aller. Et je ne savais toujours pas comment j'allais faire après le train...
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Hold on
RomancePerdre ses parents, à 15 ans, le jour de son anniversaire, c'est une chose qu'on ne souhaiterait à personne, pas même son pire ennemi. C'est pourtant ce qu'a vécu Louna. Brisée, le cœur en morceaux, sa vie ne tenait qu'à un fil. Ce fil s'appelle Sam...
