Un...deux...trois...quatre.
Ça va maintenant faire une semaine que je me suis mise à courir.
Une semaine que je suis coincée en vacances avec cette famille que je n'ai pas choisie.
Cinq...six...sept...huit...
Une semaine que j'essaie de contrôler cette foutue respiration.
Neuf...dix..onze, douze..treize, quatorze.
Raté.
Je m'arrête sur le bord du chemin, agacée de m'être laissée trop perturber par mes pensées au point d'en perdre mon souffle.
Courir m'aide normalement à faire le vide, à me défouler. Vous m'auriez dit il y a une semaine que j'allais me mettre à le faire tous les jours, matin et soir, je vous aurais ri au nez : " Moi ? Courir ? Jamais de la vie ! ".
J'ai toujours détesté l'endurance mais là, je n ai rien trouvé d'autre. Ça ne faisait pas trois jours que nous étions arrivés que l'air dans la maison était déjà irrespirable.
J'étouffais. Littéralement.
Et je crois que j'aurais fini par causer un autre drame familial si j'étais restée enfermée à bouillonner. Alors je suis sortie, et j'ai couru. Et depuis, je ne m'en passe plus.
Ça me permet de tenir, pour l'instant.
Ça et ma guitare.
Je ne suis pas sûre que ça sera suffisant pour les sept semaines à venir...
Et comme je ne connais personne dans le coin et que je n'ai aucune envie de me forcer à sociabiliser... Bref vous l'aurez compris : des vacances d'enfer en perspective !
C'est le cas de le dire.
Ma respiration s'est enfin calmée. Je repars donc sans tarder puisque mon objectif est de découvrir à chaque fois un bout de sentier, m'enfonçant toujours plus loin dans la forêt.
J'aime sentir le vent dans mes cheveux, n'entendre rien d'autre que le bruissement des feuilles et le chant des oiseaux, sentir les épines de pins et les feuilles mortes crisser sous mes pieds, respirer l'odeur de terre humide et d'herbe qui émane de cette épaisse forêt.
Petit à petit, je me détends, me décrispe et réussis à prendre de longues bouffées d'air frais.
Je m'égare à regarder le ciel couvert par-ci par-là de nuages...
Lorsque je baisse à nouveau les yeux sur le chemin, j'aperçois une tâche rouge en mouvement, loin devant. Je plisse les yeux - comme si cela pouvait servir à quelque chose - et arrive à définir une silhouette à mesure qu'elle se rapproche.
Lorsque la distance qui nous sépare n'est plus que de quelques foulées, je me force à regarder bien droit devant moi, décidant de ne pas laisser cette personne interrompre mon petit moment de solitude.
Je lui jette tout de même un coup d'oeil furtif et découvre un grand brun qui me détaille de ses yeux verts.
Je me sens rougir comme une cruche et détourne vivement les yeux pour me retourner deux secondes plus tard et scruter sa silhouette qui s'éloigne.
Ces épaules carrées, ce dos musclé...
Et CRAC !
Je me retrouve étalée par terre de tout mon long après m'être pris les pieds dans... je ne sais même pas quoi.
Concentration Clarissa ! Concentration !
Je réouvre les yeux après m'être maudite une bonne dizaine de fois.
La première chose que je vois sont ses yeux, ses beaux yeux verts.
Oui j'ai un faible pour les yeux verts et alors..?
Il me faut quelques secondes pour remarquer la main qu'il me tend. J'hésite, puis la saisis, ne voulant pas paraître impolie, ce que je regrette immédiatement lorsque j'aperçois son sourire moqueur.
Je lâche un peu brusquement sa main mais il continue de me regarder étrangement, l'air de dire "tu n'oublierais pas quelque chose ?".
Bornée et fière - pour ce qu'il me reste de fierté...- , je soutiens son regard et croise les bras sur ma poitrine, refusant de le remercier. Après tout, je ne lui ai pas demandé de jouer les chevaliers servants moi. S'il avait pu éviter d'assister à ma superbe gamelle ou au moins avoir l'élégance de l'ignorer, ma dignité lui en aurait été reconnaissante !
Devant mon attitude enfantine, il pouffe et secoue légèrement la tête en passant sa main dans ses cheveux ébouriffés.
- Ça va ? me demande-t-il en désignant mon coude.
- Oh... Euh oui oui, répondé-je en faisant mine d'étudier les dégâts, gênée : rien de bien méchant, une égratignure - qui a quand même bien taché mon tee-shirt, histoire d'être assorti aux traces de boue.
- Tu viens souvent courir ici toute seule ?
J'acquiesce en hochant la tête.
- C'est pas très prudent, me dit-il, mi-amusé mi-sérieux.
- Je suis une grande fille, je peux me débrouiller.
- Ah oui j'ai vu ça, se marre-t-il doucement.
Je le fusille du regard, ce qui, apparemment, devait être assez drôle puisqu'il se met à rire franchement, ébouriffant une nouvelle fois ses cheveux.
Je ne sais pas ce qui m'énerve le plus : son petit sourire moqueur dont il ne semble pas vouloir se départir et qui me donne l'impression d'être la pire des gourdes ou le fait que je meurs d'envie de passer mes doigts dans ses cheveux bruns...
On reste là à se regarder, aucun de nous deux ne semble décidé à partir. Une petite voix dans ma tête me suggère fortement de m'en aller et de le laisser planter là mais quelque chose m'en empêche.
- Demain ? Même lieu, même heure ? il me lance alors sans me regarder.
Je lève un sourcil interrogateur en réponse et il précise :
- On pourrait faire un petit bout de chemin ensemble.
- Je ne vais pas me balader dans la forêt avec un inconnu, résisté-je pour la forme.
- Un inconnu qui est quand même venu à ton secours.
Il marque un point.
- Je n'ai pas besoin d'un "preux chevalier".
- Et si moi j'avais besoin d'une "preuse chevalière"? rétorque-t-il d'un air faussement innocent, son sourire toujours en coin.
Je lève les yeux au ciel sans pouvoir dissimuler mon amusement face à sa répartie.
- Alors ? C'est oui ?
Voyant que je ne réponds toujours pas, il reprend :
- Bon aller arrête de faire ta difficile, je ne vais pas te manger !
Puis, les yeux plus sombres, il ajoute en murmurant presque :
- Quoique...
D'abord piquée au vif, je me prépare à lui balancer une repartie bien cinglante mais elle se retrouve coincée dans ma gorge lorsqu'il prononce ce dernier mot.
Une étrange sensation me prend alors dans le ventre et je ne réussis qu'à lâcher un simple "ok" avant de me retourner et de repartir au pas de course, essayant de reprendre mes esprits et de réaliser ce qui vient juste de se passer.
🚀🌠
Salut!
Voici ma toute première histoire Wattpad!!! Je dois avouer que je ne sais pas trop encore où elle va m'emmener mais j'avais vraiment envie de la partager même si je garde une petite part d'appréhension...
Enfin voilà, j'espère de tout coeur que ce début vous aura plu et qu'il vous aura donné envie de lire la suite!
Un bisou tout particulier à Precius0608.
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Un été pour s'aimer
RomanceClarissa, 17 ans se retrouve coincée chez ses grands-parents maternels avec sa mère pour tout un été. Au milieu des histoires de famille qu'elle ne supporte plus, elle va essayer de profiter comme elle peut de ses vacances, en solitaire. Une solitud...
