Je me démaquille les yeux et suis enfin prête pour ma petite soirée. Un pot de glace, une doudoune bien chaude et enfin la télévision. Ma vie d'étudiante est bien monotone malgré le fait que je sois en beaux-arts et qui dit beaux-arts dit art, ambiance et amis sauf que c'est loin d'être mon cas. Quand je me retrouve seule parfois, je me maquille et me regarde pendant quelques minutes dans la glace avant de tout enlever. Je m'imagine à une soirée en train de danser avec un jeune-homme à tomber un vers à la main, une chanson commerciale en fond pour l'ambiance. C'est mon fantasme le plus fou, m'éclater comme une folle mais je sais bien que ce ne sera pas demain que mes camarades m'inviteront. Je suis la cousine de Léo ou comme aiment l'appeler ses amis les plus intimes "King". C'est un type très connu à l'université, il est "intelligent, beau et mature" d'après les filles et "sympa, fêtard et dynamique" d'après les garçons. Ce qu'ils ne savent pas en revanche, c'est qu'il me mène la vie dure. Il est du genre protecteur avec moi. Il me laisse être avec des filles sans problème puisqu'il y gagne quelque chose, une nuit sans répit, si vous voyez ce que je veux dire. Mais dès que c'est un garçon, l'affaire devient autre. C'est pour cela que je suis un peu "l'intouchable", celle avec qui il ne faut pas traîner pour ne pas avoir de problèmes. Comme dans toutes les universités, les sexes se côtoient sans soucis et font des fêtes ensemble, mais à cause de la réputation qui me suit, personne n'ose plus m'inviter par peur d'être traumatisé par Léo le grand. Donc, pour résumer le tout, j'habite dans une tour protégée par un cousin qui a peur que je souffre des garçons, et vous savez pourquoi ? Parce qu'il pense que tous les mâles lui ressemblent, c'est-à-dire des tombeurs. Si ce n'est pas pathétique ... Pour revenir à ma soirée glace film et pyjama, je ferme les volets de la fenêtre et plonge dans mon sofa devant la télévision.
Le film est fini depuis une dizaine de minutes et je traîne des pieds pour rejoindre ma chambre à coucher sauf que je suis arrêtée par la sonnerie de l'interphone. Mais qui peut bien venir m'embêter à deux heures passée du matin ? Je rebrousse donc chemin pour ouvrir la porte en faisant bien-sûr attention à qui se trouve derrière celle-ci. On ne sait jamais !
- Je suis désolé de venir à cette heure ! Léo a... trop bu ce soir !
Je jauge le jeune-homme en face de moi. Je ne le connais pas, il doit sûrement être d'une autre université. Je lui montre le lit pour qu'il y dépose le cadavre de mon cousin. Je lui demande :
- Comme tu as su que j'habitais ici au juste ?
Il se gratte la nuque puis me
répond gêné :
- En fait ... Je suis ton voisin...
D'accord ! Alors-là ! Suis-je tellement aveugle pour ne pas voir un voisin aussi grand ? Ce gars est tellement immense que je me doute que ses jambes doivent dépasser de trente centimètres au moins du matelas. Il s'excuse encore une fois puis sort de mon petit studio. J'entends des bruits de pas puis une porte qui se referme doucement. C'est bien mon voisin. Avant d'aller dormir je vérifie une dernière fois l'heure, il est trois heures du matin et demain je bosse au café, super !
Mon réveil sonne, il est sept heures, et aujourd'hui j'assure l'ouverture du café. Je prends une douche, prends un petit-déjeuner rapidement puis m'habille. Avant de sortir, j'écris une note à mon tendre cousin.
"-Je suis allée bosser, tu connais l'appartement, débrouilles-toi.
P.S : Si tu as une gueule de bois, envoie-moi un SMS pour t'acheter des médicaments.
Bisous !"
Je prends mon temps pour me balader dans mon quartier. C'est un très joli endroit, pittoresque ! C'est réellement le style de ruelle qu'on prend en photo pour les cartes postales. Voilà qu'en cinq minutes à peine j'arrive devant le café. Aujourd'hui je travaille jusqu'à cinq heures de l'après-midi, ce sera une longue journée. Je prépare déjà du café à l'avance et sors quelques snacks avant que les premiers clients n'affluent. Les tables nettoyées, la chaîne stéréo allumée, le café peut ouvrir ses portes. Le premier client ne se fait pas attendre, et je sais déjà qui c'est.
