Je l'ai rencontrée à la crique près de la petite église et de la maison délabrée. Elle était seule, elle, sans amis. Sa peau était si blanche que ses veines transparaissaient. Ses cheveux étaient noirs corbeau comme une nuit sans étoiles. Moi j'étais plus que banal. Comme dans toutes les histoires.
Je descendait rarement à la crique, Il fallait passer par un chemin inaccessible en voiture. La seule possibilité était la marche.
Petit à petit notre relation s'est améliorée et nous nous rendions visite à la crique au bord de l'eau.
L'hiver approchait et nous ne pouvions plus nous baigner dans l'eau froide de la mer. Le ciel était toujours gris et le brouillard obligeait à rouler avec les phares. Depuis quelques temps je la retrouvais derrière la petite église quand il faisait beau.
Aujourd'hui elle m'a donné rendez-vous à la maison en bas de la falaise. Mais aujourd'hui, Il fait gris, et il pleut comme Il n'a jamais plu ici. Le brouillard envahit les rues et la crique est invisible aux yeux des routiers. J'avance lentement et sûrement avec ma voiture près de l'église. Soudain je vois un petit chemin assez escarpé mais faisable avec mon véhicule. Je passe petit à petit derrière l'église que je ne vois que très peu à cause de la brume.
Face à moi se trouve une pente, raide comme je n'en ai jamais vu. Elle n'était pas là auparavant, ou alors je ne l'avais jamais remarquée.
Je l'ai vue en bas, près de la Maison. Elle me faisait des petits signes discrets.
Je me gare rapidement sur les marches de l'arrière de l'église et me mets à dévaler la pente à une vitesse folle. Mais je l'entends me hurler que la voiture est toujours allumée et que les phares vont attirer de mauvaises personnes.
Par " de mauvaises personnes " je comprends " les personnes chiantes du lycée qui lui veulent juste du mal ".
Je retourne alors vers la voiture mais Il me faut remonter la pente. Je cherche des prises auxquelles je pourrais m'agripper pour commencer mon ascension.
D'un seul coup comme par magie l'herbe grise qui recouvrait le sol boueux pousse et se transforme en petites branches.
Je prends appui sur elles et grimpe le long de la mini falaise. Apres une dizaine de minutes d'effort, je grimpe dans ma voiture tout transpirant et essoufflé.
Je recule le véhicule afin de me garer correctement. Je fais une manœuvre des plus difficile de sorte à être stable sur le haut des marchés de l'église.
Je freine brusquement lorsque je vois face à moi trois formes imprécise dont le brouillard efface les contours. Je continue à avancer et bute dans ce que je croyais être des arbustes et une des trois formes s'écroule à terre.
Je sors de ma voiture le cœur battant. Je ne peux me retenir de pousser un cri lorsque je vois deux femmes ressemblant traits pour traits à la fille de la plage. Une troisième est à terre, gisant dans un sang noir et visqueux.
Elles ont une peau blanche comme la lune et des cheveux noirs comme l'ébène. Leur visage n'a aucun éclat et leur lèvres sont cousues entre elles par un fil noir. Leurs yeux sont blancs, dépourvus d'iris et de pupilles, juste blancs. À travers leurs lèvres closes je peux percevoir des sons qu'elles psalmodient faiblement. Leur bras droit est tendu et leur main tient une chaîne sur laquelle est accrochée une croix en bois qui se balance au gré du vent. Leurs cheveux noirs sont tirés à l'arrière de leur tête en une longue tresse qui suit les mouvements aléatoires des croix. Elles s'avancent lentement vers moi, leurs yeux tressautant dans leurs orbites. Leurs longs ongles s'enfonçant dans leur poing serré laissant des traînées de liquide noirâtre sur le béton des marches de l'église.
Je m'empresse de la rejoindre en bas de la falaise pour lui raconter en détails ce que j'ai vu.
Mais en bas je ne la trouve pas. Seule une bouteille en verre, remplie d'un liquide ressemblant à de l'eau, est sur place. Avec un petit mot : elle me dit de faire attention et de réparer la maison avant son retour dans trois jours. Sinon je serais enfermé ici à jamais.
En temps normal j'aurais pu croire à une blague mais la présence des " sorcières " ne me fait plus douter. Elles s'avancent de plus en plus vers moi et je ne sait comment leur échapper. Je me précipite vers la maison délabrée et ouvre la porte.
Elle ne s'ouvre malheureusement pas et la poignée reste dans ma main.
Elle m'a dit que je devais la réparer mais en combien de temps ? Et avec quoi ?
Les sorcières ne sont plus qu'à trois pas de moi. Accroché à leur grandes robes noires se traîne le corps sanglant a demi-vivant de leur compagne. Sa chair part en lambeaux sous le choc des cailloux et du sable de la plage. Des morceaux de peaux traînent sur le sol.
Elles agitent une dernière fois leur croix et s'immobilisent leur visage à dix centimètres du mien. Leur bras me bloque contre la paroi de la maison. Je ne peux plus bouger, la peur me pétrifie. Je ne contrôle plus mes membres qui se mettent à trembler d'effroi.
J'ose à peine ouvrir les yeux.
Ma respiration est haletante est faible.
Soudain une force me compresse la poitrine et bloque mes organes respiratoires. Une autre écrase mi. Visage qui se met à saigner de toutes parts.
J'ai du sang qui s'échappe de mes paupières fermées, de ma bouche et de mon nez.
Je me décide d'ouvrir les yeux pour laisser s'écouler les flots de sang qui en sortent.
Face à moi une des deux sorciers me fixe. Ses yeux blancs sont comme deux miroirs dans lesquels je peux voir ma peur et ma douleur.
Mais lentement les pressions se relâchent et je peux de nouveau respirer.
Dans les yeux de mon ennemie je peux apercevoir deux points rouges qui me regardent avec tout le mal du monde. Lorsque la douleur est totalement partie, je m'effondre sur le sol et ferme les yeux pour la dernière fois.