- Salut Bernard !
Bernard est un papy du quartier avec un rituel que tout le monde connaît ici. Il commence sa journée par un latte et un croissant, ensuite après avoir tout mangé dans un silence royal, il lit son journal et enfin, il va au parc nourrir les pigeons.
- Bonjour petite. sa façon de m'appeler "petite" me fait toujours sourire. C'est comme d'habitude, il rétorque. Il s'assoit à sa table, à côté de la fenêtre pour regarder les passants.
Je lui prépare sa commande et la lui apporte, un sourire aux lèvres. Soudain, la cloche tinte. Je fais volte-face et c'est avec une légère surprise que je trouve Mélissa accoudée au comptoir.
- Tu fais quoi ici toi ? Je lui demande un brin d'amusement dans ma voix. Il faut voir sa tête, les cheveux encore ébouriffés et la mine renfrognée.
- Bonjour ! Oui je vais très bien merci ! Non j'ai passé une mauvaise soirée et en plus on m'apprend à la dernière minute que je dois travailler au café aujourd'hui.
Ah, oui j'ai oublié que celle-là est une vraie langue de vipère et doit toujours commencer sa journée avec son "bonjour" sinon elle peut devenir vite insupportable.
- Bonjour, petite ronchonne ! Je m'exclame. Aller, vient m'aider plutôt.
Elle m'indique ensuite que je vais être serveuse aujourd'hui et qu'elle va s'occuper de la préparation. De toutes manières je préfère parler aux personnes que préparer des cafés à longueurs de journée. Bernard sort du café non sans nous avoir laissé un petit pourboire. Les clients entrent et sortent sans s'arrêter. On ne connaît jamais de répit ici. À midi et demie je me charge d'aller chercher des sandwichs à manger sur le pouce pour Mélissa et moi. Je mange mon déjeuner sur le chemin, tandis que Mélissa se charge du café. Alors que j'entre au café, je suis arrêtée par une petite fille courant dans tous les sens.
- Attention ! Je m'écrie de peur de lui faire tomber le déjeuner de Mélissa sur sa robe.
Elle fait un bond pour s'écarter du chemin et éclate de rire. Heureusement qu'elle n'a pas pleuré, je ne sais jamais comment les enfants vont réagir ! Sa mère l'appèle et la petite rapplique au quart de seconde. Je pose le repas de Mélissa sur le comptoir et elle commence à manger. Entre deux bouchées, elle parvient à me dire :
-T'chable trois, quatre et chinch.
J'amène les commandes des dites tables et me rends compte que la sixième table est celle de la petite fille. Après avoir mis leur commande à disposition, j'engage la discussion avec elle.
- Dis, tu m'excuse pour tout à l'heure ?
Sa mère me sourit et pousse sa fille à me répondre.
- Bien-sûr ! Je courais sans faire attention.
Je lui prends sa main et la serre un peu avant de la relâcher. Je fais un signe de la main à sa famille et à elle avant de m'en aller.
Il est seize heures et Mélissa est en train de faire du nettoyage. Elle pointe un groupe de jeunes qui prend place sur la terrasse, à ma grande surprise, la petite fille les accompagne. Je me dirige vers eux tout excitée de revoir le petit bout de chou.
- Bonjour ! Bienvenue à vous !
La petite fille s'exclame les yeux pétillants :
- Coucou !
Elle s'approche de moi et je me baisse pour être à sa hauteur.
- Tu es revenue toi !
Elle m'enlace les jambes. Je me relève pour prendre les commandes des nouveaux arrivants. Le groupe est composé de deux filles l'une brune aux grands yeux verts et l'autre rousse aux yeux bleus accentués par un trait de khôl pour faire un effet yeux de chat, les deux ont l'air très sympa et trois garçons, deux aux cheveux bruns et un aux cheveux châtain.
- Vous savez ce que vous allez prendre ? Je leur demande d'une voix pétillante.
Ils me répondent à l'unanimité d'un grand "oui". La rousse prend la parole pour le groupe.
- Alors, pour elle ce sera un macchiato caramel et un mini sandwich, pour Zack ce sera un latte et une part de brioche, pour moi ce sera un thé et un cookie et enfin pour ...
Mais le dernier type du groupe lui coupe la parole pour dire :
- Un café s'il vous plaît, un americano sans sucre et deux toast à la tomate.
Je suis un peu perturbé par le fait qu'il ait coupé la parole net à la rousse.
- D'accord je vous apporte ça !
Mélissa se hâte de la préparer tout ce qu'ils ont commandé tandis que je dispose le mini sandwich, la part de brioche, le cookie et les toasts à la tomate sur des plats colorés. L'odeur des toasts à la tomate est alléchante. Je me dirige ensuite vers la table du groupe pour mettre les plats devant chaque personne.
- Les boissons arrivent bientôt.
Mélissa fait tinter la cloche pour que j'aille chercher les boissons. Je me précipite vers l'entrée du café mais me rend compte que la petite n'a rien pris. Je me retourne pour le lui demander :
- Dis-moi mignonne, tu veux quoi ?
Elle saute de sa chaise et me répond :
- Je vais voir ce qu'il y'a et je te dis !
Elle est à croquer cette fille. Je la laisse donc découvrir ce qu'on a tandis que je prends les boissons.
- Il faut que je demande la permission à mon cousin, Alexandre.
- D'accord !
Je ressors pour donner les boissons.
- Alors un macchiato caramel et un thé pour les demoiselles, un latte pour Zack et un americano sans sucre pour...
La fillette m'interrompt pour s'exclamer :
- Pour Alexandre !
Je lui souris et me reprends :
- Donc pour Alexandre. Voilà ! Si vous avez besoin de quoique ce soit je suis là.
La fillette me demande :
- Et moi ?
Je lui réponds en éclatant de rire :
- Qu'a-dit ton cousin ?
Elle croise les bras et me fait signe qu'elle peut choisir ce qu'elle veut.
Elle me montre le cookie de la rouquine du doigt et je lui lance un clin d'œil.
- Je t'apporte ça de suite !
Je fais réchauffer le biscuit et le pose sur la table. La petite l'engouffre sous le regard réprobateur de son cousin. Il lui chuchote :
- Mange moins vite, tu risques de t'étouffer.
Je rentre au café pour débarrasser les tables vides. Le café commence à se vider peu à peu si bien que la dernière table restante est celle du groupe de jeunes et de la petite fille. En parlant du loup la voilà qui débarque.
- Comment tu t'appelles ?
- Je m'appelle Ambre, et toi ? Je la questionne.
- Je suis Lola.
-Tu étudies quoi Ambre ?
Ses questions m'intriguent, c'est comme si elle faisait un interrogatoire. Mais je lui réponds quand même, après tout c'est une enfant.
- Je suis en beaux-arts !
Elle fait une pirouette et s'écrie :
- C'est trop cool !
Soudain une main se pose sur l'épaule de Lola et la petite sursaute. C'est son cousin qui la gronde gentiment :
- Lola, tu es sûrement en train d'embêter la demoiselle. Elle a du travail après tout !
Lola se renfrogne.
- Déjà son prénom est Ambre ! Et puis je ne la dérange pas !
Alexandre semble gêné vu qu'il se dandine et a fourré les mains dans les poches. Pour le sortir du pétrin je lui dit d'une voix enjouée :
- Ce n'est pas grave ! Elle est adorable ta cousine !
Il me sourit et je crois qu'à ce moment-là, ça me percute. Sa beauté, j'étais tellement absorbée par les commandes que je n'avais même pas remarqué son charme. Je baisse les yeux histoire de ne pas devenir rouge pivoine. Il prend la parole :
- Lola, on y va. Ta mère t'attend.
Lola se précipite pour me faire un câlin et prend la main de son cousin pour sortir du café.
- Au revoir ! À la prochaine !
Mélissa est en train de nettoyer le comptoir.
- Dur journée, hein ? L'ironie de sa question me fait rire.
- Quoi ? J'ai juste travaillé.
- Et tu as surtout discuté chérie, rétorque Melissa.
_•_
Coucou ! C'est un premier chapitre pour amorcer l'histoire petit à petit. J'espère sincèrement que ça plaira !!
Bisous
C
YOU ARE READING
Un café s'il vous plaît
RomanceJe suis Ambre, étudiante en beaux arts. Pour arrondir mes fins de mois, je travail dans un café au coin de la rue. J'ai un cousin, Léo, étudiant aussi aux beaux-arts. Il me protège, trop, beaucoup trop ! J'ai une vie d'étudiante très calme et cela...
